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BATTAGE AU FLÉAU

Le battage au fléau s'opère en plein air et aussitôt après la moisson dans la Bretagne, le Poitou, la Saintonge, l'Armagnac, etc., etc.

Les aires sur lesquelles a lieu cet égrenage sont en terre et limitées au Nord ou au Nord-Ouest par des meules de céréales. Lorsque la surface d'une aire a été bien nivelée, nettoyée et battue après avoir été légèrement mouillée, on la couvre à diverses reprises d'une bouillie faite avec des bouses de bêtes bovines. Ce mélange est appliqué avec un

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balai de bouleau ou de genêt. Cette opération s'appelle bornage; elle rend l'aire très solide et l'empêche de devenir poudreuse pendant le battage.

Le battage n'a pas lieu avant 7 ou 8 heures du matin- On attend ordinairement que le soleil ait fait disparaître la rosée. Quand Taire est suifisamment sèche, on y étale des gerbes par couches superposées. Voici comment on opère :

Un ouvrier prend d'une gerbe une brassée de tiges et rétale en une couche mince en ayant soin que la base des tiges soit éloignée de 0"", 50 environ du bord de l'aire et que les épis soient dirigés vers le centre. Quand la première rangée a été ainsi disposée, on en place une seconde, puis une troisième et ainsi de suite jusqu'à ce que toute l'étendue de l'aire soit entièrement garnie. Toutefois, la seconde rangée et les suivantes sont posées de manière que les épis soient dirigés en sens inverse des épis de la première rangée. Quand la céréale à battre a été ainsi imbriquée, aucun épis ne touche la terre et l'œil ne distingue que des épis de froment, de seigle ou d'orge. On complète ce travail en séparant avec les pieds l'airée de la céréale à battre en deux parties.

Les fléaux, en usage dans le battage en plein air, ont des verges en bois de houx, de chêne, de micocoulier, etc. ; ces battes sont rondes ou plates, très légères et très maniables ; les battes rondes égrènent mieux les céréales que les verges élargies on plates.

lies batteurs se placent toujours sur deux rangs et face à face. Ils sont pieds nus et légèrement vêtus. Ils commencent à l'une des extrémités de l'aire et sur un des côtés. Tantôt tous les ouvriers d'une même rangée élèvent et abaissent en même temps leurs fléaux, pendant le temps que les batteurs de l'autre ligne frappent la céréale et relèvent leurs fléaux. Tantôt tous les ouvriers opèrent sépa-

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BATTAGE OU EGRENAGE. 179

rément et successiTement de manière que tous les fléaux s'entrecroisent alternativement.

Dans le premier cas, l'oreille ne distingue qu'un seul coup monotone ; dans le second, on entend un rhythme très accéléré qui n'est pas sans charme et qu'on peut représenter à Taide des mots suivants : iapeii, peti,peta. Cette cadence produit au lointain un effet des plus agréables, et il est incontestable qu'elle excite les travailleurs et accroît leur énergie.

Lorsque la batterie est arrivée à l'extrémité de l'aire, les deux rangées de batteurs, sans s'arrêter, obliquent à droite ou à gauche, changent de main, c'est-à-dire font virer les verges à gauche si elles tournaient à droite et continuent le battage. Toutefois, la ligne de batteurs qui avançait marche maintenant à reculons et frappe plus légèrement ; le contraire a lieu par l'autre rangée d'ouvriers. Le battage au fléau en plein air exige des bras vigoureux et agiles, parce qu'il fatigue beaucoup les ouvriers.

Aussitôt que le battage est terminé, des femmes armées de fourches en bois retourùent la céréale en opérant par chaque rangée successive et en dirigeant les épis vers l'extrémité de l'aire. Alors les ouvriers reprennent leur fléau et opèrent de nouveau le battage. Ce travail est moins pénible que le précédent ; on l'opère plus rapidement.

Quand la céréale a été battue, on soulève, on agite et on dispose la paille en tas, puis on la transporte sm pailler. Alors un des batteurs prend un râteau à dents longues et écartées et râtelle la surface de l'aire pour enlever toutes les petites pailles qui restent sur le grain. On complète cette opération en promenant légèrement sur l'aire un long balai de bouleau dans le but de chasser, hors de l'airée, la plupart des balles que le râteau y a laissées.

Lorsque l'airée a été ainsi nettoyée, on la couvre de nouveau de céréales, puis on l'abandonne au soleil pour qu'il

sèche la paille et échauffe les épis, ce qui rend le battage plus facile. Alors on opère Tégrenage de la deuxième partie de Taire, qui est restée exposée pendant près d'une heure aux rayons brûlants du soleil. On continue ainsi jusqu'au soir, lorsque le temps est beau.

Avant la nuit, on rassemble le grain en tas dans un coin d'une airée ou on le transporte dans la grange ou sous un hangar ou dans le bâtiment appelé serre-ptle.

