C. JEANNIN
pas eu le temps de former de pus ; dans la cavité péritonéale, on ne trouve qu'un liquide louche rappelant le bouillon sale, ou légèrement rosé, semblable alors à de la gelée de groseille, d'habitude en très faible quantité. Les anses intestinales sont très vascularisées et d'aspect poisseux, ainsi que l'épiploon. Il existe fréquemment de l'œdème sous-péritonéal.
2° Péritonite phlegmoneuse aiguë. — C'est là la forme classique de la péritonite puerpérale, celle où le péritoine n'est touché que secondairement à l'utérus, où il a le temps de réagir pour former un vaste épanchement purulent
dont le développement donne lieu, très habituellement, aux signes classiques de la péritonite chirurgicale.
a. Clinique. — Précédée ordinairement d'une période pendant laquelle on note généralement tous les signes d'une endométrite, la péritonite débute, du quatrième au sixième jour des couches, par un frisson violent, prolongé pendant une demiheure, une heure même, à la suite duquel la température s'élève à 40° ou 41° (voy. fig. 305). Presque en même temps apparaît la douleur abdominale, qui éclate dans le bas-ventre, au niveau des fosses illiaques, ou encore au creux épigastrique, « en coup de pistolet », puis s'irradie dans tout l'abdomen. Cette douleur, très intense, s'exagère par les mouvements de la malade et le moindre contact : les draps ne peuvent même être supportés. Les vomissements surviennent peu après : précédés de nausées, accompagnés de hoquet, ils sont douloureux au début, puis ils deviennent faciles. D'abord alimentaires, puis muqueux, puis bilieux, ils revêtent plus tard l'aspect porracé caractéristique ; parfois cet aspect porracé existe dès le début. Ils revienneut avec une incroyable ténacité, de telle sorte que la malade, qui absorbe à peine quelques cuillerées de liquide, en rejette de grandes quantités. La constipation absolue est habituelle ; elle peut faire place, parfois, à une diarrhée abondante et très fétide.
Rapidement le faciès se grippe, le nez s'effile, les yeux s'excavent; la langue, d'abord blanchâtre et humide, devient rouge et lisse, et finalement rôtie. Le ventre est ballonné. Ce ballonnement semble d'abord léger ; il est limité à la région sous-ombilicale ; bientôt, au bout de deux à trois jours, la voussure gagne la région sus-ombilicale. U estomac très distendu est douloureux. La propagation du ballonnement à la région sus-ombilicale est une preuve de l'extension rapide de la péritonite. La percussion, extrêmement douloureuse, fait naître un son tympanique. Le météorisme abdominal gêne le jeu du diaphragme ; cette cause, s'ajoutant à la dyspnée d'origine toxique, rend la respiration courte et
,iératu.re . Po'uls F = frisson M = More
Fig. 305. — Courbe de pouls et de température chez une femme atteinte de péritonite phlegmoneuse aiguë.
La température s'élève brusquement le troisième jour, et continue de monter jusqu'au dixième jour, où la malade succombe.