‹ La pratique de l'art des accouchementsChapitre 325 sur 492 · C. JEANNIN · texte numérisé non relu

C. JEANNIN

Évolution. — La phlébite utéro-pelvienne, simple ou adhésive, guérit habituellement après une durée variable mais plutôt longue, de deux à cinq semaines environ. Elle peut se compliquer de phlegmatia alba dolens, ou d'infection généralisée, accidents que nous allons maintenant étudier.

Traitement. — En dehors du traitement habituel de l'infection utérine (voy. p. 650), traitement dont il ne faut user qu'avec la plus grande réserve, la thérapeutique consiste essentiellement à immobiliser la malade au lit, tant que la température et le pouls ne sont pas rigoureusement et définitivement à la normale. Si l'infection menace de se généraliser, il est logique de recourir au traitement chirurgical, et de pratiquer l'hystérectomie (voy. p. 665) si la phlébite ne dépasse pas les limites de l'utérus, la ligature des veines thrombosées (voy. p. 677) dans le cas contraire.

B. — Phlébite utérine infectante : pyohémie puerpérale.

Quand l'infection relève de germes particulièrement virulents, ou qu'elle évolue sur un terrain préparé, la phlébite utérine prend un caractère infectieux : des caillots qui encombrent les sinus utérins diffusent, vers l'organisme, microbes et toxines ; de plus, il s'en échappe des embolies septiques qui transplantent l'infection à distance. Le caractère dominant de cette forme d'infection généralisée sera donc d'évoluer par poussées successives, d'où son nom de septicémie intermittente, et de donner lieu à de multiples métastases. Jadis, on décrivait volontiers cette forme sous le nom d'infection purulente.

Étude clinique. — 1° Allure générale de la pyohémie. — La maladie débute par une phase d'infection utérine pendant laquelle on observe les symptômes habituels de l'endométrite et de la métrite parenchymateuse. Puis, vers le dixième jour, éclate un violent frisson suivi d'une élévation thermique atteignant 40° ou 41° ; en même temps, le pouls est à 120 ou 130, la respiration accélérée. Au bout de quelques heures, la température s'abaisse et tout paraît rentrer dans l'ordre. L'état général est bon ; cependant l'utérus est un peu volumineux, légèrement douloureux au niveau de ses bords, et dans la soirée, le thermomètre remonte aux environs de 39°. Le lendemain ou le surlendemain, nouveau frisson, suivi comme le premier d'une forte élévation thermique, et cette fois encore les symptômes semblent s'amender rapidement. Mais les jours suivants les mêmes phénomènes se répètent. On admet volontiers que les frissons correspondent à des décharges toxiques ou microbiennes dans l'organisme. Ils se groupent en série irrégulière : tantôt il n'y en a qu'un tous les jours ou tous les deux jours ; tantôt on en compte deux ou trois dans les vingt-quatre heures. La courbe thermique est celle de toutes les pyohémies : elle procède par grandes oscillations irrégulières, le thermomètre marquant dans une même journée 37° ou 41°. Au fur et à mesure que les frissons se répètent, l'état général s'altère : le faciès devient pâle, subictérique ; les yeux s'excavent, la langue se sèche ; les urines sont albumineuses ; la congestion douloureuse

PYOHÉMIE PUERPÉRALE.

du foie et de la rate traduit l'infection de l'organisme. La soif est vive, et souvent il existe de la diarrhée fétide. Les phénomènes nerveux, très variables suivant les individus, dominent parfois la scène : on croirait à une fièvre typhoïde, tantôt à type ataxique avec délire violent, jactitation, excitation maniaque, plus souvent à type adynamique, avec délire calme, abattement, état de stupeur.

L'aspect de la courbe thermique permet de reconnaître deux types à l'infection pyohémique :

1° La forme typhoïde. — Dans ce cas, les grandes oscillations thermiques sont

Température » oPouls F -.Frissons tA=A!orâ

Fig. 308. — Courbe de pouls et de température chez une femme atteinte de pyohémie à forme

« typhoïde ».

Les accidents ont débuté dès le troisième jour ; les frissons se répètent parfois au nombre de 2 à 3 par 24 heures; les grandes oscillations thermiques continuent jusqu'à la mort, survenue le trente et unième jour.

quotidiennes; les frissons, très rapprochés, se répètent deux à trois fois par vingtquatre heures ; l'état général est rapidement mauvais. On dirait que l'infection «brûle les étapes» et, en quatre à cinq semaines, la malade succombe (voy. fig. 308).

2° La forme lente ou prolongée. - — Dans ce cas, les poussées thermiques et les frissons sont séparés par quelques jours d'accalmie; durant ces périodes, la femme semble guérie : seul, le pouls demeure anormalement fréquent ; puis la fièvre éclate à nouveau et ainsi de suite, parfois pendant plusieurs mois. C'est là, à proprement parler, la septicémie intermittente (voy. fig. 309).

De toute façon, la pyohémie puerpérale dure assez longtemps, atteignant fréquemment cinq et six semaines, et dépassant souvent plusieurs mois.

Le plus souvent, la malade succombe dans le coma, après avoir parfois pré-

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