ÉTUDE CLINIQUE
A. — Mort apparente du nouveau-né.
Sous ce titre, on décrit plusieurs, états pathologiques distincts, mais réunis cliniquement par un ensemble de symptômes communs : V absence complète de cris et de mouvements, le non-établissement de la respiration, des battements cardiaques ralentis, parfois si rares et si faibles qu'ils sont imperceptibles.
L'aspect extérieur du nouveau-né permet de diviser ces différents états en deux groupes principaux : les formes bleues ou asphyxiques, et les formes blanches ou syncopales (Demelin).
1° Formes bleues ou asphyxiques. - Le nouveau-né présente une coloration violet noirâtre plus ou moins foncée, accentuée surtout au niveau de la face, des lèvres et des extrémités. La tête oscille sur le tronc, les muscles du cou étant inertes ; les yeux sont clos, les joues bouffies, les oreilles froides. La bouche est fermée : en y introduisant le doigt, on constate que la langue est froide, collée au palais; on sent, à l'extrémité de l'index, l'isthme du gosier se rétrécir et se fermer, quand on excite le pharynx. De même, le contact de la cornée détermine souvent la contraction des paupières. Les membres ont gardé une certaine tonicité musculaire : en excitant le biceps, on en détermine la contraction partielle ou totale (Brown-Séquard) ; les membres inférieurs peuvent être fléchis sur le tronc. Après une période d'apnée, une inspiration spontanée se produit, brusque, profonde, parfois saccadée ; on voit alors le diaphragme dessiner ses insertions musculaires à la base de la poitrine qui se déprime, constituant ainsi un sillon pèripneumique (Trousseau). Au bout d'un temps variant de quelques secondes à plusieurs minutes, une nouvelle inspiration a lieu, puis une troisième plus rapprochée, et ainsi de suite jusqu'à établissement d'une respiration régulière. Pendant ce temps, si l'on examine le cœur, on sent, au début, un frémissement faible qui s'arrête bientôt, pour réapparaître quelques secondes plus tard. Ce frémissement, perceptible à la palpation, se traduit à la vue par des ondulations minimes, des soulèvements peu prononcés, appréciables au voisinage de la ligne médiane et du mamelon gauche. Il existe d'autres battements, isochrones à ceux du cœur et également très faibles, dans la partie du cordon qui avoisine immédiatement l'ombilic ; le reste de la tige funiculaire est flasque. Au fur et à mesure que la respiration s'établit, le frémissement cardiaque augmente en énergie et en durée, puis se transforme en véritables pulsations suivant le rythme normal. En même temps, la peau, de violette, devient rose, d'abord au niveau de la poitrine, puis sur la face et les membres. L'enfant ouvre les yeux, la bouche; il grimace, fait entendre un petit grognement sourd, des vagissements plaintifs ; enfin le cri devient énergique et répété : dès lors le nouveau-né est rappelé à la vie.