SURALIMENTATION DU NOURRISSON
disparaîtra spontanément avec une alimentation plus riche ; on pourra toujours la combattre par de légers laxatifs (une cuillerée d'huile de ricin avant la tétée du matin), des suppositoires au savon médicinal, de petits lavements avec 250 grammes de décoction de racines de guimauve. Le défaut d'alimentation peut provenir de la pauvreté du lait en matière grasse ; il faut alors confier l'enfant à une autre nourrice.
II. Suralimentation. - La suralimentation est beaucoup plus fréquente et comporte des conséquences autrement sérieuses que le défaut d'alimentation. Le nourrisson peut en mourir ; il peut tout au moins présenter des troubles tellement graves qu'il faut de longs jours de traitement pour les voir cesser ; il garde enfin une susceptibilité toute particulière de son appareil gastrointestinal.
La suralimentation peut être la conséquence d'un lait maternel trop ricbe, de tétées trop abondantes ou trop rapprochées ; elle arrive surtout chez les nourrissons qui, n'étant pas réglés, sont mis au sein toutes les fois qu'ils pleurent et peuvent absorber, de ce fait, des quantités de lait invraisemblales. D'autres enfants ne prennent le sein qu'à heure fixe et pendant un temps qui semble raisonnable : mais, en les pesant avant et après la tétée, on s'aperçoit qu'ils ont avalé 100 grammes et plus de lait en quelques minutes. Enfin, il y aurait une véritable suralimentation due à la chaleur, pendant les mois d'été : l'enfant, ayant alors besoin de moins de matériaux nutritifs pour sa calorigénie, sera suralimenté avec des doses de lait qui n'étaient que suffisantes pendant la saison froide. Ce fait a été prouvé par les expériences de Maurel sur les cobayes.
La suralimentation se traduit, au début, par une ascension trop rapide de la courbe de poids ; l'accroissement journalier est de 50, 60, 80 grammes et plus. En même temps, les selles augmentent de fréquence et d'abondance, ainsi que les urines. Le ventre est un peu ballonné, et, à la fin de chaque tétée, l'enfant régurgite quelques grammes de lait. Au bout d'un temps qui varie de quelques jours à une ou deux semaines, la courbe de poids devient stationnante, puis s'abaisse, parfois aussi vite qu'elle était montée : c'est là l'indice que le nourrisson n'assimile plus que très imparfaitement le lait qu'il absorbe (fig. 327). Les selles prennent alors le caractère diarrhéique, elles sont liquides, non homogènes, dégageant une odeur acide ou même fétide, et perdent leur aspect d'œufs brouillés, pour prendre une teinte jaune verdâtre, par moments nettement verte ; elles sont riches en grumeaux blanchâtres de caséine non digérée, et, si la lientérie est plus prononcée, elles deviennent presqueblanches. La région fessière, sans cesse irritée, est le siège d'un érythème qui gagne les cuisses, les plis inguinaux, les organes génitaux, éruption rebelle, d'ailleurs, à toute thérapeutique locale. L'enfant qui, au début, ne régurgitait qu'après les tétées, présente à cette période des vomissements de lait caillé, d'odeur aigre et désagréable. Le ventre est ballonné, dur, douloureux; d'ailleurs le nourrisson, souffrant de coliques, crie sans cesse et dort mal. Fréquemment la figure et le corps sont le siège d'éruptions diverses : plaques rouges et petits boutons. La face et le crâne peuvent se recouvrir de ces croûtes spéciales aux-
quelles on donne le nom d'eczéma des nourrissons. Si l'on ne remédie pas à cet état de choses, la nutrition se prononce de plus en plus ; l'enfant maigrit à vue d'oeil, et, dans des cas heureusement rares actuellement, il peut succomber, du fait même de la diarrhée, ou encore de l'état athrepsique qui en est la
conséquence.
C'est dire que l'intervention du médecin doit être aussi précoce qu'énergique. On commence par régler les heures de tétées ; puis, grâce à la balance, on se rend compte de ce que l'enfant prend au sein à chaque repas : cette quantité sera alors réduite au strict minimum. Si, malgré cela, les accidents persistent, on analysera sans tarder le lait de la mère, et, dans le cas de richesse excessive, on donnera à l'enfant une autre nourrice. Quand les troubles présentent un aspect inquiétant, il faut tout d'abord essayer d'arrêter la diarrhée, en soumettant l'enfant à la diète hydrique absolue pendant un ou deux jours, puis mitigée pendant encore vingt-quatre ou quarante-huit heures ; on ne lui fait prendre ensuite que de faibles quantités de lait, pour ne revenir que progressivement à la dose nécessaire pour son accroissement. L'intolérance gastrique peut être heureusement combattue par l'absorption de pepsine, d'une cuillerée d'eau bicarbonatée un peu avant la tétée, de quelques centigrammes de citrate de soude (Netter). Enfin, on aura recours encore aux lavages d'intestin et, d'une façon générale, à tous les autres moyens thérapeutiques dont la description sera fa'te à propos de la pathologie du nouveau-né.
Fig. 327. — Courbe de poids d'un enfant ayant eu des accidents graves dus à la suralimentation.
Ascension exagérée de la courbe, puis chute brusque, suivie elle-même d'une période hésitante répondant à la convalescence (Maygrier).
B. — Allaitement par une nourrice.
Lorsque, pour une raison quelconque, une nouvelle accouchée n'allaite pas son enfant, lejnieux est de le confier à une nourrice au sein.