IL
le trésor; ensuite, nous avons été (l(î|)Ossé(iés plus
moyen de chercher... Mais, en causant, ma tante avait conté celte particularité h Oswakl, le neveu du banquier, un garçon bien gentil, et qui est amoureux de ma sœur... malheureusement Oswald a rapporté cela à son oncle, ne se doutant pas que celui-ci y attacherait de l'importance... et pourtant, c'est depuis qu'il a su l'existence de ce trésor que M. Bouffi a formé le projet d'acheter notre anciejine propriété. Elle n'était pas à vendre, mais en payant cher, on a tout ce qu'on veut; et lorsqu'il est venu dans ce pays avec sa société, ce n'était pas pour voir votre maison, il s'en moquait pas mal... c'était pour acheter la prairie; et en effet, il y est parvenu.
— Voilà qui est singulier; en effet, celle précipitation à acheter un domaine qui n'était point à vendre, semblerait indiquer que vos suppositions sont bien fondées.
— C'est lorsque j'ai appris cette indigne manœuvre de M. Bouffi, que je lui ai annoncé que je ne resterais pas dans ses bureaux; mais je ne lui ai point caché que je connaissais ses intentions, et je l'ai averti en même temps que je viendrais dans ce village aussitôt que lui, que je serais sans cesse sur ses pas, et qu'i Ine serait point une seule fois dans la prairie sans m'avoir devant ou derrière lui; j ai tenu paiole, monsieur ; grâce à vous, qui nous avez donné Ihospilalité dans votre propriété, je puis de la chambre que j'ai choisie, voir tout ce qui se passe dans la prairie ; dès le point du jour, je suis à mon poste, et lorsque M. Bouffi est dans sa maison de campagne, je ne tarde pas à le voir arriver, muni d'une bêche; il entre alors dans celle pièce de terre et il se met à la remuer, à la fouiller, dans l'espérance d'y trou-
ver ce trésor que mon père y a caché pour iioi. Mais je suis là, toujours là, dans le sentier ou sur les bords du chemin, el s'il trouvait quelque chose... oh! je vous assure qu il faudrait hien que j'en aie ma parti...
— El depuis qu'il fouille, le banquier n'a encore rien découvert? " "
— Non, monsieur : dame! vingt-el-un arpents de terre! ce sera long à remuer... d'autant plus (]ue ce monsieur ne peut pas se faire aider, parce qu'il se garderait bien de mettre quelqu'un dans sa confidence; mais vous devez penser quelle a été sa colère quand il a su que j'habitais dans votre propriété, tout près de lui, pouvant à mon aise voir tout ce qu'il fait; il ne vous pardonnera jamais cela.
— Je n'en suis que plus content d'avoir mis ma campagne à votre disposition. Quant à M. Bouffi, j'ai retiré de sa maison les fonds que j'y avais mis, et je ne veux plus avoir aucun rapport avec lui.
— Vous ferez bien, monsieur, car cet homme-là n'est pas loyal; j'ai des raisons pour dire cela, et si quelque jour je pouvais acquérir des preuves de sa mauvaise foi, hum! je ne le ménagerais pas.
— Vous m'avez dit je crois, que le neveu du banquier aimait votre sœur, pourquoi ne mariez-vous pas ces jeunes gens ?
— Ah 1 monsieur, je le voudrais bien! mais tant que je n'aurai pas trouvé le trésor, je n'aurai point de dot à donner à ma sœur. De son côté, Oswald n'a rien... à ce que lui a dit son oncle...
— J'aperçois mon cabriolet; adieu, mon jeune ami, puissiez- vous trouver votre trésor... mais cela me semble bien douteux.
— Oh ! j'ai toujours de l'espoir, moi. Adieu, monsieur... Si... si je revoyais par hasartl... celte jeune dame... faudrait-il vous le faire savoir?
M. Duvalloir ne répond rien ; mais, avant de s't loigner, il presse fortement la main d'Horace, et celui-ci se dit : — Il ne m'a pas répondu, mais j'ai deviné.
XYI
MADAME DLVALLOIR
Hor.nce venait de quitter M. Duvalloir, il s'en revenait à la Maison aux Sycomores et ne se pressait point poiii arriver, parce qu'il savait que M. Boulfi rc'élail pas à sa campai;ne, et par conséquent ne craignait pns qu il allât sans lui bêcher dans la prairie. Comme il approchait du village, il rencontre un habitant de Montagny qui l'aborde en lui disant : — Bonjour, monsieur Horace., ça va toujours bien, celte santé?
— Pas mal. père Jérôme, merci.
— Dites-moi donc, je vous ai vu passer tout à l'heure avec un monsieur... est-ce que ce n'était pas M. Duvalloir?
— Si fait ; c'était lui-même.
