C. JEANNIN
En 1899, Ahlfeld avait déjà pu réunir, dans la littérature allemande, 23 cas de mortpar infection puerpérale, chez des femmes n'ayant jamais subi ni toucher, ni injection ; depuis, d'autres observations similaires ont été rapportées par Walthard, Metzger, Lewenstein, Albert, Meinert, Schmorll, etc.
Il faut, cependant, tenir ces faits de mort pour exceptionnels dans la pratique courante. Sans doute, l'auto-infection explique nombre de cas de fétidité lochiale, de décomposition putride de caillots; mais F infection grave, celle qui menace la vie de la femme, est, dans V immense majorité des cas, d'' origine hétérogène.
Ceci étant établi, l'auto-infection peut naître de sources variées, extragénitales ou génitales.
1° Sources extragénitales de l'auto-infection. — Nous citerons tout d'abord l'apport au niveau de l'utérus des germes charriés par le sang au cours des maladies infectieuses : grippe, scarlatine, érysipèle, pneumonie, tuberculose, etc. Les microbes peuvent également provenir d'un foyer de suppuration cutanée : panaris (Jardine), pustule d'acné, ecthyma, etc.
Les infections mammaires (galactophorite, abcès du sein) jouent un rôle indéniable; aussi peut-on voir l'infection génitale et l'infection du sein coïncider. Les suppurations des voies urinaires, urétrite, cystite, pyélo-néphrite, peuvent déterminer des infections puerpérales gonococciques et coli-bacillaires; de fait, ce cas est exceptionnel, du moins en ce qui concerne la pyélonéphrite.
h' auto-infection d'origine intestinale se produit avec une fréquence qu'expliquent les rapports de l'intestin et de l'appareil génital et la coprostase habituelle des suites de couches. Ces infections puerpérales d'origine digestive ont été particulièrement bien étudiées par Budin, Rumann, Davis, Bué, Oui, Barbier, Broutelle, etc. Elles sont dues surtout au colibacille, dont la virulence s'exalte en cas de constipation comme en cas de diarrhée (Macaigne). Ces microbes gagnent le tractus génital, soit à la faveur de quelque déchirure rectovaginale, soit par la voie périnéo-vulvaire ; dans d'autres cas; ils déterminent d'abord une infection généralisée, puis secondairement se fixent au niveau de l'endomètre (Chantemesse, Widal et Legry) ; enfin les recherches de Lehman, Morisani jeune et Cappaldi ont montré que les germes partis de l'intestin pouvaient facilement gagner l'utérus en suivant les adhérences entéro-génitales. Signalons encore l'appendicite comme cause possible d'infection puerpérale autogène.
2° Sources génitales de l'auto-inîection. — A priori, on doit penser que les lésions annexielles (oophoro-salpingites, abcès pelviens), préexistantà la grossesse, peuvent devenir une cause d'infection puerpérale : or, en dépit de l'aggravation que ces lésions subissent lors de l'accouchement (Veit, Blanc), cette hypothèse ne se trouve qu'exceptionnellement vérifiée.
Il est autrement important de savoir si, au niveau des organes génitaux, il existe des microbes pathogènes ou capables de le devenir, et de donner ainsi spontanément naissance aune infection puerpérale. Ceci nous amène à tracer un rapide tableau de la bactériologie des voies génitales chez la femme.