‹ La poule aux œufs d'orChapitre 8 sur 31 · DERRIERE LA SCENE · texte numérisé non relu

DERRIERE LA SCENE

Ce fut le marquis de Pons qui entra le premier. En le voyant, Flora tressaillit et devint pâle comme la mort. Le marquis remarqua l'effet bizarre et violent qu'il produisait; mais il devait s'y attendre j et peut-être même ne

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fut-il pas, au fond du cœur, iroj) fâché d'agir si vivemenl sur la belle Flora. D'ailleurs, il avait tout prévu, comme un homme habitué à ces sortes de péripéties ; et ses précautions étaient si bien prisesqu'il n'avait pas à craindre que Flora, dans un transport d'indignation , ne laissât échapper tout ce qu'elle avait dans l'âme.

— Mademoiselle, dit-il, en saluant d'un air gracieux et dégagé, ma visite n'a rien qui vous étonne, sans doute... Je n'aurais pas voulu quitter l'Opéra sans vous exprimer toute mon admiration, toute ma reconnaissance pour le merveilleux talent (jue vous avez déployé ce soir.

Flora ne fit aucune réponse et salua froidement le marquis.

Gustave, immobile et debout, ne savait trop quelleconlenance faire. Timide et embarrassé, comme presque tous les jeunes gens qui n'ont

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pas encore l'habiiiulo de Paris, il avait peur d'être gauche et ridicule ; ilsesenlaitrougir et trembler ; son cœur battait avec une force extrême.

— Ah ! comme ça, vous êtes joliment content, dit madame Duvercourt, en se frottant les mains. Il paraît que nous avons décidément bien chanté '• Seulement ces gueux de l'orchestre font un tintamarre de tous les diables, et mon pauvre petit ange est obligé de b'v.J5v.oiller. Dites donc, monsieur le marquis, vous qui êtes tout puissant dans la boutique, donnez-leur un joli galop î

— Soyez tranquille, madame Duvercourt, répondit le marquis en souriant. Je me suis déjà plaint au directeur et au chef d'orchestre; je ne doute pas qu'à l'avenir on ne fasse quelque attention à mes remarques. En effet, c'est un meurtre, c'est une profanation d'étouffer avec tout ce bruit de cuivre et de

tambours la voix la plus enchanteresse du monde!

— Ali ! dam, c'est que je me fâcherais tout rouge à la fin! reprit madame Duvercourt, en absorbant une large prise de tabac. Je crèverais leurs tambours, et ça ne ferait pas un pli encore! Pardienne! j'aurai la jambe bien faite quand ils auront donné une voix de rogomme à ma pauvre fille. Les scélérats ! ils ne savent donc pas que c'est nous ruiner!... Oui^ cinquante mille francs par an, et bientôt le double 1

~ Je l'espère bien, dit le marquis, car, en vérité, mademoiselle n'a pas ce qu'elle mérite. Ainsi, vous n'avez qu'à me laisser faire; je me charge de tout, moi. Je veux que l'engagement soit modifié d'un bout à l'autre ; avant six mois d'ici, mademoiselle Duvercourt aura quatre-vingt mille francs d'appointements !

Flora demeurait muette et glaciale ^ elle ne

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tournait pas les yeux du côté de M. Pons ; elle avait Tair d'ignorer la présence du marquis et celle de Gustave.

Quant à madame Duvercourl, elle donnait un libre essor à toute sa joie.

— Quatre-vingt mille francs ! disait-elle, en aspirant force prises de tabac. A la bonne heure, c'est du propre ! Nous aurons de quoi faire bouillir la marmite.

— Soyez tranquille, madame Duvercourt, continua le marquis, dans cinq ou six mois, vous pourrez voir que je tiens mes promesses. Mais une chose serait fort importante, elle activerait singulièrement les affaires... Aussi, j'y pense, et très sérieusement, je vous jure! Il faut à mademoiselle Flora un rôle nouveau, un rôle immense, comme il n'y en a pas au théâtre... Un rôle enfin qui, du premier coup, la mette au pinacle, et qui fasse admirablement valoir toute la souplesse, toute l'éner-

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gio, toute la puissance de. son talent! La voix de mademoiselle est quelque chose jde prodigieux! c'est tout à la fois un soprano et un contralto; c'est tout le clavier de la voix humaine, depuis la note la plus déliée, la plus aiguë, jusqu'au son le plus grave et le plus mâle! Meyerbeer, que j'ai vu ce malin encore, dit bien qu'une pareille voix est incomparable, que c'est une merveille ! et il écrit maintenant un opéra dont il a choisi lui-môme le sujet: le poème n'est pas fait encore. Meyerbeer le destine à un écrivain sérieux, à un homme qui soit poète au même degré que lui-même est musicien. Dans cet ouvrage, qui sera monumental, se dessine un rôle qui n'a pas un équivalent au théâtre. Ce rôle est destiné d'avance à mademoiselle Flora.

Le marquis se tut un moment, dans l'espoir que Flora, joyeuse, émerveillée, ne pourrait s'empêcher au moins de lui adresser quel-

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