— Ah ! je me disais aussi : Mais il me semble bien que c'est le bourgeois de la belle propriété où vous demeurez à c't heure.
— Vous connaissez donc ce monsieur ?
— Pardi!... Pendant ([uMl habitait sa maison, nous avons eu le temps de le voir... d'autant plus qu'il se promenait souvent du côté de mon champ de roses avec j sa femme. j
— Sa femme !... sa femme !... Est-ce que M. Duvai- ' oir serait marié ? j
— Très-certainement. Comment! vous le connaissez, ] et vous ne saviez pas qu'il était marié?
— Non ; je l'ai toujours vu seul et il ne m'a jamais î parlé de sa femme. ]
— Après ça, il est peut-être veuf, sa femme est peut- ! être morte. ■
Horace réfléchit ; une idée soudaine le frappe et il I
s'écrie : — Vous avez connu aussi la femme de M. Du- \
valloir, père Jérôme ? !
— '■ Puisque je vous dis que je les voyais très-souvent !
se promener bras dessus bras dessous dans les envi- ^
rons. Alors, ils avaient l'air de deux tourtereaux. Oh ! on ]
voyait qu'ils étaient heureux... M. Duvalloir surtoutl il 'i
dévorait sa femme des yeux... Mais, darael plus tard, ça i
n'était plus ça... il se promenait seul, le pauvre mon- ^
sieur; il avait l'air triste... puis, un beau jour, ils ont i
quitté tous deux leur maison... et, on ne les a plus revus. )
— Comment était madame Duvalloir?... Faites-moi i exactement son portrait. j
— Ma (ine, c'était une jolie petite femme ; pas grande, j mais bien tournée, bien mignonne. :j
— Son âge ? 1
— Oh ! elle était plus jeune que son mari de dix ans i au moins. j
— Blonde ou brune'? 1
— Brune... des cheveux bien noirs... des yeux... je ne sais plus trop de quelle couleur... mais ce lait de jolis yeux... un nez... pas forl; de l)elles dents... et, comme elle riait souvent, on les voyait tout à son aise...
— C'est elle ! oh ! c'est bien elle, se dit Horace.
Le villageois reprend : — Puisque vous ne saviez pas que M. Duvalloir était marié, il faut donc que maintenant il soit séparé d'avec sa femme.
— C'est probable, père Jérôme... Et vous n'avez jamais su quel motif a pu les faire partir tous deux, et si précipitamment, de ce village?
— Ma foi! non. Moi, je n'allais jamais chez eux. Je vends des iégunies, mais ils en ont assez duns leur propriété, ils ne m'en achetaient pas. Leur jardinier venait rarement au village ; cependant, il y a Gervaise, la femme au grand Guillot, qui allait queuquefois aux Sycomores vendre des lièvres, quelle élève, à ce qu'elle dit. et je crois ben plutôt que son homme les prend au Irébuchet!...
— Eh bien, cette Gervaise ?
— Les femmes, c'est malin, voyez -vous... elles voient... ce que nous n'apercevons jamais, nous autres; si ben que Gervaise avait remarqué un beau jeune homme blond... un élégant de Paris, qui venait souvent chez M. Duvalloir... qui des l'ois y restait plusieurs semaines sans quitter.. . et Gervaise disait comme ça, que c'était depuis que ce beau blondin venait aux Sycomores que M. Duvalloir n'était plus aussi gai, et qu'il se promenait muins avec sa femme. Et là-dessus, les langues d'aller leur train; mais vous comprenez... des propos en l'air... faut pas trop y faire attention.
— Et ce jeune homme blond, cet élégant, qu'esl-il devenu ?
— Ah ! je ne pourrais pas vous dire. Quand les bourgeois sont partis, probablement qu'il est parti aussi.
— Il y a loiigleinps de cela?
— Ma fine, il y a quatre ans : c'était dans le mois d'août ; seulement c'était vers la fin, et nous ne sommes |l qu'au commencement.
— Depuis ce temps avez-vous revu madame Duvalloir par ici ?
— Jamais... pas une seule fois.
— Et le beau jeune homme?
— Pas davantage... personne... et c'est aujourd'hui la première t'ois que je revois M. Duvalluir, aussi ça m'a étonné Yoilà! pourquoi je vous ai arrêté pour vous demander si je ne m'étais pas trompé.
— N on père Jéiôme, celait bien lui.
— Il a l'air d'êlre en bonne santé, j'en suis bien aise, car c'était un brave homme. Au revoir, monsieur Horace ; excusez si je vous ai demandé cela.
