‹ La pratique de l'art des accouchementsChapitre 373 sur 492 · C. JEANNIN · texte numérisé non relu

C. JEANNIN

La femme est placée sur un lit chargé de deux matelas repliés sur eux-mêmes, de façon à laisser un intervalle libre au milieu du lit, à l'endroit où se trouvera le siège de la malade. Cette fente est recouverte d'une toile imperméable retombant dans un récipient. Le liquide à injecter est contenu dans un barillet de 30 litres, placé à 50 centimètres au-dessus du plan du lit -, on a fait usage d'une solution de biiodure de mercure à 1 p. 4.000, d'acide phénique à 1 p. 300 et 1 p. 600, de naphtol-g à 0°r,50 par litre, à la température de 35° à 40°. L'irrigation sera pratiquée d'une façon continue pendant vingt-quatre à quarantehuit heures; jadis, on l'a même prolongée pendant six à sept jours! Sous son influence, la température s'abaisse, la langue perd sa sécheresse et le pouls diminue de fréquence.

Cette méthode ri a donné que peu de succès ; par contre, elle a été cause de nombreux accidents. Outre la fatigue éprouvée par la malade, il faut citer les dangers d'intoxication et la perforation de l'utérus, dont Flandrin a rapporté deux cas (1895).

Actuellement, elle est, du moins sous cette forme, complètement abandonnée. On peut cependant en attendre quelques bons résultats dans les cas où l'utérus, particulièrement inerte, ne régresse pas, les- lochies, demeurées fétides, continuant à s'y accumuler. Mais il convient de ne pratiquer ces lavages que d'une façon discontinue : c'est ainsi que Bonnaire fait passer, deux fois par jour, in utero, 30 litres d'une solution faible (à 10 p. 1000) de liqueur de Labarraque.

2° Drainage de l'utérus. — Indications. — Il est de la plus haute importance d'assurer aux lochies un aussi large et facile écoulement que possible : très généralement la nature elle-même y pourvoit ; cependant, il est des cas où il n'en est pas ainsi, du fait d'une coudure anormale de V utérus en avant et surtout en arrière. Nous connaissons déjà les accidents liés à cette lochiomètrie (voy. p. 591). Quand, à l'aide de manœuvres digitales, on a redressé l'utérus, n'y a-t-il pas avantage à maintenir cet organe en bonne position ? Tout le monde est d'accord sur ce principe ; mais comment le réaliser ?

Technique. — Disons d'abord que le drainage capillaire, réalisé à l'aide d'une lanière de gaze aseptique ou d'un sac à la Mickulicz, ne constituerait, en l'espèce, qu'un moyen infidèle et dangereux. Il faut donc recourir exclusivement aux drains en tubes.

Fritsch et Schede ont eu, les premiers, l'idée de drainer l'utérus, à la façon d'une véritable plaie profonde. Ils se servirent, à l'exemple de Langenbuch, de tubes de caoutchouc qu'ils laissaient à demeure. On peut, par exemple, placer dans le col deux drains de caoutchouc aussi gros que possible, accolés en canon de fusil ; Bonnaire utilise un drain unique, à parois très épaisses et à ailettes, rappelant, en beaucoup plus gros, la sonde de Pezzer. Ce drain tient très bien en place. On fait pénétrer ces tubes jusqu'à la moitié environ de la hauteur de l'utérus, tandis que leur extrémité extérieure reste hors de la vulve : de cette façon, on prévient l'ascension des germes du vagin, et les produits septiques de l'utérus s'écoulent directement à l'extérieur, dans un pansement que l'on peut

PANSEMENTS JNTRA-UTEKINS.

renouveler fréquemment. Il est très facile de laver l'utérus en utilisant ces drains qui forment sonde à double courant.

Les tubes de caoutchouc présentent le grand inconvénient de se couder au niveau de l'isthme utérin, devenant ainsi inutiles et même dangereux, car ils obstruent le col. Aussi Veit eut-il l'idée d'employer les drains rigides : il utilisa des tubes de verre, dont l'usage ne se généralisa pas. Mouchotte a imaginé un drain métallique très facile à poser et qui remplit assez bien son but (fig. 317). Il n'est cependant pas exempt de toute critique : à son contact, on a vu le canal cervical présenter des plaques de sphacèle. D'ailleurs, comme tous les autres drains, il s'obstrue assez aisément ; enfin, il est parfois difficile de retirer ce drain, en raison des bourgeons charnus qui s'insinuent dans ses interstices. Gomme conclusion, nous dirons que le drainage utérin, moyen excellent en théorie, nécessite en pratique une très grande surveillance : ce corps étranger, placé dans le col, est en effet, une arme à double tranchant, capable, il est vrai,

de drainer l'utérus, mais susceptible également de l'obstruer. Tout drain qui ne fonctionne pas largement doit être immédiatement retiré.

— Drain utérin de Mouchotti

Ce drain, métallique, maintient sans cesse béant le canal cervical, prévenant ainsi toute rétention des lochies in utero.

3" Pansements intra-utérins. — Indications. L'attouchement de l'endomètre, à l'aide d'une substance antiseptique, dont on pourra, du moins dans certains cas, prolonger l'action, en laissant in utero un pansement imbibé de cette substance, renouvelable ou non, constitue un excellent mode de traitement de l'infection puerpérale, à son stade endo-utérin (voy. p. 584). Ces attouchements médicamenteux sont plus efficaces que les injections utérines ; ils ont sur le curettage l'avantage de respecter la barrière granuleuse de la couche profonde de l'endomètre et de ne pas ouvrir à l'infection mille bouches veineuses et lymphatiques. Ils sont spécialement indiqués quand l'utérus, ne contenant aucun débris ovulaire ni caillots adhérents, reste cependant mou et béant, et que les lochies s'écoulent sanieuses et fétides.

Procédés à employer. — On a proposé, pour ce faire, un très grand nombre de substances ; voici les principales : Ahlfeld préconise comme caustique V alcool, et Carossa en imbibe des tampons qu'il laisse in utero. Rocchi emploie un mélange à parties égales de teinture d'iode et d'acide phénique ; l'acide phénique est encore préconisé par Pestalozza et d'Erchia.

En France, nous donnons la préférence à la teinture d'iode. La femme étant en position obstétricale, le col est attiré à la vulve à l'aide d'une pince de Museux, tandis qu'une valve courte déprime le périnée. On introduit in utero une fine pince à pansement dont l'extrémité est entourée, sur une longueur de 10 centimètres, d'un bourdonnet d'ouate hydrophile largement imbibée de teinture d'iode ; on va cautériser tous les points de la muqueuse, tant sur

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