C. JEANNIN
avec plus d'intensité. Dans des cas devenus assez rares aujourd'hui, mais très fréquents jadis, il existe de la phlébite suppurée : par la pression on fait sourdre du pus des sinus, et sur le trajet des lymphatiques on rencontre des abcès multiples dont le volume varie de celui d'un grain de chènevis à celui d'une fève. C'est alors que l'on peut comparer l'utérus « à une véritable éponge de pus ». Habituellement cette phlébite coïncide avec de la lymphangite utérine dont Siredey et Lucas-Championnière faisaient une forme à part. Les lymphatiques enflammés apparaissent, à la surface de l'organe et principalement au niveau de l'insertion des ligaments larges, sous l'aspect de cordons jaunâtres, noueux, atteignant parfois le volume d'un fort stylet.
b. Annexes. — Les trompes peuvent être transformées en deux abcès de volume parfois considérable. Des fausses membranes fibrineuses les recouvrent, les reliant à l'utérus et aux parois pelviennes. L'ovaire, très vascularisé, augmenté de volume, est rouge et friable. On y observe, dans quelques cas, de petits abcès lymphangitiques (Lucas-Championnière) ; tout son parenchyme peut même être transformé en une collection purulente limitée par la coque ovarienne : Kolb a décrit cette lésion sous le nom de putrescence de V ovaire.
Appareil circulatoire. — a. Cœur. — A titre exceptionnel, on trouve de la péricardite sèche ou suppurée ; la myocardite est fréquente à la suite des formes qui ont duré longtemps, h'' endocardite est loin d'être rare. Siégeant surtout au niveau de la face ventriculaire de la valvule mitrale, la lésion revêt la forme ulcéreuse ou végétante. Les végétations peuvent atteindre un volume considérable, dépassant celui du pouce dans quelques cas. L'examen bactériologique y décèle le microbe causal : streptocoque, pneumocoque, colibacille, staphylocoque, gonocoque (Rendu). La surface irrégulière de ces végétations a permis à de petits embolus de fuir vers les différents viscères tributaires du système aortique.
b. Artères. — L'artêrite frappe surtout les fines artérioles et les capillaires, y devenant le point de départ d'abcès miliaires. En cas d'endocardite végétante, des troncs artériels importants peuvent être obstrués par un embolus : par exemple les artères cérébrales, l'artère mésaraïque (Maygrier), l'artère rénale (Brindeau et Chavane, etc.).
c. Veines. — La phlébite peut siéger sur n'importe quelle veine. En dehors de celle des membres inférieurs qui sera étudiée à part, il faut surtout tenir compte de celle du paramétrium (voy. fig. 310) dont nous avons déjà parlé (voy. p. 610). De là, la trombose peut gagner la veine cave; Hoche l'a vu s'étendre jusqu'au cœur droit ; dans d'autres cas, elle se ramifie vers les rénales. Si le caillot a suppuré, il existe un abcès intraveineux.
Appareil respiratoire. — a. Poumons. — En dehors de la congestion hypostatique banale, on rencontre fréquement des lésions d'origine embolique. Parfois c'est un fragment volumineux de caillot qui obstrue le tronc ou une grosse branche de l'artère pulmonaire ; de sa masse partent des tentacules, de couleur plus rouge, s'irradiant vers les branches secondaires ; d'autres fois, l'embolus ayant été beaucoup plus petit mais septique, les poumons présentent,