‹ La prairie aux coquelicotsChapitre 10 sur 15 · IL · texte numérisé non relu

IL

sœur et toi. Prendre un loyer sur neuf cent cinquante francs de rente ! que nous reslera-t-il pour vivre?

— Encore une fois, chère tante, ne vous inquiétez pas. Je suis en fonds pour quelque temps... je pourvoirai à tout. D'abord, nous ne resterons pas à Paris, il y fait trop cher vivre ; et puis, je veux absolument retourner à Montagny.

— A Montagny ! mais il n'y a pas de logements par là. On n'y loue pas, on y vend de petites maisonnettes, des chaumières ; mais nous ne pouvons pas en acheter.

— Oh! nous trouverons bien un petit endroit pour nous loger.

— Nous n'y connaissons plus personne.

— Moi, j"y connais du monde, soyez tranquille, fiezvous à moi. Il faut quitter Paris à la fia du mois.

— Et ton logement... tu n'as pas donné congé?

— Au contraire; comme je voulais retourner à Montagny depuis que je sais que ce Bouffi a acheté notre prairie, j'avais dit à mon concierge de mettre l'écriteau. Un monsieur et une dame sont venus voirjiia chambre un jour qu'il y avait une noce chez Chapart. Probablement ces gens-là aiment la danse, car en entendantj'orchestre du traiteur, la femme a fait une pirouette, le monsieur un entrechat, et ils ont loué tout de suite.

— Puisqu'il en est ainsi, nous irons vivre à Montagny. Oh! ce n'est pas que cela me fasse de la peine... nous avons été si heureux là, du temps de mon pauvre frère ' Mais Virginie ?

— Virginie viendra avec nous; à coup sûr nous ne la laisserons pas seule à Paris.

— .Je le sais bien, mon ami; mais sa lingère, elle allait commencer à gagner.

— Sa lingère est, m'avez vous dit, une dame trèsobligeante; elle donnera de l'ouvrage à faire à ma sœur, elle lui en donnera pour quinze jours au moins, et tous les quinze jours Virginie viendra à Paris avec moi, rapportera son ouvrage et en emportera d'autre,

— Allons, tu arranges tout cela parfaitement; mais crois-tu que cela ne chagrinera pas ta sœur d'aller vivre à la campagne, où elle ne pourra plus voir celui qu'elle aime ?

— D'abord, cela ne peut pas chagriner Virginie de retourner dans un endroit où elle est née; ensuite elle y verra encore quelquefois Oswald, parce que nous ne sommes qu'à douze lieues de Paris et que les chemins de fer doivent surtout avoir été inventés pour les amoureux. Enfin, je dirai à ma sœur qu'en retournant à notre prairie nous travaillons à son mariage, et elle ne demandera qu'à partir. Soyez tranquille, ma tante, dès ce soir je lui ferai comprendre tout cela.

En eflet, lorsque la gentille Virginie revient le soir de son magasin, son frère lui conte tout ce qui est arrivé et ce qu'il a décidé avec sa tante. En apprenant qu'elle va s'éloigner de Paris, la jeune lille verse d'abord des larmes, en murmurant : — Et Oswald... et Oswald?

— Oswald viendra nous voir très-souvent à Montagny : puisque son oncle a acheté notre ancienne demeure, tu penses bien que le neveu y sera souvent; ainsi au lieu de t'éloigner de lui, cela vous rapproche.

— Ah! c'est vrai, répond Virginie qui sourit aussi vite qu'elle pleure. Son oncle a acheté la prairie !

— Oiii. et c'est pour cela que je veux être là, moi, afin de ne pas perdre de vue ce monsieur qui veut nous voler notre trésor, avec leq)iel je veux te marier ; tu vois

bien que dans l'inlérêt de ton amour, il faut toujours que nous allions tous demeurer à Moutagny.

— Mais mon magasin ?

— Nous avons tout prévu. Tu n'emporteras pas ton magasin avec toi, mais tu emporteras de l'ouvrage que lu feras tout aussi bien là-bas qu'ici. Maintenant que tout est convenu, arrêté, ma tante, si vous m'en croyez, vous vendrez une grande partie de vos bibelots, je veux dire de ces vieux meubles; ne gardez que vos deux lits, nous remplacerons aisément tout le reste là-bas.

— Dans tout cela, dit madame Rennecart, il n'y a qu'une chose qui m'inquiète, c'est de savoir où nous logerons dans ce pauvre petit village.

— Soyez donc sans crainte à ce sujet, ma tante... ne savez-vous pas que l'Écriture dit : « Cherchez et vous trouverez. » Eh bien ! nous chercherons.

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