SÉANCE DD 0 JANVIER
même sur toute son étendue, une grande tache blanchâtre desséchée et entourée, au pourtour, d'une auréole brune. Cette vaste tache, qui se prolonge parfois, au delà du pétiole, jusque sur le bas de la nervure médiane, atteint souvent 20 à 25 centimètres de long; elle correspond à une désorganisation profonde de tout le tissu sous-jacent qui est devenu d’un brun foncé. La couleur blanc fauve de la surface est causée par l’air qui pénètre tout le parenchyme desséché que recouvre l’épiderme. L’abaissement de la feuille vers le sol est dù à l’inégalité de tension des tissus de la face inférieure du pétiole, qui sont demeurés sains, et de ceux de la face supérieure, qui sont désorganisés. — Bien souvent l’épiderme qui couvre le tissu mort sur la tache est crevassé en diverses places et laisse voir, à travers ses déchirures, le tissu mort et bruni. D’ordinaire la désorganisation pénètre profondément et atteint les faisceaux fibro-vasculaires dont la couleur brune signale l’altération, qui s’étend au delà de la tache. La partie du limbe correspondant aux faisceaux envahis par le mal dans le pétiole jaunit et se dessèche. Souvent, tous les faisceaux du pétiole n’étant pas atteints, une portion seulement du limbe présente des symptômes de dépérissement, tandis que le reste est vert et paraît encore bien sain.
Cette altération de la face supérieure des pétioles de la Betterave est due à un parasite dont on trouve le mycélium aussi bien dans le parenchyme mortifié que dans l’épiderme desséché de la grande tache. Il fructifie en abondance en produisant des pycnides brunâtres qui se distinguent à l’œil nu comme de petits points noirâtres, dont est semée la tache blanche. Ces pycnides superficielles, à peu près globuleuses, sont percées au sommet d’un pore par où sort, à l’humidité, un long fil muqueux qui est formé de spores ovoïdes hyalines ayant environ de 5 à 7 millièmes de millimètre de long sur 3 à 4- de large. La couleur des pycnides est foncée, surtout autour du pore ; le reste de la surface est d’un brun un peu plus pâle. Elles doivent être rapportées au genre Phyllosticta. Parfois le même parasite attaque le limbe même de la feuille et y forme des taches arrondies qui peuvent atteindre 15 à 20 mil¬
limètres de diamètre et même plus. Elles sont d’un brun pâle avec des lignes concentriques plus foncées où se trouvent en quantité des pycnides pareilles à celles que l’on observe sur les longues taches des pétioles.
Le mal était déjà répandu dès les premiers jours de septembre dans tout le champ où j’en ai suivi le développement. Le 8, il a fait de tels progrès que la récolte parait très gravement compromise; non seule¬
ment les feuilles dont les pétioles sont désorganisés jusqu’aux faisceaux
jaunissent, meurent et se dessèchent, mais l’altération que traduit le
brunissement des tissus gagne, en suivant les faisceaux, jusqu’au cœur
même de la Betterave et envahit les tissus jeunes du collet qui entourent
le bourgeon terminal entraînant la mort de toutes les feuilles naissantes. Dans le tissu noirâtre voisin de faisceaux, qui sont dans le collet, la continuation de ceux des pétioles attaqués, j’ai trouvé des filaments de mycélium remplis d’un plasma creusé de vacuoles qui m’ont paru
à ceux que j’avais déjà observés dans l’épiderme des taches autour des pycnides de Phyllosticta.
C’est alors qu’on voit se produire le noircissement et le dessèchement des jeunes feuilles du cœur qui se contournent et se couvrent d’un velouté d’un noir-olive produit par des touffes pressées de filaments noirs qui portent des fructifications de diverses formes que l’on peut rapporter aux formes Cladosporium , Macrosporium et Alternaria. C’est à ce Champignon polymorphe que l’on a attribué la maladie et on l’a désigné du nom de Sporidesmium putrefaciens donné par Fuckel à un Champignon «qui couvre la feuille de la Betterave et produit une maladie grave de la plante »; cependant la figure publiée par Fuckel ne répond à aucune des formes que l’on observe sur les petites feuilles noires du cœur de la Betterave et je n’oserais pas affirmer qu’il s’agit bien de la même plante. Ces formes de Cladosporium , Macrosporium et Alternaria réunies sur les petites feuilles mortes du cœur de la Betterave se rapportent très bien à celles que Tulasne a figurées et décrites comme correspondant au Pleospora herbarum. La marche de la maladie me porte à penser que le Champignon noir qui couvre les feuilles du cœur n’est pas, comme on l’a supposé, un parasite spécial attaquant les organes encore vivants, mais bien cette espèce à formes si diverses qui se développe partout en plein air sur les parties mortes des plantes. Les taches des pétioles portent, elles aussi, à côté des pycnides de Phyllosticta, des fructifications d’ Alternaria et de Macrosporium semblables à celles des petites feuilles noires, ainsi que divers autres saprophytes, Diplodia , Kpicoccum, etc., auxquels on ne doit pas davantage rapporter la pourriture du cœur. Je regarde cette dangereuse maladie comme due au Phyllosticta des taches des pétioles, que je propose de nommer Ph. tabifica à cause de la funeste action qu’il exerce sur la végétation de la Betterave.
Vers le 15 septembre, le mal avait atteint à peu près son apogée ; à partir de ce moment, il se développa, autour du cœur mort, à l’aisselle des feuilles inférieures insérées sur une partie demeurée saine du collet, des bouquets de petites feuilles qui sont restées très saines et ont fourni à la plante un nouveau feuillage, grâce auquel elle a pu végéter encore jusqu’à l’époque normale de l’arrachage des racines, mais souvent ces repousses étaient peu nombreuses, restaient faibles et n’ont permis à la Betterave que de continuer une vie languissante. Sur un certain nombre de pieds il ne s’en est pas produit, et la vie de la plante