‹ La prairie en fleurs, 1895-1902Chapitre 51 sur 55 · CRITIAS · texte numérisé non relu

CRITIAS

Pendant mon court séjour aux bords que tu habites,

moi Critias, je fus heureux;

si tu veux mon secret, lis ces mots et m'imite.

J'ai été indulgent aux hommes et aux Dieux

et à tout en ce monde ;

rien n'est tout à fait pire et rien tout à fait bon.

J'ai pris l'instant comme il s'offrait

et chacun pour ce qu'il était.

N'ayant pas mis de masques à la réalité,

je n'eus point à gémir d'avoir été trompé.

L'idéal a suffi pour dorer mes rêves,

mais quand je vivais je ne rêvais plus.

L'univers est sans doute ainsi qu'il doit être.

S'il était autre, y aurai s-je vécu ?

et toi, passant, y serais-tu"?

LE CHEMIN DES OMBRES HEUREUSES uZ^

PHIDALIE

Quoi qu'on ait prétendu, je n'étais pas menteuse, pas davantage que ne le sont mes sœurs. Lorsque tu marcheras sur la berge d'un fleuve, regarde-le, passant, et pense à moi. Regarde-le : il n'a pas de mémoire ; ses flots continuels répètent des images et les oublient sitôt qu'ils s'en séparent. Telles les ondes, telle la femme en ses paroles ; elle reflète la vérité qui s'offre et ne se la rappelle plus, car en voici déjà une autre.

Je n'étais pas menteuse ; comprends-tu ?

2t\0 LA PRAIRIE EN FLEURS

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