PHLEGMON RÉTRO-MAMMAIRE
environs de 38°, 5 et 39° par oscillations irrégulières; en même temps, la malade est prise de légers frissons, de céphalée, d'un peu de malaise général. Le sein augmente de volume, il semble très lourd et est le siège d'élancements douloureux : le moindre déplacement de la glande est très pénible à la malade qui essaie d'immobiliser le sein malade, évitant en particulier tout mouvement du bras correspondant.
Au palper on sent, en un point de la glande, une masse indurée, plus ou moins volumineuse, en général très douloureuse à la pression. Au fur et à mesure que la suppuration s'établit, cette masse devient rénitente, puis fluctuante, en même temps que la peau rougit en cet endroit, et que le tissu cellulaire s'infiltre d'un œdème symptomatique de la présence du pus. La fluctuation n'est pas toujours facile à obtenir : si l'abcès est superficiel, le mieux est de le faire saillir en prenant le sein à pleine main, et de rechercher la sensation de flot, avec deux doigts, au point le plus tendu. Si l'abcès est profond, il vaut mieux appliquer, avec la paume d'une main, le sein contre la paroi thoracique, tandis que l'index de l'autre main déprime la mamelle en différents points : à un moment donné, le doigt a l'impression de pénétrer dans un orifice à bords résistants, au fond duquel il sent une masse liquide.
L'abcès étant abandonné à lui-même, la fluctuation devient de plus en plus nette et de plus en plus superficielle; finalement, la peau prend une teinte rouge violacée, elle s'amincit et se perfore, donnant issue à du pus et souvent aussi à du lait altéré et d'odeur âcre. Le pus est fréquemment en quantité considérable. Parfois l'abcès, au lieu de s'ouvrir à l'extérieur, fuse sous la peau, donnant naissance à une collection prémammaire plus ou moins étendue; plus rarement encore, il se fait jour vers les parties profondes, dans l'atmosphère ■cellulaire rétro-mammaire, constituant alors l'abcès en bouton de chemise décrit par Velpeau.
Une fois l'abcès ouvert, la suppuration dure très longtemps, se prolongeant pendant plusieurs semaines, amenant la production de fistules interminables. La marche en est, d'ailleurs, essentiellement récidivante, si bien que l'on peut voir quinze et vingt abcès sur un même sein. Chaque nouvel abcès est annoncé par une recrudescence de la température et de la douleur locale ; Nélaton pensait qu'en même temps le pus de l'abcès déjà ouvert se teintait de sang ? Assez fréquemment, 97 fois sur 559 cas d'après Delbet, les deux seins sont frappés simultanément.
Les abcès sont ultérieurement l'origine de noyaux indurés de mammite ■chronique, ou de cicatrices pouvant amener la rétraction du mamelon, et l'atrophie fonctionnelle du sein.
4° Phlegmon rétro-mammaire. — Ce grave accident est tout à fait exceptionnel au cours du puerpérium, car il est beaucoup plus souvent la conséquence d'une affection thoracique que de la propagation de l'inflammation des lobes profonds de la glande mammaire. Ce phlegmon s'étend à toute l'atmosphère cellulaire rétro-mammaire avec une rapidité très caractéristique ; en quelques jours, toute la région est envahie, si bien que le sein se trouve soulevé en masse, projeté en avant, mais non déformé ; puis, à sa périphérie, apparaît un bour-