C. JEANNIN
1 p. 100. C'est à elle qu'il faudra, d'habitude, donner la préférence. La dose destinée à chaque injection doit être contenue dans une ampoule scellée.
L'injection intraveineuse n'est nullement douloureuse, puisque la piqûre, qui seule pourrait être sensible, se fait au moment où l'avant-bras est engourdi et en partie anesthésié par la bande de constriction placée sur le bras.
2° Fautes opératoires et accidents consécutifs a l'injection intraveineuse. — Laissant de côté la contamination septique qui relèverait d'une méconnaissance grave des règles de l'asepsie, on peut observer au cours ou à la suite de l'injection intraveineuse de collargol, les accidents suivants :
a. L'embolie gazeuse. — A priori, le risque de cet accident paraît très important et on pourrait le croire fréquent, étant donné que les solutions de collargol deviennent spumeuses à la moindre agitation. En fait, c'est un accident absolument exceptionnel, et nous n'en connaissons qu'un seul cas, d'ailleurs sans suite funeste, recueilli par Buberl à la clinique de Chrobak. On pourra toujours se mettre à l'abri de cette éventualité, en ayant soin de purger très soigneusement la seringue de la moindre bulle d'air, de la tenir verticale pendant la durée de l'injection que l'on terminera un peu avant l'épuisement complet de la solution.
b. La transfixion de la veine. — Ce petit accident, assez fréquent et parfois délicat à éviter, peut se produire à deux moments : soit lors de l'introduction de l'aiguille qui, si elle est poussée trop avant, peut traverser la paroi postérieure du vaisseau ;soit au cours même de l'injection, si la seringue, mal immobilisée, imprime quelques brusques mouvements à l'aiguille. La transfixion de la veine a pour conséquence immédiate l'épanchement du collargol dans le tissu cellulaire sous-cutané et périvasculaire, ce qui se traduit à la vue par le soulèvement des tissus, qui prennent une coloration noirâtre, en même temps que la malade accuse des douleurs assez vives qui vont parfois persister pendant plusieurs heures. Le thrombus consécutif prend la forme d'un nodule plus ou moins volumineux, sensible spontanément et surtout à la pression. Bientôt il devient absoluement indolore, mais l'induration peut persister longtemps : Legrand rapporte, dans une de ses observations, le fait d'un thrombus qui, au bout d'un mois, avait encore le volume d'une grosse noisette. Lorsque l'épanchement est assez volumineux, la totalité de l'injection s'étant épandue dans le tissu cellulaire, sa consistance est dure, ligneuse, et sa présence entraîne, parfois, quelque gêne dans les mouvements de l'articulation du coude. Enfin, le thrombus peut s'infecter, donnant naissance à un petit abcès qu'il faudra inciser.
Nous avons déjà indiqué les moyens d'éviter cet accident : emploi d'aiguille à très court biseau, immobilisation absolue de la seringue pendant l'injection, emploi de l'électrargol capable de se résorber beaucoup plus aisément que le collargol chimiquement préparé. Si, en dépit de toutes ces précautions, la veine était perforée, on interromprait aussitôt l'injection, pour la reprendre, à distance, au besoin sur un autre vaisseau. En cas de douleurs assez intenses et persistantes, on aurait recours, avec avantage, à l'application de pansements humides.