‹ La prairie en fleurs, 1895-1902Chapitre 38 sur 55 · LA PB A HUE F.N PLEURS · texte numérisé non relu

LA PB A HUE F.N PLEURS

comme toi j'étais égaré,

et j'étais vieux et ignorant.

Aujourd'hui, malgré mes cheveux blancs,

je suis jeune et sais bien des choses.

Je sais vivre et sais écouter

la voix de mon âme qui chante,

et je suis joyeux par cette science.

Ah ! combien j'ai trouvé de jeunes hommes,

perdus dans la forêt

où ma pitié pour eux les recherchait;

combien se sont assis au bord de ce lover

qui sont partis savants et consolés.

Ils sont heureux et me bénissent,

j'en suis certain;

j'ai fait leur sort pareil au mien. „

(Oui, cher et doux Simplice,

ils te bénissent et sont heureux;

je m'en atteste, moi, l'un deux.)

L'heure passait.

Enfin il m'a pris dans ses bras,

et nous nous sommes dit adieu'.

J'étais ému à la pensée

que je ne le reverrais pas

(on ne rencontre son destin

qu'une fois - quand on le rencontre);

mais j ai dû me mettre en chemin.

Le jour me sembla court

à marcher à travers un monde

qu'émerveillé je découvrais.

Les laboureurs qui suivaient leurs bœufs lourds

m'interpellaient joyeusement,

et je parlais avec les passants

des promesses du bel automne.

Sur le soir, j'ai reconnu le toit

de la maison où ma jeunesse

devait s'écouler, éternelle,

où je n'aurais de fin que de vivre et d'aimer,

joyeux désormais de savoir

écouter les chansons de mon âme.

L'hiver vint; j'ai brûlé mes livres

et, devant cette table où j'enchaînais mes vers,

j'ai demandé la grâce

d'être semblable à Simplice, mon frère,

et de mériter ton nom simple, Simplice.

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