DIGESTION INTESTINALE DU NOUVEAU-NÉ
Bacillus lactis aerogenes. L'estomac absorbe encore les sels non précipités et l'eau du lait, en grande partie.
Le beurre ne subit dans la cavité stomacale que des modifications insignifiantes (très légère saponification sous l'influence d'une lipase soluble ou microbienne) et passe dans l'intestin, libre ou emprisonné dans le caillot de caséine.
Les sels non précipités et Veau du lait, du moins en grande partie, sont encore absorbés par l'estomac.
Digestion intestinale. — La composition du chyme lacté à son arrivée dans le duodénum est la suivante : les protéides se trouvent sous forme de petits caillots peu modifiés ; une partie en est transformée en albumose du peptone qu'accompagnent des composés chlorés et ammoniacaux ; le lactose est rare; la graisse, non modifiée, est en partie en suspension dans l'eau, en partie incorporée aux caillots de caséine qui contiennent également les sels non dissous. La réaction totale est acide. Le chyme est alors soumis à l'action de la bile, du suc pancréatique et du suc intestinal.
a. Suc pancréatique. — Le pancréas du nouveau-né, relativement énorme, pèse le l/100e du poids du corps, au lieu du 1 600e chez l'adulte. Des trois ferments qu'il élabore chez l'adulte, la trypsine, Yamylapsineet la lipase, h premier, la trypsine, existe dès la naissance et même chez le fœtus (Albertoni, Langendorfî), mais sa sécrétion est très peu abondante pendant les premières semaines ; il en est de même de la lipase ou stéapsine. L'amylapsine fait défaut jusqu'au vingtième jour (Zweifel, Krûger), et n'existe qu'à l'état de traces pendant les quatre ou cinq premiers mois.
b. Bile. — Le foie possède, dès le troisième mois de la vie foetale, sa fonction biligénique. Chez le nouveau-né, la bile est sécrétée en quantité relativement considérable.
c. Suc intestinal. — Produit de sécrétion des glandes de Lieberkûhn, ce suc renferme : un ferment protéolytique, Vérepsine (Colmheim), un ferment saccharifîant, la lactase, et Ventérokinase de Pawlow, substance particulière capable de se comporter vis-à-vis du suc pancréatique à la façon des substances sensibilisatrices sur les alexines.
La modification principale subie par le chyme dans le duodénum est la transformation de la partie de caséine non modifiée dans l'estomac par la trypsine pancréatique aidée de l'entérokinase ; la caséine coagulée se trouve ainsi liquéfiée, puis dédoublée en antipeptone absorbée de suite, et en hémipeptone que le suc pancréatique et l'érepsine transforment ultérieurement en leucine, tyrosine et hypoxanthine.
Le lactose, non absorbé par l'estomac, est dédoublé, sous l'action de la lactase, en dextrose et galactose directement absorbables.
Le beurre, mis entièrement en liberté, à la suite de la dissolution du caillot de caséine par la trypsine, subit deux modifications : une partie est émulsionnée, et le reste est transformé en glycérine et en acides gras dont une portion se saponifie par combinaison avec les alcalis des sucs digestifs. Quant à la graisse émulsionnée, elle est directement absorbée par les chylifères.
Cette ddigstion intestinale s'opère avec une grande rapidité; elle est à peu près achevée quand le chyle quitte le duodéunm ; il en résulte que les putréfactions intestinales sont réduites au minimum chez le nourrisson.
Microbes de Vintestin. — La flore intestinale a été particulièrement étudiée par Escherich, puis par H. Tissier, lequel est arrivé aux conclusions suivantes : au moment même de la naissance, le tube digestif est aseptique ; mais il cesse de l'être dès que commencent les actes de la vie extra-utérine.
Chez l'enfant au sein, les premiers germes apparaissent de la dixième à la vingtième heure; ce sont : le B. coli commune, le B. putrificus coli, le B. bifidus communis. Vers le troisième jour, la flore atteint son maximum de richesse. A partir de cette date, le B. bifidus devient prépondérant ; près de cette espèce, qui règne presque exclusivement, on trouve, en nombre extrêmement faible, le B. coli, le B. lactis aero gènes, le streptocoque d'Hirsch- Libmann. Cette formule bactérienne, très simple, quasi monomicrobienne, est caractéristique de l'alimentation normale au sein.
Quand l'enfant est à l'allaitement artificiel, les espèces envahissantes sont beaucoup plus nombreuses. La formule bactérienne met plus de temps à se simplifier et n'y arrive que d'une façon très imparfaite, restant polymicrobienne et variable d'un sujet à l'autre; elle comprend : Yentérocoque de Thiercelin, le B. acidophilus, le B. bifidus, le streptocoque d'Hirsch-Libmann, le B. lactis aerogenes, le B. coli commune.
Défécation. — Par suite du développement imparfait de la tunique musculaire, les mouvements péristaltiques de l'intestin sont faibles, et les matières y cheminent surtout par suite de la vis a tergo résultant de l'ingestion de nouveaux aliments; il faut six heures au chyle pour traverser l'intestin. Les évacuations alvines sont différentes chez les nouveau-nés pendant les deux ou trois premiers jours, et chez le nourrisson.
a. Méconium. — Pendant les deux ou trois premiers jours de la vie, le nouveau-né expulse les matières qui s'étaient accumulées dans son intestin durant son séjour dans l'utérus: à ces matières, on donne le nom de méconium en raison de leur ressemblance avec le suc de pavot.
C'est une pâte molle, mais visqueuse, poisseuse, parfaitement homogène tant que l'enfant n'a pas absorbé de lait, puis de plus en plus modifiée par la présence des produits de digestion ; sa couleur est d'un vert très foncé ou d'un brun noirâtre. A l'état physiologique, le méconium est inodore ; il n'en est plus de même quand le foetus a séjourné longtemps dans un oeuf ouvert, où s'est développée quelque infection amniotique : il exhale alors une odeur fétide. Sa quantité totale oscille entre 100 et 200 grammes.
Le méconium apparaît dans l'intestin foetal pendant le troisième mois de la vie intra-utérine ; y progressant avec une extrême lenteur, il atteint le cœcum vers la fin du quatrième mois, et le côlon pendant le cinquième (Zweifel). Son expulsion n'a pas lieu avant la naissance, à moins que le foetus ne souffre ou que l'accouchement se fasse par le siège; elle commence, en général, de six à douze heures après la délivrance, et dure deux ou trois jours, exceptionnellement cinq jours.