INJECTION 1NTRA-VEINEUSE ET INFECTION PUERPÉRALE
c. Les petites embolies. — Il était rationnel de se demander si le collargol, particules d'argent suspendues dans un liquide, n'était pas capable, en subissant dans le torrent circulatoire quelque modification, de donner naissance à une embolie ? De fait, Beyer a pu déterminer des embolies pulmonaires chez le cobaye par l'emploi d'une injection massive et concentrée d'argent colloïdal.. En clinique, où, malgré les essais de Cohn, on ne fait usage que de doses relativement très modérées, ces accidents sont d'une extrême rareté. Osterloh a rapporté un cas d'embolie ou thrombose avec gangrène pulmonaire et s'étant terminé par la mort. Courant cite également un cas d'embolie mortelle ; Legrand rapporte une observation où l'on vit se produire de petits foyers d'apoplexie pulmonaire, n'ayant d'ailleurs entraîné aucune suite fâcheuse.
Ces embolies doivent-elles être attribuées au collargol ? Rien n'est moins sûr ; dans la grande majorité des cas, tout au moins, ces accidents relèvent de l'infection causale, et non de la méthode thérapeutique.
d. Frisson et hyperthermie. — Il est fréquent d'observer, dans les premières heures qui suivent l'injection, une forte ascension thermique, d'habitude consécutive à un frisson ; le thermomètre monte à 40°, 41° et plus, pour redescendre, d'ailleurs, assez rapidement. Ce phénomène fut d'abord observé chez les animaux par Reder et Dieckerhofï. Crédé. qui le nota chez l'homme, l'attribuait aux impuretés contenues dans le collargol, et certains auteurs le regardent comme plus rare, maintenant que l'on se sert de préparations plus pures.
e. Les hémorragies. — Voici un accident, heureusement rare, mais qui peut être mortel. Bonnaire, Tissier, Jeannin ont vu, dans les heures qui suivent l'injection, survenir des hémorragies multiples, alors qu'il n'en existait aucune auparavant : ces hémorragies furent surtout utérines, mais il y en eut, et chez une même femme, de nasales, gingivales, cutanées. Dans quelques cas, la perte fut peu abondante; mais, dans quelques autres, en dépit de tous les traitements employés, l'hémorragie continua, peu abondante mais incoercible, et la femme succomba. Il y a là un phénomène bizarre, rappelant l'hémophilie, et jusqu'à présent inexpliqué. Il est, du moins, de nature à nous faire émettre quelques réserves vis-à-vis d'une méthode qui, auparavant, était considérée cotome inoffensive.
On a tenté de se mettre à l'abri de ce redoutable accident : s'inspirant des recherches de Weill, plusieurs cliniciens pratiquent, systématiquement, dans l'heure qui précède l'injection intraveineuse de collargol, une injection souscutanée de 10 centimètres de sérum de cheval (sérum de Roux, par exemple). C'est là, tout au moins, une pratique prudente.
Résultats de l'injection intraveineuse. — 1° Résultats immédiats. — Environ une fois sur deux, l'injection est suivie, dans les deux heures, d'un violent frisson dont nous avons déjà parlé ; la température s'élève très haut (jusqu'à 42°), puis redescend d'heure en heure, en lysis, pour arriver à la normale dans les douze heures. Ce frisson est généralement considéré comme de bon. pronostic, car il traduirait la réaction de l'organisme : de fait, il n'apparaîtrait pas dans 20 p. 100 des cas qui doivent se terminer par la mort, au lieu de 54 p. 100, pour les cas favorables (Bonnaire et Jeannin).
La pratique de l'art des accouchements. I. — 44