LA FENÊTRE
à Edmond Pilon.
J'ai dit à cet ami aussi cher que moi-même :
— Pourquoi demeures-tu derrière ta fenêtre
toujours close, le front collé sur les carreaux?
L'air de ta chambre est rare et fade. Il faut
par les battants béants laisser entrer la brise
avec ses senteurs saines.
Pourquoi demeures-tu derrière ta fenêtre
toujours close? Les voix de la campagne
en frappant aux vitres s y brisent;
appels des laboureurs, bêlements des troupeaux,
gazouillis des oiseaux
que le bruissement des feuilles accompagne,
sons de cloches, murmures d'eaux,
toute rumeur se tait au seuil de cette chambre
où tu te tiens, prisonnier du silence.
Et tu crois assister à la vie
quand tu n'en vois qu'une image muette !
Par les battants grands ouverts que pénètrent
les flots sonores de l'harmonie
en qui l'âme de l'univers se manifeste. —
Or, mon ami me montra la fenêtre
et dit :
— C'est en vain que tu me conseilles,
car je sais, hélas! tout cela.
Regarde : sur ses gonds elle ne tourne pas,
obstruée par la rouille et la poussière,
et malgré mes efforts elle reste fermée.
Sans doute je pourrais trouer
de mon poing la cloison de verre,
mais je tremble de me blesser.