L'IRRIGATION CONTINUE
du liquide en liant le col sur la canule. Tarnier et Tissier, reprenant ces expériences, n'ont pu réussir à forcer Vostium uterinum, mais ils ont constaté la pénétration, aisée dans ces circonstances, du liquide injecté dans les sinus utérins. Cette interprétation est d'autant plus vraisemblable que les accidents que nous venons d'indiquer s'observent surtout quand on fait usage de canules qui ne permettent pas le retour facile du liquide, et quand des contractions survenant pendant l'injection ont pour effet d'appliquer étroitement l'orifice interne contre la canule et de s'opposer au retour du liquide.
Mort subite ou rapide. — Bruntzel, Tarnier, Bar, etc., ont signalé des cas de mort subite ou rapide, au cours ou à la suite d'une injection utérine, faits qui ont été réunis par Bonvallot (1892). La mort peut être alors la conséquence d'un phénomène d'inhibition amenant V arrêt du cœur par excitation du pneumogastrique (Brown-Séquard) ; elle peut venir également d'une embolie pulmonaire partie d'un sinus utérin, ou encore de la pénétration de Vair dans les veines. Ces faits d'embolies gazeuses, signalés dans d'autres circonstances par Amussat et Baudelocque, ont été bien étudiés par Hervieux, Olshausen, Legallois, etc. Le tableau clinique est celui de toute embolie ; à l'autopsie, on retrouve des bulles d'air dans les sinus utérins, les veines utéro-ovariennes, le coeur droit, parfois dans tout le système veineux.
De cette étude doit se dégager cette conclusion : les injections intra-utérines, même bien faites, peuvent être causes d'accidents, rares il est vrai, mais capables d'être très graves ; aussi ne faut-il pas en abuser en pratique, mais bien n'y recourir que lorsqu'elles sont nettement indiquées.
Indications. — L'injection intra-utérine, en tant que traitement isolé, perd chaque jour du terrain : si, en effet, l'utérus contient quelques débris, elle est insuffisante, et mieux vaut recourir au nettoyage intra-utérin ; si l'endométrium est vide, l'efficacité de l'injection devient au moins douteuse. Actuellement, nous pouvons lui reconnaître deux indications distinctes:
1° Tout au début de V infection utérine, alors que, le toucher utérin ayant montré la vacuité de l'utérus, les lochies s'écoulent mal et sont fétides. Si ces injections, répétées matin et soir, n'amènent pas très rapidement, c'est-à-dire au bout de vingt-quatre à trente-six heures tout au plus, la sédation des symptômes, il faut recourir à une méthode thérapeutique plus puissante.
2° A la suite d'un nettoyage utérin, quand la cavité utérine reste largement béante, que les lochies continuent à être fétides et à charrier des caillots, quand surtout le drainage utérin ne s'opère qu'imparfaitement. Dès que les signes locaux s'amendent, on cesse ces lavages, alors même que les symptômes généraux persistent ou s'accentuent.
L'irrigation continue. — L'idée de l'irrigation continue des cavités naturelles remonte à Bérard et De Jarre (1835). Le Fort (1870), puis Verneuil (1879) s'en montrèrent partisans. En 1877, Schiicking l'appliqua au traitement de l'infection puerpérale, et fut bientôt suivi dans cette voie par Winckel, Spiegelberg, Schroeder, Thiede, Breisky, Sneguireff -, en 1885, Pinard et Wallich la vulgarisèrent en France.