— Oh ! il n'y a aucun mal, père Jérôme. Au revoir. Le paysan s'est éloigné. Horace réfléchit à ce qu'il
vient d'apprendre; le portrait que Jérôme lui a fait de madame Duvalloir est exactement celui de madauie Huberly ; d'ailleurs, en rapprochant toutes les circonstances, toutes les paroles qui sont échappées à M. Duvalloir, il ne lui paraît plus douteux que la jolie petite dame qui vivait seule et si retirée dans son modeste logement du quatrième, ne soit la femme de ce monsieur. Suivant toutes les apparences, elle a commis quelque faute bien grave, puisque son mari qui l'aimait tant est séparé d'avec elle, et puisque maintenant il refuse de la voir et de l'entendre. Mais sa profonde tristesse, les larmes qu'il a versées en se retrouvant dans les lieux
qu'il Iiîibilait avec elle, enfin les questions (ju'il a adressées à Horace à son sujet, tout cela prouve qu'il aime encore sa femme et qu'il Jie peut bannir son souvenir de son cœur.
— Eh bien! sapristi, il faut que je réconcilie ces époux-là, se dit Horace ; il faut que je parvienne à obtenir le pardon de la petite femme. Elle a fait une faute, c'est probable ; mais est-ce que les hommes n'en font pas aussi?... et bien plus souvent, et bien plus longtemps. D'ailleurs, si elle a été coupable, celte jeune dame se repent... elle pleure, elle se désole... elle est malheureuse. Et lui, tout en refusant de la voir, il est aussi malheureux quelle. l\ souffre en secret... il viseul... il fuit le monde... et il pense sans cesse à elle. Ne sera-l-il pas cent l'ois plus heureux en pardonnant? Oui, oui, en les réconciliant, c'est leur bonheur (]ue je ferai à tous deux ; je reconnaîtrai ainsi les bontés de ce monsieur pour ma famille ; et cette pauvre petite femme ! elle me bénira... Ah ! depuis que je sais qu'elle est l'épouse de M. Duvalloir... mon amour pour elle est devenu de l'amiiié. C'est bien à présent que je veux être son frère que je ne veux plus la chérir que comme une sœur. Il lui pardonnera .. oh ! il faudra bien qu'il lui pardonne. Ah 1 oui... mais, pour les réunir, il fauJ d'abord que je la retrouve, et j'ignore ce qu'elle est devenue. Ah ! pourquoi a-t-elle quitté son logement? mais elle vendra ici... oui, elle voudra revoir celte campai^ne ; quelque chose me dit quelle y viendra.
Madame Rennecart et Virginie attendaient avec impatience le retour d'Horace pour savoir si M. Duvalloir avait eu quelque confidence ou quelque recommandation à lui faire ; malgré les assurances que ce monsieur leur
avait données, elles rrnignaient sans cesse qne, d'un i momenl à Taiilre, il ne voulût revenir habiter sa pro- j priélé, et par conséquent il leur aurait fallu chercher un J gîte ailleurs ; et celui qu'elles occupaient était si beau, i si élégant, si commode, il leur offrait tant de jouis- i sances, que souvent elles ne pouvaient s'empêcher de \ dire : — Mon Dieu 1 ce sera bien cruel quand il faudra ! quitter tout cela. I
Mais Horace les rassure, et, tout en se gardant bien i de leur foire part du secret qu'il a découvert, il montre ' tant de confiance dans l'avenir, que sa tante et sa sœur i finissent par la partager. I
Dans la joiirnée (3swald arrive chez ses amis. j
— Par quel heureux hasard te voit-on au milieu du i jour et dans la semaine? lui dit Horace; serais-tu venu j •avec ton oncle ? j
— Non, je suis venu seul, mais par son ordre. J'ai I apporté une foule de choses; entre autres un feu d'artifice, et j'avais toujours peur qu'il ne prît feu dans ma poche.
— Vous apportez un feu d'artifice, dit Virginie, estce que c'est pour notre mariage ?
— Ah ! mademoiselle ! je le voudrais bien; mais malheureusement, nous n'en sommes pas encore là... c'est j pour la grande fêle que mon oncle va donner.
— M. Bouffi donne une fête ? A quelle occasion ?
— A l'occasion de la Sainte Hélène, qui est la pa- ' tronne de ma tante, qui s'appelle Hélène-Horlense ; et puis, je présume que mon oncle profile de celte circonstance pour faire connaître sa nouvelle propriété ta toutes ses connaissances ; c'est pour cela qu'il invite beaucoup de monde : il y aura ses gros clients, les capitalistes,
I^ l'RAlKlE AUX COQUELICOTS 215
puis les Burgrave, les Coquelet, M. Grébois, les Durcliauip. ..
— El riiUime ami Floqaart, cela va sans dire.
— Nou, je ne crois pas, je ne l'ai pas vu sur la liste d'invités que mon oncle u faite ; mais ils ont eu, je crois, une allercalion fort vive, il y a quelques jours ; M. Flo quart était dans le cabinet de mon oncle, il élevait la voix ; je n'ai pas entendu ce qu'il disait, seulement quand il en est sorti, il s'est écrié : « Je vous répète, Boufli, qu'il faut en finir, que cela m'embèle de venir ici pour des misères , et qu'il me faut une somme ronde. »
— Et puis, tu n'en as pas entendu davantage?
