C. JEANNIN
Peu, Delamotte, puis Van Dœreven, Leake, Young, Doulcet, Clarke avaient observé des épidémies puerpérales, mais ils n'avaient point formulé la notion de contagion. Il faut arriver en 1846 pour entendre Samuel Kneeland parler de l'inoculation de la fièvre puerpérale par les liquides provenant d'une femme malade, la literie, les objets de pansement. Mais c'est à Semmelweiss (de Pesth), que revient le grand honneur d'avoir, à Vienne, établi sans conteste la nature contagieuse de l'infection puerpérale. Ce clinicien, ayant constaté que la mortalité des nouvelles accouchées était beaucoup plus élevé dans le service fréquenté par les étudiants que dans celui suivi par les sages-femmes, rechercha la cause de ce phénomène en apparence paradoxal. Il reconnut enfin que le danger venait de la pratique des autopsies, les élèves transportant sur les femmes le poison cadavérique. Il interdit alors les autopsies, et vit, de ce fait, la mortalité tomber de 9 p. 100 à 3 p. 100. Ultérieurement, Semmelweiss montra qu'il existe bien d'autres causes de contage, par exemple les lochies d'une femme malade, et il put, dès lors, poser les fondements principaux de la prophylaxie de l'infection puerpérale.
Dix ans plus tard, en 1856, Tarnier fit, à Paris, des constatations analogues, et, en isolant les infectées, il vit à la Maternité la mortalité s'abaisser de 9,3 p. 100 à 2,32 p. 100. On ne saurait trop insister sur la valeur d'une semblable découverte, ni porter trop haut le mérite de ces deux grands précurseurs, Semmelweiss et Tarnier.
Le caractère contagieux de la fièvre puerpérale était donc désormais démontré ; mais sa nature intime restait mystérieuse. D'interminables discussions s'engagèrent sur ce point ; la plus célèbre eut lieu à l'Académie en 1858. Le corps médical se sépara en deux camps : les localisateurs et les essentialistes. Les localisateurs, avec Bouillaud, Cruveilhier, Jacquemier, Velpeau, envisageaient uniquement la lésion anatomique : la maladie était, pour eux et suivant les cas, une péritonite, une métrite, un phlegmon pelvien, etc. Les essentialistes, avec Dubois, Depaul, Trousseau considéraient ces lésions anatomiques comme consécutives à un empoisonnement primitif du sang, à une typhisation de l'organisme. De ces discussions, qui, pourtant, comportaient des deux côtés une part indiscutable de vérité, était loin de jaillir la lumière, et jusqu'à la seconde moitié du xixe siècle, les auteurs durent se borner à décrire les diverses variétés cliniques de l'infection puerpérale.
3° Application, a partir de 1869, de la bactériologie a cette étude. — En 1869, commence une ère nouvelle. La bactériologie était née, et la méthode listérienne transformait la chirurgie. Coze et Feltz (de Strasbourg), s'adressant au microscope, trouvent dans le sang des femmes atteintes d'infection puerpérale, des microcoques en couples et en chaînettes. Dix ans plus tard (1879), Pasteur en isole et cultive le Streptococcus pyogenes : la nature microbienne de l'infection puerpérale était désormais démontrée.
A ce point de vue, l'étude bactériologique des infections purpérales a traversé trois phases :
a) On crut, tout d'abord, qu'il s'agissait toujours d'une infection streptococcique. Ce seul streptoccoque était considéré par Chauveau, Arloing, Bumm, etc.,