LA MONTÉE LAITEUSE
étudiée par Vergez, Daniel, Gauchery. Elle est produite par bride, coudure, torsion, ou volvulus ; l'évolution peut en être très rapide; personnellement, nous avons vu révolue en vingt-quatre heures et se terminer par la mort, malgré une laparotomie malheureusement un peu tardive, un fait de ce genre. Il y avait une adhérence entre l'intestin et l'utérus; celui-ci, en régressant, attira en bas et couda une anse grêle : il en résulta une occlusion aiguë. Nous avons cité ce fait pour montrer que, si, dans les cas d'occlusion dont l'évolution paraît lente, on peut, avant d'intervenir, avoir recours à des traitements médicaux (lavement électrique), dans les cas graves, il ne faut pas hésiter à intervenir chirurgicalement, plutôt que de perdre du temps à préciser le diagnostic entre occlusion et péritonite, quelquefois d'ailleurs bien difficile. Dans les deux cas, le pronostic est grave.
L'appendicite peut se produire ou se réveiller pendant les suites de couches ; dans ce dernier cas, on se trouve en présence d e formes graves en raison des complications (perforation, déchirures d'adhérences) qui ont pu se produire au moment du travail (voir t. II, Appendicite).
L'accumulation de matières dans l'intestin peut encore déterminer des hémorroïdes ; quand elles existaient pendant la grossesse, on les voit augmenter de volume pendant la période d'expulsion ; après l'accouchement, elles sont saillantes, gonflées par de l'œdème. Quelquefois très turgescentes, elles sont alors douloureuses et peuvent être le siège desphacèle superficiel et d'écoulements sanieux dont le voisinage est dangereux pour la région vulvaire. Le traitement ordinaire des hémorroïdes est applicable à celles qui se produisent pendant les suites de couches ; on fera des applications de compresses d'eau bouillie chaude fréquemment renouvelées, de pommades astringentes et calmantes (belladone, cocaïne); on pourra recourir également à des applications de solutions faibles d'adrénaline.
Nous signalerons enfin un petit accident très douloureux qui nécessite un traitement : la fissure anale des accouchées, développée le plus souvent pendant la période d'expulsion ou par le passage de matières stercorales trop dures ou par la chute d'une petite eschare (Fieux). Elles guérissent en général bien par un traitement simple : attouchement à la teinture d'iode fraîche après déplissement. Avec des pansements quotidiens, la guérison sera rapide. Dans le cas contraire, il faudra recourir à la dilatation anale.
Appareil pulmonaire. — Après l'évacuation de l'utérus, la respiration est plus libre, car les mouvements du diaphragme sont plus étendues. La capacité pulmonaire est variable : tantôt elle augmente (Dorhrn), tantôt elle diminue (Wintrich, Fabius). En général, le nombre des respirations est de 14 à 20 par minute.
La montée laiteuse. — Si l'on examine les seins immédiatement après la délivrance, on constate que la pression du mamelon fait sourdre à ce niveau un liquide légèrement blanc bleuâtre, que l'on pouvait déjà obtenir pendant les dernières semaines de la grossesse, le colostrum. La région mammaire n'est, à ce moment, le siège d'aucune modification notable, et tout reste dans cet état pendant vingt-quatre, quarante, soixante heures. A ce moment, rarement
MACÉ ET CHIRIÉ.
plus tôt, quelquefois un peu plus tard, on voit la région être le siège de phénomènes nouveaux. Les seins augmentent de volume, ils sont le siège de picotements qui impressionnent déjà la femme accouchée. Leur consistance augmente, les téguments se tendent, en même temps que, chez certaines femmes, on voit se dessiner à leur surface des sinuosités veineuses, indice le plus souvent d'une montée laiteuse future de bon augure. La palpation permet de sentir à travers la peau des nodules glandulaires qui se prolongent parfois jusque dans la région axillaire. Ce gonflement, qui est le témoignage d'un bon fonctionnement de la glande, peut être assez intense pour gêner et rendre douloureux les mouvements du membre supérieur.
On pensait autrefois qu'au moment de la montée laiteuse la température s'élevait, et qu'il apparaissait une fièvre dite fièvre de lait. Nous savons que toute élévation thermique pendant les suites de couches doit faire penser à une insection utérine : il faut cependant reconnaître qu'on peut constater parfois une élévation de température de deux ou trois dixièmes de degré, quelquefois plus marquée, mais qui a toujours pour caractère d'être passagère. Le pouls subif parfois une accélération qui suit l'élévation de température. Dans certains cas, la montée laiteuse est extrêmement violente, et les seins sont le siège de douleurs intolérables. Il est bon, en pareil cas, de vider les glandes, soit par expression, soit au moyen d'un appareil (succi-pompe de M. de Rohan, ou lacto-pompe), et de faire des pansements humides chauds. La montée laiteuse ne modifie point la modalité, la quantité des écoulements lochiaux; il n'en est pas de même du côté de la sécrétion urinaire, qui, à ce moment, peut présenter des caractères particuliers. Les travaux de Blot, de Lecomte, de Wiederhold, de Riedel, de Sinéty, etc., ont montré qu'ilexistait du glucose dans l'urine en quantité variable. Récemment, Commandeur et Porcher ontdémontré que le sucre éliminé était formé par du lactose et que la quantité sécrétée était directement en rapport avec l'allaitement maternel. Tout le monde est aujourd'hui d'accord pour faire de la lactosurie le résultat de la résorption par les voies veineuses et lymphatiques du lactose produit dans la mamelle ; mais il faut qu'il y ait surproduction ou stase dans la glande pour la voir apparaître : la lactosurie peut faire défaut, même chez une nourrice excellente, si l'excrétion égale la sécrétion, si l'enfant tette tout ce que le sein produit.
On peut voir également de la graisse s'éliminer au niveau du rein (expériencesde Chirié sur des chiennes), très probablement par un mécanisme analogue à celui décrit pour le lactose.
Quelle est la cause de la montée laiteuse? On l'a cherchée tour à tour dans le placenta fœtal (Halban, Ferroni et Setta, Rosch), dans le foetus (Lane Clypton et Starling), dans l'utérus (Grangia), dans l'œuf, placenta et fœtus (Aschner et Gregoriu). Bouin et Ancel ont montré expérimentalement les causes qui régissent le fonctionnement de la glande mammaire. Chez les mammifères à gestation courte, il n'y a pas de sécrétion de colostrum après la mise bas ; d'emblée, les mamelles fournissent du lait. Au contraire, chez les mammifères à gestation longue, la glande mammaire doit expulser son contenu de colos-