— Non : ce monsieur est parti, et il n'est [»as revenu depuis.
— El pour quand celte superbe fêle?
— Pour le 18, jour de la Sainte-Hélène; c'esl dans sept jours.
— El vous allez rester avec nous jusque-là/ s'écrie Virginie.
— Hélas! non, je repars demain malin; mais je'pense que d'ici à la fêle on aura besoin de m'envoyer souvent à ma tante, il y a tant de préparatifs à faire; mon oncle veut que cela dure trois jours, et il couchera chez lui tous ses invités; on doit dresser une tente pour les hommes dans le jardin.
— Diable! mais ce sera tout à fait asiatique. OsAvaid, si tu n'avais pas de place chez Ion oncle, nous en avons ici, nous le donnerons l'hospitalilé, mais à toi seulement ; ne vas pas m'ameuer un seul des convives de M. Boufli, je n'en veu.K pas.
— Oh! sois tranquille, je n'amènerai personne! bien
heureux si je puis moi-même venir. Il y aura bal, je suis chargé de retenir trois musiciens.
— Qu'on couchera aussi?
— Oh! ceux-là parliront le lendemain du bal; c'est pour le dernier jour, la danse : le premier, concert et jeux; le second, feu d'artifice; le troisième, bal, Voilà | l'ordre de la fêle. !
— El où lirera-t-on le feu? Dans la prairie, sans doute? !
— Quanl.à cela, je lignore; mais n'importe de quel I côté on le tire, vous aurez toujours ici des fenêtres d'où i vous pourrez le voir tout à votre aise. Oh ! décidément, , c'est bien plus vaste ici que chez mon oncle, et il aurait I mieux fait d'acheter cette propriété que l'autre.
— Ce n'est pas à la maison qu'il tenait, c'est à la i prairie. i
— Ma tante, qui connaît celle belle habitation, a déjà | dit plusieurs fois à son mari qu'il avait eu très-tort de i ne point l'acheter, que M. Duvalloir la lui aurait donnée i à très-bon marché. i
— Elle ne sait donc pas l'histoire du trésori? !
— Si uni, mais elle n'y croit pas; elle se moque de ( mon oncle iorsqu'elle le voit revenir avec sa bêche, et i lui dit qu'il a manqué une bonne affaire en croyant à i l'existence d'un trésor qui n'existe pas; si bien que^ , pour venir bêcher dans la prairie, mon oncle se cache de sa femme et fait toujours eu sorte qu'elle n'en sache rien. Ce qui augmente encore la mauvaise humeur de ma tanle, c'est qu'elle sait que c'est toi et ta famille qui i logez ici ; aussi a-t-elle plusieurs fois répété à son mari : ; « Vous êtes cause que ce jeune homme, qui a été voire I commis, occupe une propriété beaucoup plus belle que
la nôtre. ^
— Pauvre ilame' je suis vraiment désolé de lui faire celle peine... Que dirait-elle donc, si elle savait que le concierge veut absolument que j'en sois maintenant le mailre ?
— Quoi! Horace, tu as achelé ce beau domaine?
— Allons, le voilà aussi bêle que Jacquet. Ali! si ce domaine mappailenait. je le donnerais sur-le-champ pour dot à ina^œur, et lu t'en contenterais, n'est-ce pas'?
Pour lonle réponse, Oswald baise la main de Virginie, puis les dei.x amoureu.K s'écrient ensemble : — Quand nous marie-l-on? Nous n'avons pas besoin d'avoir une maison pour être heureux.
— Non, mais vous aurez besoin de dîner tous les jours, parce que l'amour note pas l'appétit ; au contraire, il en donne, suriout quand il est satisfait; il faut donc attendre que votre pàiée soit assurée.
— Toujours attendre... c'est bien ennuyant!...
— Eh! mes enfants, dit madame Rennecarl, on ne fait pour ainsi dire que cela toute sa vie; car à peine a-t-on obtenu une chose, que l'on en attend une autre. Dînerez- vous avec nous, monsieur Oswald?
— Ma foi! oui, madame, je me risque... je dirai à ma tante que je suis allé me promener dans les environs.
— Bravo ! s'écrie Horace; alors je vais descendre à la cave, et pour la première fois y prendre une bouteille do Champagne... que nous boirons à la santé de nos jeunes époux en perspective.
— Comment, mon neveu, du Champagne à M. Duvalloir!
— Il me l'a permis, ma tante... Oh! voyez vous, je puis faire tout ce que je veux, ici ..je suis bien sûr qu'il ne m'en voudra pas. il m'aimait bien; mais dans quel-