LE GAVAGE A LA SONDE CHEZ LE PRÉMATURÉ
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aussi recourir à l'alimentation à la cuiller : la mère tirant son lait avec une téterelle, on fait couler ce liquide doucement et par petites quantités entre les lèvres de l'enfant, au moyen d'une petite cuiller ou encore d'un verre gradué à parois minces. Mais il arrive parfois que, dans ces conditions, l'enfant rejette le lait au lieu de l'avaler ; on peut alors tenter 1' 'allaitement par le nez. Ce procédé est ancien, puisque, dès 1853, le D1' Henriette (de Bruxelles) l'utilisait ; il injectait le lait dans une narine, goutte à goutte, au moyen d'une petite seringue à bout arrondi et préalablement stérilisée. Rousseau Saint- Philippe (de Bordeaux) se sert, plus simplement, d'une petite cuiller dont on verse le contenu tantôt dans une narine, tantôt dans l'autre. Herrgott a proposé un procédé analogue, et il a imaginé une cuiller dont le bec se prolonge en un petit tube qu'il est facile d'introduire dans l'orifice des fosses nasales. L'allaitement parle nez a l'avantage d'être simple et de pouvoir être pratiqué par tout le monde ; malheureusement, il provoque parfois de la toux et de l'éternuement ; le lait peut tomber dans les voies aériennes et devenir ainsi la source d'accidents broncho-pneumoniques ; s'il n'est pas exécuté avec une grande douceur, il peut occasionner des traumatismes de la pituitaire ; enfin, ce mode d'alimentation devient très difficile quand l'enfant est atteint de coryza, syphilitique ou autre. Dans ces conditions, il vaut mieux avoir recours au gavage.
Le gavage à la sonde a été pratiqué chez le nouveau-né pour la première fois par Marchand (de Charenton) en 1851; ce praticien a été imité par Legroux à T Hôtel-Dieu en 1860, Rizzoli en 1861, Fabri en 1865, Belluzzi en 1870. Tarnier commença à le pratiquer systématiquement en 1884 (Berthod). L'appareil primitivement employé n'est autre chose qu'une réduction du tube de Faucher : c'est une sonde de caoutchouc rouge, longue de 40 centimètres et du diamètre d'une sonde uréthrale, à laquelle on adapte un petit entonnoir
332. — Courbe de poids d'un enfant prématuré, pendant la première année (Maygrier).
de verre, ou même un bout de sein de Bailly. Budin a fait construire (1885) une gaveuse dont la capsule de verre, cylindrique, est graduée par centimètres cubes. Cet appareil est d'un maniement très aisé : le nourrisson étant tenu debout par un aide, on lui entr'ouvre la bouche avec l'index gauche qui prend appui sur la langue ; la sonde, préalablement bouillie et mouillée, est saisie entre trois doigts de la main droite qui en conduit le bec jusque dans l'isthme du gosier ; à la faveur d'un mouvement de déglutition, la sonde pénètre dans l'oesophage, où on la fait cheminer aisément, en la poussant de la même manière que lorsqu'on pratique un cathétérisme uréthral. Après un trajet de 15 centimètres environ, mesuré à partir de l'arcade alvéolaire inférieure, l'extrémité de la sonde a pénétré dans l'estomac (un petit trait transversal marqué sur le tube de caoutchouc sert de point de repère). On serre alors entre deux doigts la partie de la sonde voisine de la capsule, tandis qu'on verse dans celle-ci 10 à 15 grammes du lait que la mère vient de tirer de son sein ; cessant de pincer le tube, on laisse couler ce liquide dans l'estomac ; on en introduit à nouveau dans la capsule, et ainsi de suite jusqu'à ce que le nourrisson ait absorbé la quantité voulue. Ceci fait, on retire l'instrument par un mouvement rapide, afin d'éviter la régurgitation.
Le gavage est une méthode précieuse et d'un emploi généralement facile : le fait de voir la sonde se remplir dans la bouche au lieu de pénétrer dans l'œsophage ne constitue qu'une difficulté momentanée. Chez certains enfants, le gavage est suivi de vomissements. On a conseillé de faire passer la sonde par le nez, mais l'étroitesse des narines rend cette manoeuvre impraticable chez le prématuré. Remarquons qu'il n'y a pas à redouter, chez les enfants, l'introduction de la sonde dans les voies aériennes, trop étroites pour l'admettre.
b. L'enfant tette, mais insuffisamment. — Au début de la tétée, quand le lait vient très facilement, le débile peut en absorber une certaine quantité, mais ensuite il se fatigue et mâchonne le mamelon sans résultat, de sorte qu'il ne prend pas la ration alimentaire qui lui est nécessaire. Ce défaut d'alimentation retentit tout d'abord sur son poids : on voit la courbe rester stationnaire ou s'abaisser ; il retentit également sur la température qui reste basse, au lieu de s'élever progressivement vers la normale. Budin admet en outre que l'insuffisance alimentaire provoque, dans certains cas, des accès de cyanose chez le prématuré : subitement l'enfant devient bleu et asphyxique comme si une partie du lait qu'il avale avait pénétré dans les voies aériennes ; en même temps il se refroidit, sa température descendant à 33° et même au-dessous. Nous verrons, en étudiant la cyanose chez le nouveau-né, quelle conduite il faut tenir en présence de ces accidents (voy. p. 765).
Il est en général facile de remédier au défaut d'alimentation : il suffit de mettre le débile au sein d'une nourrice dont le lait vient facilement ; cette femme est, en outre, tétée par un gros enfant dont la succion énergique stimule et entretient la sécrétion lactée. Si, malgré cela, le prématuré ne prend peu peu de lait au sein, on terminera chaque repas en lui faisant absorber à la cuiller la quantité de lait nécessaire pour compléter la ration dont il a besoin.
c. Lenfant tette bien, mais assimile mal. — Dans ce cas, le débile a, plus ou