C. JEANN1N
buer à la prétendue fièvre de lait qui n'existe pas. Ceci étant admis, il faut reconnaître que, chez les femmes présentant une montée laiteuse très forte, le thermomètre peut s'élever de quelques dixièmes de degré, en même temps que l'accouchée accuse un peu de courbature et quelques bouffées de chaleur; mais ces phénomènes disparaissent rapidement.
Le pouls a d'autant plus de valeur, lorsqu'il est accéléré, qu'il est normalement ralenti pendant les premiers jours des suites de couches, tombant alors à 60 ou 70 pulsations; vers le troisième ou quatrième jour, il s'accélère un peu, lors de la montée laiteuse. Il peutT pathologiquement, être accéléré en dehors de toute infection, consécutivement à une hémorragie abondante de l'accouchement ou de la délivrance. Dans ce cas, il bat à 110, 120 ou 130 dès les premiers jours, puis il s'abaisse progressivement jusqu'à devenir normal vers le septième ou le huitième jour ; la courbe est, dans ces cas, progressivement descendante, contrairement à celle de l'infection qui est progressivement ascendante. D'ailleurs, en cas d'hémorragie, la température est à la normale, ou même au-dessous (fîg. 314).
La douleur utérine siégeant au niveau des cornes, et que révèle la pression, sera différenciée des tranchées qui se produisent chez les multipares, principalement au moment où la femme donne le sein, coliques intermittentes, s'accompagnant de durcissement du globe utérin, et cédant facilement à l'antipyrine. Ces tranchées ne se produisent généralement plus après les quarante-huit premières heures.
L 'examen local doit renseigner sur le volume et la consistance de l'utérus, l'état des plaies vulvo-périnéales, les caractères de la sécrétion lochiale (abondance, couleur, aspect, odeur), la persistance anormale de la perméabilité du col. Budin conseille de pratiquer systématiquement le toucher intra-utérin toutes les fois que l'orifice interne est perméable.
B. — Diagnostic différentiel.
L'examen des organes génitaux n'ayant donné que des résultats douteux ou négatifs, il convient de passer en revue les différents organes pour reconnaître si la fièvre ne provient pas de l'un d'eux ; on examinera, tout particulièrement, les seins et l'intestin.
A. Infections mammaires. — La lymphangite mammaire, très fréquente, débute brusquement, par une forte ascension thermique précédée ou non d'un frisson : le thermomètre, qui jusqu'alors s'était tenu à 37°, s'élève en une fois à 40° ou 41° (fig. 315). Généralement cette hyperthermie est d'apparition plus
après
Dur; ccouc
hemeni
Fig. 314. — Courbe du pouls et de la température chez une femme ayant eu une grave hémorragie de la délivrance.
Tandis que la température est normale, lepouls, d'abord très fréquent, s'abaisse de jour en jour.
(Comparer cette figure avec les figures ayant trait aux diverses formes d'infection puerpérale).
T, température ; P, pouls.
STERCORÉMIE.
tardive (du sixième au dixième jour) que dans le cas d'infection utérine ; elle est de courte durée, et la température redevient normale au bout de douze, vingt-quatre ou quarante-huit heures. En même temps la femme se plaint d'un sein : la glande mammaire est tendue, dure, douloureuse au toucher; sa peau est le siège d'une plaque lymphangitique rose ou rouge, qui généralement part du mamelon et s'étale en éventail. Les signes locaux permettent de différencier la lymphangite mammaire de la lymphangite vulvaire dont la courbe thermique revêt le même type.
La galactophorite, d'apparition un peu plus tardive (du sixième au douzième jour), est consécutive à l'infection de crevasses du mamelon, ou à la lymphangite. La courbe thermique est peu élevée, la température oscillant entre 37°,5 et 38°,5 pendant quelques jours. L'état général est indemne. Le diagnostic est fait par l'expression mammaire qui permet de reconnaître l'existence du pus.
Les abcès du sein, actuellement rares, ne s'observent guère au cours des dix premiers jours des couches. On les reconnaîtra à la douleur, à la rougeur, à l'empâtement, à l'oedème du sein malade, et, quand le pus est collecté, à la sensation de rénitence ou même de fluctuation. pjg 3iy courbe de pouls et de
température chez une femme ayant eu deux poussées de lymphangite du sein.
La température, normale jusqu'au 9e jour, s'élève brusquement à 40°, pour redescendre à 37° au bout de quelques heures; — le 11e jour, nouvelle élévation thermique à 40°, 2, suivie d'une chute aussi brusque.
(Comparer cette figure avec celles qui ont trait aux diverses formes d'infection puerpérale).
T. température ; P, pouls.
B. Stercorémie. — En 1892, Budin signala la rétention de matières stercorales comme cause d'accidents infectieux au cours de la puerpéralité ; depuis, des observations nombreuses de Lavergne,LeGuern, Herrgott , Oui, Kustner, etc., ont bien mis en relief ce rôle de la stercorémie : une accouchée, au cours des deux premières semaines, est prise de fièvre, de céphalée, d'inappétence ; en même temps, elle accuse des
douleurs dans l'abdomen. En examinant la malade, on lui trouve les traits tirés, la langue saburrale, l'haleine très fétide ; l'abdomen, distendu par des gaz, est douloureux à la pression, surtout sur le trajet du côlon. Parfois la tension et la douleur abdominales sont telles que l'on peut croire à une péritonite. Par contre, la zone génitale garde sa sensibilité normale. Le toucher permet de constater que le col est fermé, et les lochies sont normales ; toutefois, il faut savoir que ces dernières peuvent présenter une odeur fécale prouvant qu'elles éliminent des colibacilles (ou leurs produits toxiques), venus de l'intestin. On pratique alors l'évacuation intestinale, au moyen de purgatifs et de grands lavements, ce qui détermine une véritable débâcle de matières noires et horriblement fétides. La fièvre, après avoir, dans quelques cas, subi une exacerbation due à la dilution par les lavages des matières