C. JEANNIN
plusieurs jours où le thermomètre n'atteignait pas 38°. Tantôt, il se fait toute une série de cycles, la température montant pendant trois à quatre jours, puis décrivant une lysis descendante, chaque cycle nouveau étant moins long et comportant des élévations thermiques moindres que le précédent. Enfin, la fièvre peut décroître par une lysis extrêmement lente et presque insensible, une différence de quelques dixièmes de degré nécessitant plusieurs jours pour se produire.
La convalescence, qui suit ces guérisons tardives, ne diffère en rien par son allure, sa durée, et ses accidents possibles, de celle de toutes les grandes pyrexies :
Jou
rs
Température
Pouls
F= Frisson \A = Mort
Fig. 302. — Courbe de température et de pouls, chez une femme ayant succombé à une septicémie puerpérale secondaire à l'infection utérine.
Le çurettage n'a pas amené de rémission; les frissons, apparus vo^rs le treizième jour, marquent le début de l'infection généralisée.
la malade, d'une maigreur extrême, présente des sueurs nocturnes profuses; elle peut souffrir de poussées de furonculose ou de petits abcès multiples. Dans cet état elle offre un terrain tout préparé à l'éclosion de la tuberculose.
Pronostic. — Il résulte de la description qui précède, que le pronostic de l'infection utérine est essentiellement variable : si l'infection ne dépasse pas l'endomètre, la guérison survient rapidement, et les fonctions génitales n'en sont pas troublées. En cas de métrite parenchymateuse, sans généralisation de l'infection, le pronostic quoad vitam est encore bon, mais il faut craindre la persistance d'une métrite, ou la stérilité consécutive à la superinvolution utérine ou à quelque infection annexielle. Enfin, quand Vinfection se généralise, le pronostic devient sévère : sans pouvoir citer de chiffre précis, on peut admettre que la plupart des malades succombent.
Traitement. — 1° Tant que l'infection ne dépasse pas les limites de l'endomètre, on se contentera du traitement local : nettoyage utérin (voy. p. 658),
ENDOMÉTRITE PUTRIDE.
s'il reste quelques débris in utero, iodage, glace sur la région hypogastrique ;
2° Lorsqu'il y a métrite parenchymateuse, et que l'infection menace de se généraliser, il est logique de songer à V h y stéréotomie (voy. p. 665) ;
3° Enfin, contre la septicémie secondaire, on dirigera le traitement général, consistant surtout en balnéothérapie (voy. p. 649), tentative d'abcès de fixation (voy. p. 681), sérum térébenthiné (voy. p. 683), antisepsie intraveineuse (voy. p. 685).
Dans tous les cas, on aura recours aux méthodes propres à soutenir les forces de l'organisme, et à augmenter ses moyens de défense (voy. p. 647).
B. — Variétés courantes de l'infection utérine.
Sous ce titre nous grouperons toute une série de manifestations infectieuses courantes dont chacune présente un caractère particulier, d'ordre anatomiqce ou clinique, qui permet de définir la variété en question.
Lochiométrie. — Par suite d'une flexion exagérée de l'utérus, très habituellement une antéflexion, à titre rare une rétroflexion, l'écoulement lochial ne se fait pas : il y a rétention de sang in utero. Cette absence de lochies attire l'attention du côté de l'utérus que l'on trouve gros et mou ; en le redressant, par le toucher intra-utérin, on donne issue à un flot de sang mêlé de caillots noirâtres en voie de putréfaction, d'odeur ordinairement très fétide. L'évolution en est semblable à celle des pyonéphroses intermittentes, les symptômes infectieux qui ne sont autres que ceux de la métrite puerpérale disparaissant quand les lochies s'écoulent, pou1* éclater à nouveau quand l'utérus se replace en antéflexion. La lochiométrie peut être cause, si l'on n'intervient pas, d'accidents très graves : c'est ainsi que Jeannin a vu une maladé succomber à une pleurésie gangréneuse consécutive à une rétention lochiale.
Le traitement, qu'on ne saurait mettre en usage trop rapidement afin d'empêcher la généralisation de l'infection, consiste : 1° à redresser l'utérus, au moyen du toucher intra-utérin ; 2° à le débarrasser de tout ce qui encombre sa cavité, par un nettoyage utérin (voy. p. 658) ; 3° à maintenir cet organe en bonne position, soit à l'aide d'un drain (voy. p. 656), soit par un tamponnement à la gaze imbibée de teinture d'iode : lorsque, au bout de vingt-quatre heures, on retire ce tampon, l'utérus a très habituellement tendance à rester en bonne position, quelques injections intra-utérines (voy. p. 651) peuvent d'ailleurs aider à maintenir sa perméabilité.
Endométrite putride. — Pathogénie. — Près de la forme classique d'infection puerpérale que nous avons décrite, et qui est due à la contamination de l'endomètre par les microbes pathogènes habituels (le streptocoque principalement), il faut réserver une place importante à l'endométrite putride. Cette forme clinique, qui est très fréquente, se caractérise essentiellement par l'intensité des phénomènes de décomposition organique dont l'intérieur de l'utérus est le siège. Tarnier plaçait cette infection sous la dépendance du vibrion septique; actuellement, grâce à de nombreux travaux, au premier rang desquels il faut