C. JEANNIN
La quantité de pus que l'on peut faire sourdre par l'expression du sein varie de quelques gouttes à un verre à expérience (Georghiu).
La marche de la galactophorite est, en général, assez rapide : au bout de cinq à dix jours, la guérison survient ; pendant ce temps, la température a oscillé entre 37°, 5 et 38°, 5, la pouls étant peu fréquent et l'état général bon ; tout au plus y a-t-il un peu de céphalée. Souvent la maladie évolue par poussées successives, qui furent de 6 dans un cas de Demelin et Gadaud. Elle peut être le point de départ d'un abcès du sein. Enfin, on la voit assez souvent intéresser les deux seins.
Le pronostic de la galactophorite est bénin pour la mère; il n'en est pas de même du nourrisson : s'il a tété du pus, il peut présenter des infections diverses bien étudiées par Budin, Legry, Damourette, etc., consistant en abcès de la bouche, entérite, abcès multiples ; Brindeau en a compté 45 chez un même enfant. On peut même observer une septicémie généralisée.
d. Abcès du sein. — Les abcès du sein, qu'Aristote et Pline croyaient produits par un poil avalé, se présentent comme complication des ulcérations du sein, de la galactophorite ou d'une maladie générale ; ils ont donc trois origines : l'origine canaliculaire (en cas de galactophorite), de beaucoup la plus fréquente ; l'origine lymphangitique (en cas d'ulcération), assez rare ; l'origine sanguine (en cas de septicémie puerpérale, par exemple), tout à fait exceptionnelle. Ces données résultent des recherches de J.-L. Petit, Velpeau, Chassaignac, Bumm, Duplay, etc. On peut, avec Delbet, décrire à part : les abcès du mamelon et de l'aréole, les abcès sous-cutanés, les abcès glandulaires, le phlegmon rétro-mammaire, et la panmastite ou phlegmon total.
1° Abcès du mamelon et de V aréole. — Très comparables aux abcès tubéreux de l'aisselle, ces petits abcès siègent dans les glandes sébacées ou sudoripares du mamelon ou de l'aréole, parfois dans les glandes accessoires aboutissant aux tubercules de Montgomery. Ce sont de petites nodosités limitées et relativement peu douloureuses, qui se ramollissent rapidement et s'ouvrent, donnant issue à un pus jaunâtre et épais.
2° Abcès sous-cutanés. — Chassaignac décrit ces abcès sous le nom de phlegmons angioleucitiques; ils sont, en effet, consécutifs à une lymphangite superficielle ou profonde. Au début, la peau est rouge et douloureuse; puis en un ou plusieurs points apparaissent des nodosités qui se ramollissent et suppurent. La guérison s'opère rapidement ; à titre exceptionnel, on a pu observer des phlegmons étendus envoyant des fusées purulentes dans les tissus voisins.
3° Abcès glandulaires. — Ce sont de beaucoup les plus fréquents au cours des couches, les seuls qui intéressent réellement l'accoucheur. On ne les observe actuellement qu'assez rarement : 6 fois sur 100 d'après Winckel, 3,6 fois sur 100 d'après Deiss. Ils apparaissent, en général, plus tardivement que les autres infections mammaires ; Koeler place leur maximum de fréquence dans les deux premières semaines; Winckel, dans la troisième et la quatrième. Le début se confond avec la galactophorite, dont l'abcès n'est qu'une complication. Au lieu de disparaître au bout de quelques jours, comme dans le cas où la gac-la tophorite guérit sans autre incident, la température persiste et s'élève aux