‹ La pratique de l'art des accouchementsChapitre 279 sur 492 · REPRISE DES OCCUPATIONS · texte numérisé non relu

REPRISE DES OCCUPATIONS

et s'est terminé par une opération obstétricale (forceps, version, délivrance artificielle), ou chirurgicale (césarienne vaginale, abdominale, pubiotomie, etc., déchirures du périnée), avant de permettre le lever, il faudra avoir la certitude qu'il n'y a pas eu de phénomènes infectieux même légers. Si la femme est normale, si l'accouchement et la délivrance se sont effectués sans incident, on pourra permettre dans certaines conditions le lever précoce. Pour cela, il faut que la température rectale ne s'élève pas au-dessus de 37°, 5, que le pouls se maintienne au-dessous ou aux environs de 80 et que rien, dans l'examen de l'utérus, des lochies, ne permette de supposer qu'il y a infection. Fabre, de Lyon, recommande même la culture des lochies ; elle permet de dépister les porteurs sains de streptocoques qui, malgré des apparences normales, sont cependant en imminence d'infection et doivent garder le lit.

Pratique du lever. — Lever précoce. — D'une façon générale, peu de femmes demandent à se lever avant le troisième jour des suites de couches. Il ne semblepas, d'ailleurs, qu'il y ait avantage à faire quitter le lit avant le sixième ou septième jour, en raison des vertiges, des céphalées, de la rapidité du pouls que l'on a observé si souvent en pareil cas.

Pendant ce temps, il est permis, sauf contre-indication, d'être un peu moins sévère que les anciens accoucheurs et, si les femmes gardent le lit, on peut au moins leur permettre quelques mouvements. La position demi-assise, à condition de surveiller attentivement la situation de l'utérus, afin de dépister une antéversion exagérée, sera d'un heureux effet et permettra l'écoulement plus facile des lochies. Dans certains cas, on aura recours avec prudence aux mouvements de gymnastique conseillés par certains auteurs. A partir du sixième au septième jour, quand tout est normal, on peut donc faire lever les malades. On procédera de la façon suivante. Après avoir appliqué un bandage sur l'abdomen, on fera lever la femme ; elle sera placée pendant une heure sur une chaise ou sur un fauteuil et, si le moindre malaise se produit, on la remet au lit. On prend la température rectale. Si elle reste normale, on continue à permettre le lever le lendemain ; s'il y a la moindre élévation de température, on diffère le deuxième lever.

Le lever est alors continué, prolongé chaque jour régulièrement : deux heures le deuxième jour avec quelques pas; trois heures le troisième jour ; puis on laisse la femme libre de faire des mouvements, de marcher, de se reposer. Mais, si les mouvements lui .sont permis, les efforts lui sont interdits. Toutes ces précautions, qui sont des précautions nécessaires, nécessitent une surveillance attentive par des gens compétents ; aussi cette méthode ne peut être, reconnaissonsle, employée que dans des cas très particuliers.

Lever tardif. — Chez les femmes qui ont subi une opération obstétricale, un accouchement laborieux, il est prudent de ne permettre le lever qu'en suivant les règles classiques : lever du quinzième au vingt -unième jours, à moins de complications.

Reprise des occupations. — Le lever tôt, tel que nous venons del'exposer, est un traitement ambulatoire des accouchées et ne doit pas être autre chose ; il est uniquement destiné à activer la circulation et les fonctions organiques. Il

MACÉ ET CHIRIÉ.

faut permettre le lever, mais le lever avec repos, c'est-à-dire que la femme ne doit pas reprendre ses occupations avant un temps déterminé.

Sans le repos, le lever précoce détermine des accidents dans une proportion considérable. Certains auteurs ont pu réexaminer des femmes levées tôt qui avaient repris rapidement leurs occupations. Sur 100 femmes, cultivatrices, ménagères, ouvrières de l'Ille-et-Vilaine, levées du deuxième au huitième jour après un accouchement normal, Mme Darcanne-Mouroux, a trouvé 27 fois un appareil génital normal ; dans 73 p. 100 des cas, il existait des lésions diverses : subinvolution, métrites, 22 ; prolapsus deuxième degré, 20 ; rétroversion, 13 ; antéversion exagérée, 6; colpocèle, rectocèle, 6; lésions inflammatoires, 5 ; phlébite, 1. Hufîels a fait des constatations analogues dans le service de Kiïstner.

Aussi, en raison des difficultés qu'on éprouve pour surveiller les accouchées, et comme il est presque impossible de faire reposer sérieusement la femme dès qu'elle est levée, la plupart des accoucheurs préconisent le lever tardif. On ne peut permettre en effet le lever et le mouvement qu'à la seule condition que la femme se reposera et ne reprendra ses travaux qu'au moins trois semaines ou un mois après l'accouchement. Les législateurs de tous les pays civilisés ont édicté des règles prescrivant le repos dans les ateliers pendant un temps qui varie d'un à deux mois après l'accouchement.

Voyages. — Les voyages courts, déplacement unique d'un point à un autre, seront seuls permis après le lever. Si la femme veut entreprendre un long voyage, il sera nécessaire d'attendre le retour de couches (en dehors de la lactation).

Rapports sexuels. — Il sera bon de reculer la reprise des rapports sexuels après le retour de couches, car, à ce moment, l'utérus, comme nous l'avons indiqué, est à peu près complètement involué.

Petit retour de couches. — Il se produit en général du quinzième au dixhuitième jour, au moment où la femme commence à se lever. Quelquefois ces hémorragies tardives peuvent être le début de phénomènes infectieux.

Retour de couches. — Le véritable retour de couches se produit du quarante-cinquième au cinquante-cinquième jour après l'accouchement. On l'observe après l'avortement, l'accouchement^prématuré, l'accouchement à terme. Il est en rapport avec la reprise de la fonction ovarienne. Il se produit généralement chez les femmes qui n'allaitent pas ; cependant, on peut l'observer chez les nourrices et, dans ce cas, les menstruations suivantes sont suspendues, surtout chez les multipares; les primipares nourrices peuvent avoir leurs règles dans 50 p. 100 des cas, soit régulièrement, soit irrégulièrement. Fréquemment, surtout après les avortements,on peut voiries femmes perdre dès le lever quotidiennement ou irrégulièrement un peu de sang, perte qui se prolonge et fait craindre une rétention placentaire. Le retour de couches se passe comme à l'ordinaire, quelquefois un peu abondant; dès qu'il est produit, on voit ces pertes s'arrêter. Ce fait doit être connu, car, en pareil cas, on pourrait être conduit à pratiquer des interventions (curage, curettage) inutiles. Si les pertes continuent après le retour de couches, il y aurait lieu de vérifier la cavité utérine.

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