‹ La poule aux œufs d'orChapitre 26 sur 31 · LE FOYER DE L'OPERA · texte numérisé non relu

LE FOYER DE L'OPERA

Ce cri fait tressaillir tous les auditeurs; on s'étonne, on regarde : c'est un grand jeune homme, pâle et les yeux ardents, qui perce la foule et s'avance vers le marquis de Pons. Celui-ci est blanc de colère; il a reconnu Gustave.

— J'ai ma! entendu sais dotile, monsieur? dit-il à Gustave, d'un air railleur et dédaigneux.

— Oui, vous avez mal entendu, monsieur le marquis, si vous avez entendu autre chose que ceci: Le marquis de Pons est un calomniateur! un lâche!

— Malheureux! Savez- vous bien que ces paroles vous coûteront la vie !

— Peut-être , monsieur de Pons ! Et je les répète! Je les répéterai toujours , jusqu'à ce que vous m'ayezprouvéle contraire!...

La foule se pressait autour des deux antagonistes : les uns pour Gustave, les autres pour le marquis ; et le nom de Flora circulait dans le foyer.

— En vérité, dit le marquis de Pons avec un sourire amer, il faut que vous soyez fou pour venir vous allaquer à ujoi ! Vous ne «a-

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vez donc pas, monsieur le poêle, ce que vous risquez? il ne s'agit pas de duel avec des épées en bois comme sur vos théâtres ! Entre nous deux c'est la mort ! Mais la mort pour vous seul !... vous n'êtes pas de force!

— Ah! ah! dit Gustave en s'avançant vers lui, la tête haute, les bras croisés: Je vous prouverai qu'on est toujours fort lorsqu'on est juste et honorable. Tuez-moi.. . qu'importe! vous n'en serez pas moins un lâche calomniateur, qui offense des femmes lorsqu'il les croit sans appui! Vous n'en serez pas moins un duelliste sans âme, qui compense par son adresse son défaut de courage ! Tuez-moi, vous dis-je ! et vous serez encore plus infâme... Tandis que si je vous lue, comme je l'espère, je suis tout pardonné d'avance, et j'aurai fait mon devoir de galant homme!

— Bravo , bravo i monsieur le poète ! vous

déclamez admirablement , el je ne m'étonne pas de vos succès au théâtre! Mais croyez-moi, je vous en conjure, nous ne sommes point ici sur la scène ; ce n'estpoint un jeu, une parade! Vous avez affaire à un homme qui n'a jamais pardonné une insulte et qui a déjà châtié plus d'un insolent I Allons , monsieur, il en est temps encore, faites-moi des excuses , des excuses devant toutes les personnes qui nous entourent; et alors je me rappellerai que vous êtes poète... Tout ce que vous avez dit sera comme non avenu.

Gustave le considérait, pâle et frissonnant, les poings fermés et convuls^fs.

— "Vite , allons, monsieur! je n'ai pas le temps d'attendre!... Des excuses!

— Des excuses? répond Gustave d'une voix sourde. Mais, c'est vous, misérable, vous, qui en devez, non pas à moi, je n'en exige points

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mais à une femme!... à celle que vous avez offesnée, à celle que vous poursuivez lâchement, parce qu'elle n'a pas voulu subir vos insolences de grand seigneur, parce qu'elle vous a chassé comme un valet !

— Ah ! ah ! jeune homme , vous le voulez à toute force !... ce n'est pas ma faute! Probablement vous n'avez pas consulté Flora, la tendre cl hcV.c. Flora? Elle ne vous aurait pas laissé partir, elle vous aurait enchaîné dans ses bras d'albâtre!... Ah ! ah ! ah !

Et il se mit à rire avec amertume et raillerie.

' — Malheureux! malheureux! dit Gustave en s'élançant vers lui. Ce n'était donc pas assez d'outrages!.. Eh bien ! à mon tour maintenant I Voilà comme je traite les gens de votre sorte!

Et Gustave lui jeta violemment son gant au

visage. Le marquis pousse «n cri de fureur. Il se précipite sur Gustave. Mais soudain on les sépare, on empêche une lutte violente et acharnée.

— Monsieur, monsieur, dit le marquis d'une voix étouffée, à demain !

— A demain, monsieur le marquis

— Je suis l'offensé : j'ai le choix des armes...

— A votre aise! je ne vous crains d'aucune manière !

— Forcil, dit le marquis de Pons, je compte sur vous, n'est-ce pas ?

— Oui, oui, mon cher, dit le baron en lui prenant la main. Mais de grâce, pas d'esclandre! Tout le monde s'assemble, on accourt ! Une semblable rixe en plein foyer est indigne d'un gentilhomme!..

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Et la foule grossissait à chaque instant. De tous côtés on murmurait:

— C'est le marquis de Pons, — C'est Gustave Valory, le fameux poète. — Il s'agit de Flora, la cantatrice. — Il paraît que ces messieurs sont rivaux? — Il y aura demain une rencontre.

Une demi-heure après , on s'entretenait encore de ce qui venait d'avoir lieu. Le marquis de Pons avait quitté l'Opéra avec ses amis , et Gustave cherchait un témoin pour le duel du lendemain.

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