‹ La poule aux œufs d'orChapitre 27 sur 31 · L\ :»IEI\E ET LA FILLE · texte numérisé non relu

L\ :»IEI\E ET LA FILLE

Le bruit de la querelle s'était bien vite répandu dans tout le théâtre; déjà même on en parlait sur la scène et dans le foyer des acteurs. Flora, dont le fiasco avait réjoui ses rivales, ne larda pas à apprendre ce qui s'é-

lait passé. Quelques actrices, qui étaient furieuses de ses magiiinques débuljS, éprouvèrent un malin plaisir à lui faire entendre que Gustave Valory devait se battre le lendemain avec le marquis de Pons, ce duelliste redoutable. Flora , à peine revenue de son évanouissement, faillit perdre de nouveau connaissance; elle pleurait abondamment, et, la poitrine brisée de sanglots , elle appelait Gustave; elle suppliait toutes les personnes qui renlouraienl d'aller chercher Gustave^ de l'empêcher de se battre !

Enfin, quand elle eut repris quelque force, elle se laissa emmener par sa mère qui la reconduisit chez elle.

La nuit était déjà assez avancée. A peine rentrée dans son appartement, Flora , tout en larmes, se laisse tomber dans un fauteuil, et le nom de Gustave s'échappe de ses lèvres.

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— Voyons, voyons, petite, dit madame Dnvercourt , avec un mélange de rudesse et d'affeclion , ne répète donc pas toujours la même chose : Gustave' Gustave! Eh ben, après? cela t'avance joliment, tu sais bien qu'il ne peut l'entendre.

— Oh ! maman, que je suis malheureuse ! s'écrie Flora en levant les mains au ciel. C'est encore pour moi , pour me défendre, que Gustave , mon ami , mon frère... il va le tuer !...

— Eh non! eh non, bécasse! dit madame Duvercourt en perdant patience . Est-ce que tu l'imagines que ton Gustave veut se laisser tordre le cou comme un poulet! Pardienne ! il a bien assez de moelle dans les os pour tenir tête à ce grand efflanqué de marquis !

— Oh ! mais tu sais bien, maman , reprend Flora d'un accent de terreur ! ce pauvre Gus-

tave, il n'a jamais tenu une épée ! C'est un jeune homme doux, simple, inoffensif... Je te le répète^ un duel avec le marquis de Pons, c'est la mort pour Gustave!... Et j'en serai cause !

— Tu me ferais damner à la fin avec tes jérémiades ! Tu serais cause ! Eh ! eh I tu n'es

cause de rien ! Laisse aller les choses , laisse

couler Teau sous le pont !

— Moi? moi? que je laisse Gustave se battre? Que je le laisse égorger ?

— Eh ben ! et que veux-tu faire? Ne veuxtu pas le mettre en cage, ce garçon? lui lier les pattes pour qu'il n'aille pas demain à son rendez-vous ? Vraiment, tais-loi ! tu me ferais l)0uillir, c'est trop bête à la fin !

— Oh! si du moins je pouvais le voir... oui, ne fûl-ce qu'un instant! J'empêcherais ce duel horrible!

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— Tu n'empêcherais rien du tout, petite sotte! Tu connais bien les hommes, toi, si lu te figures qu'après s'être arraché les cheveux et flanqué des coups de poiiigs, ils vont s'embrasser comme de petits amours à cause de les pleurnicheries ! Et puis d'ailleurs, je voudrais bien voir ça , que ton grand diable de Gustave se mette à saigner du nez, lorsqu'il falit se battre! Ah ! ah ! ah ! si chose pareille arrivait, je ne lui conseillerais pas de revenir se frottera nous ! il trouverait visage de bois... Oui, je lui flanquerais la porte au nez! Je n'aime pas les lâches, moi , les carafes d'orgeat!

— Oh ! mon Dieu ! mon Dieu, c'est eflVoyable ! murmurait Flora en se tordant les mains. Dire que je ne le verrai plus peut-être. . .

— Eh! si, bêtasse! lu le reverras demain, iier comme Artaban, et dégourdi, je Tassure!

car, vois-tu, ii n'y a rien de tel qu'une petite escarmouche pour vous agaillartlir un homme! ça lui donne du cœur an ventre ! Et morguienne! il en serait quitte pour deux ou trois égraiignures, ça ne fait rien ! Je le panserai, moi; je lui mettrai des cataplasmes, et toute la boutique... ça me connaît, j'ai été garde-malade du temps de mon défunt. C'était là un rude gaillard, un dur-à-cuire! il avait servi dans les voltigeurs de la garde ; et de temps en temps, pour se refaire la main, il se travaillait encore les côtes à coup de briquet avec les camarades. Oh ! tiens , moi , je suis belliqueuse... tout comme mon défunt! Et ce qui m'étonne, c'est que toi qui es notre enfant, tu sois une poule mouillée! C'est pas comme ça qu'on se comporte ! Il faut être brave dans l'occasion; il faut être, quand on nous insulte, commo des ligresses, comme des lionnes, quoi ! Tout ce (jui me chiflbnne, moi,

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vois-tu^ c'est dç n'être qu'une femme, c'est de n'avoir pas une bonne poigne de fer pour aller aplatir le museau de ce chien de marquis! Oh ! oh! comme je lui ferais payer cher toutes ses gaudrioles, toutes ses histoires!...

Depuis un quart d'heure que madame Duvercourt parlait avec une étrange volubilité, Flora, muette et pensive, continuait à verser des larmes.

— Ah! ça, bon ! voilà que tu geins et pleurniches toujours ! Je t'y engage , va ! lu seras gentille demain, avec les yeux en compote !.. C'est beau, c'est beau, pour une actrice! Allons, calme-toi donc ! Tout se passera pour le mieux j tu verras que le marquis va recevoir une seconde leçon... J'aimerais pourtant bien mieux avoir ici mon vicomte, il fustigerait ce marquis d'importance. Mais c'est égal ! j'ai très bonne opinion de l'ami Gustave: c'est

un grand garçon solide; il a de bonnes épaules et un bon poing... Ça ira ! ça ira î D'ailleurs, comme dit c't autre, Tinnocence est toujours récompensée.

Flora , qui était bien loin de partager l'assurance et le calme de sa mère, regardait le ciel en joignant les mains ; elle avait l'air de prier silencieusement.

— Voyons, petite, ne restons pas là comme une souche I dit madame Duvercourt en la prenant par le bras. Déshabillons-nous, et au lit ! Tapons de l'œil : un bon somme nous rendra demain malin fraîche comme une rose.

— Oui, maman, oui, je vais me reposer... dit Flora en embrassant sa mère : j'en ai besoin, je t'assure... Je suis brisée de fatigue!

— Eh bien ! ma petite , bonsoir, reprit madame Duvercourt d'une voix plus douc«,

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