C. JEANN1N
relet d'œdème indiquant que la suppuration s'est produite. La fluctuation est difficile à obtenir ; le mieux est de refouler le sein en arrière : on a la sensation qu'il nage sur du pus (Bumm), qu'il repose sur une éponge (Velpeau). Une large incision, pratiquée à ce moment, donne issue à une énorme quantité de pus, et amène la cessation de la fièvre et des symptômes généraux, toujours très accentués dans cette grave infection.
5° Panmastite. — Le phlegmon diffus du sein est d'une extrême rareté au cours des couches ; Bonnaire en a signalé un cas à la suite d'une galactophorite. Toute la mamelle est augmentée de volume et très douloureuse ; les symptômes généraux sont surtout extrêmement prononcés : l'hyperthermie s'accompagne de délire, de perte de sommeil, de frissons, d'un état adynamique redoutable. Quand la suppuration s'est établie, la mamelle semble être une éponge de pus. Finalement la peau s'ulcère en maints endroits et donne issue à ce pus et à des lambeaux sphacélés de tissu cellulaire. La glande semble être disséquée ; le sein restera ultérieurement déformé, couturé de cicatrices, dans les cas où la mort ne sera pas survenue au préalable. Le traitement prompt et énergique, consistant en incisions longues, profondes et multiples, peut seul sauver la malade.
De cette variété de phlegmon, nous rapprocherons la mammite gangréneuse, dont Roger et Garnier ont observé un cas chez une femme ayant eu la scarlatine pendant ses couches : sur un sein se formèrent des ulcérations d'où sortit un liquide fétide, puis des lambeaux de tissu glandulaire sphacélé. Cette mammite était due à l'action d'un microcoque spécial.
Traitement des infections mammaires. — a. Prophylaxie. — Il est bon, dans les derniers temps de la grossesse, de préparer les mamelons en vue de l'allaitement, en les lavant à l'eau chaude et au savon, et en les frottant deux fois par jour avec un peu d'alcool, méthode qui a l'avantage de débarrasser les bouts de sein de la matière sébacée qui les recouvre et d'en durcir l'épiderme. Lors de l'allaitement, il faudra, après chaque tétée, laver les mamelons avec un peu d'eau bouillie faiblement alcoolisée, puis les recouvrir d'une compresse stérilisée maintenue par un bandage de corps. On conseille souvent de faire usage de compresses humides, les compresses sèches ayant le défaut de coller au bout de sein ; ces dernières nous semblent cependant préférables, car elles ne déterminent pas, comme les autres, de macération du mamelon. Il va de soi que l'on préservera les seins de toutes les causes de contage extérieur, grâce aux règles habituelles de l'asepsie.
b. Traitement curatiî. — 1° Traitement des ulcérations. — Si les fissures sont multiples et profondes, le mieux est de supprimer momentanément l'allaitement, ou du moins d'espacer les tétées ; l'enfant prendra le sein, non plus directement, mais par l'intermédiaire d'un bout de sein (Bailly) ou d'une téterelle (Auvard, Budin), afin d'éviter le traumatisme de la succion directe et les chances d'infection qui en résultent. La meilleure façon de traiter les ulcérations consiste, comme le conseille Brindeau, à les toucher à la teinture d'iode après les avoir dégraissées avec un peu d'éther ; ce pansement pouvant être