Dans le Eouergue, on égrène quelquefois le seigle avec une longue perche flexible appelée latte. Dans la Vendée, on bat le millet avec une gaule légère, afin de ne pas écraser les grains qui ont peu de dureté. On emploie aussi la gaule, dans diverses contrées, pour détacher les graines des pieds femelles du chanvre. Ces semences seraient en grande partie écrasées si on se servait du fléau ordinaire pour opérer Tégrenage des fleurs femelles.

Le battage des céréales au fléau et en plein air est une des opérations agricoles les plus pénibles. Déjà, il a-disparu de plusieurs exploitations dans les provinces de l'Ouest et du Sud- Ouest. Avec le temps, on ne le rencontrera très certainement que sur les domaines d'une faible étendue.

ÉGRENAGE AU ROULEAU.

Les rouleaux en pierre sont très employés dans les provinces du Sud-Quest et du Midi. Ces rouleaux sont en granit ou en pierre calcaire très compacte et ils ont la forme d'un tronçon de cylindre ; leur longueur ne dépasse pas 1 mètre à 1",10, et leur diamètre oscille entre 0™75 et 0^90; ils pèsent de 1,500 à 3,000 kilogrammes et sont traînés par deux animaux.

Les rouleaux sont enchâssés dans un cadre en bois, muni d'une limonière ou d'une flèche. Parfois, le tout est surmonté par un siège pour le conducteur.

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BATTAGE OU ÉGËÈNAGÈ. l8l

En général, plus le diamètre du rouleau est gi'and, plus ce dernier est court.

Enfin, plus il fait chaud ou plus les gerbes sont sèches, et plus le blé s'égrène facilement. Le battage est ordinairement bon quand le blé est bien sec et que le soleil l'a chauffé pendant environ une heure.

Les aires rectangulaires sur lesquelles on emploie les rouleaux cylindriques en pierre ont une grande surface. Lorsqu'une aire a été garnie de céréales suivant la méthode en usage dans le battage au fléau en plein air, en ayant le soin de diriger les épis d'une airée en sens inverse de l'autre, on fait arriver le rouleau et on commence Fégrenage. Le rouleau en pierre à surface unie agit seulement par son poids sui; les épis situés au-dessus des tiges ; il opère sans choc et ne fait pour ainsi dire que laminer les épis. Or, pour qu'il détache les grains et les rende libres entre les glumcs et les glumelles, il faut qu'il agisse en décrivant une spirale de la base au sommet des épis , et non de leur partie supérieure vers leur extrémité inférieure. Donc, si l'on divise l'aire en deux parties et si sur chaque airée les épis ont une direction opposée, il sera facile en dirigeant le rouleau d'une airée sur l'autre, d'exercer continuellement une pression de la base au sommet des épis.

Lorsque la céréale étendue sur l'aire a été bien aplatie ou laminée, on retourne les tiges en sens inverse et on agit de nouveau avec le rouleau. Alors des ouvriers armés de fléaux opèrent un battage rapide dans le but de \TLder les épis. Dès que cette opération complémentaire est terminée, ils secouent la paille, l'enlèvent, râtellent et balayent l'aire, qu'ils regarnissent aussitôt de blé ou de seigle.

On bat ordinairement deux à trois airées par jour. Toutes les heures ou toutes les deux heures on remplace un des animaux d'attelage. Il faut de 4 à 5 hommes et 3 à 4 femmes par rouleau pour opérer avec rapidité.

Lorsqu'on emploie un rouleau en pierre tronc-conique beaucoup moins répandu que le précédent et auquel on attelle aussi de front deux chevaux, ou deux mules, ou deux bœufe, on dispose la céréale à battre en cercles concentriques en ayant le soin de laisser au centre de Taire un espace vide ayant 4 à 6 mètres de largeur. Cette aire circulaire présente une légère pente du centre à la circonférence. Au milieu de cette aire de 25, 30 et quelquefois 40 mètres de largeur existe un poteau présentant supérieurement un trou profond de 0™,15 à0°',20 dans lequel on engage une cheville en fer. Lorsque le rouleau a été placé, on attache Tun des animaux à l'aide d'une corde à la cheville précitée. A chaque tour que font le rouleau et Tattelage, la corde s'enroule autour de la tige en fer et se racourcit.,.Lorsque le rouleau est arrivé au centre de l'aire, on enlève la cheville, on retourne les animaux sur eux-mêmes pour que le petit diamètre du rouleau soit du côté de la circonférence et on implante de nouveau la broche en fer dans le trou du pieu par son extrémité opposée. Lorsque l'attelage est en mouvement, la corde se déroule et le rouleau revient à son point de départ. On répète cette opération une troisième et même une quatrième fois. Quatre à cinq batteurs armés de fléaux complètent le battage comme dans l'égrenage avec le rouleau précédent.

L'égrenage opéré à l'aide d'un rouleau en pierre ne réussit bien que sous un soleil ardent, sur une aire exposée le plus possible aux rayons solaires ; il est moins coûteux que le battage au fléau.

Les rouleaux en lois à claire-voie ayant un bâti hexagonal ou octogonal ont été complètement abandonnés.

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