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MORT APPARENTE DU NOUVEAU -NÉ

2° Formes blanches ou syncopales. — Dans cette forme, tout le corps est d'une pâleur extrême, d'un blanc de cire uniforme, à l'exception des lèvres qui sont légèrement violacées. Il est mou, inerte, sans aucune [unicité musculaire ; la tête et les membres pendent sans résistance. Les yeux sont fermés, les cornées insensibles. La bouche est close ; en y introduisant le doigt, on sent la langue immobile et froide -, l'isthme du gosier ne réagit pas à l'excitation digitale. Le cordon est flasque, sans pulsation. Du côté de la respiration, on note les mêmes phénomènes que dans les formes bleues. Le cœur bat d'une façon imperceptible : il faut déprimer avec le pouce le diaphragme au niveau de la pointe pour sentir des battements très faibles, très espacés, isolés les uns des autres ou se groupant par trois ou quatre ; au fur et à mesure que la respiration s'établit, ces battements augmentent en nombre et en énergie jusqu'à rétablissement du rythme normal.

3° Formes mixtes. — Entre ces deux formes typiques, il y a place pour toute une série d'intermédiaires, véritables formes mixtes, dans lesquelles se groupent des symptômes appartenant, les uns à l'asphyxie, les autres à la syncope.

Évolution ; pronostic. — Bien souvent, la mort apparente fait place à la vie au bout d'un temps variant de quelques minutes à une heure et plus, soit spontanément, soit grâce au traitement approprié. Dans d'autres cas, il n'en est pas ainsi : la respiration ne s'établit pas, le cœur faiblit de plus en plus et cesse de battre ; finalement l'enfant succombe. La mort peut être un peu plus tardive si le nouveau-né a été ranimé, mais il crie faiblement, se cyanose à chaque instant et meurt dans les vingt-quatre premières heures.

Enfin, il peut être victime dans les jours suivants d'une infection bronchopneumonique. Celle-ci provient de deux causes : l'aspiration de liquide amniotique plus ou moins septique dans la trachée, par suite des mouvements d'inspiration que fait, in utero, le fœtus qui souffre ; le refoulement clans l'arbre respiratoire des mucosités, lors de l'insufflation, lorsque l'opérateur n'a pas pris soin de les enlever au préalable.

D'une façon générale, le pronostic est plus sévère dans les formes blanches que dans les formes bleues (exception faite de la forme bleue par hémorragie méningée). Cela tient à ce que le nouveau-né résiste remarquablement à l'asphyxie et très mal au traumatisme (P. Bert, Bardinet, Marschka).

Quelle que soit la forme, on considérera comme de mauvais pronostic : le non-établissement de la respiration régulière, l'affaiblissement et le ralentissement des battements cardiaques, l'absence complète et persistante des réflexes, la substitution d'une teinte pâle à la teinte rosée ou violacée des téguments, le rejet par le nez et la bouche d'écume sanguinolente.

Diagnostic. — La mort est-elle apparente ou réelle? Le seul signe certain de ce dernier état est l'absence absolue et persistante de tout battement cardiaque. Pour reconnaître si le cœur bat, ce qui est parfois très difficile, il faut enfoncer la main au-dessous des fausses côtes gauches, de bas en haut, de façon à refouler le diaphragme et à sentir directement la pointe du cœur. Tarnier indique un autre moyen : on dépose une ou deux gouttes d'eau sur la région précordiale que l'on observe attentivement à jour frisant ; si cette

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goutte, capable d'osciller à la moindre vibration, reste immobile, c'est que le cœur a cessé de battre.

Apnée du nouveau-né. — Cet état, bien décrit par Rosenthal, est voisin de la mort apparente, mais beaucoup moins sérieux qu'elle : le nouveau-né, au lieu de crier et de s'agiter, reste immobile en état d'apnée ; cependant le tonus musculaire est conservé et le cordon bat. Dans le langage courant, on dit que l'enfant naît étonné. Cette apnée, qui disparaîtra spontanément ou grâce à quelques légères excitations cutanées, s'observe assez fréquemment chez les enfants extraits rapidement par opération césarienne, application de forceps ou version podalique.

Anatomie pathologique. — 1° Formes bleues. — Ce qui domine, ce sont les lésions d'asphyxie, consistant en ecchymoses sous-séreuses (sous-pleurales principalement), en œdèmes du cerveau, du scrotum, du tissu cellullaire, en épanchements séro-sanguins dans le péritoine, les plèvres, le péricarde. Le cœur droit est gorgé de sang ; les poumons sont petits et congestionnés, l'arbre laryngo-trachéal est obstrué par des mucosités, du liquide amniotique, du méconium. Ces corps étrangers peuvent se retrouver dans les grosses bronches et leurs premières ramifications, plus rarement dans les bronchioles. Il existe une congestion veineuse intense du côté des viscères : le foie est noirâtre, la pie-mère abondamment injectée de sang veineux. Enfin, on peut trouver une hémorragie méningée.

2° Formes blanches. — Ici, il n'y a plus de lésions d'asphyxie. Souvent même les parenchymes sont pâles, anémiques, exsangues. Fréquemment, il existe de graves lésions du côté des centres nerveux, telles que : hémorragies méningée, encéphalique et rachidienne, noyaux d'apoplexie cérébrale, élongation de la moelle et de ses racines nerveuses ; ou encore des hémorragies splanchniques au niveau des poumons, du foie, des capsules surrénales. Le crâne peut présenter des lésions variées: enfoncements ou fractures. Enfin, dans bien des cas, l'autopsie est absolument négative.

Etiologie et pathogénie. — Les très nombreuses causes de mort apparente peuvent se grouper sous quatre titres principaux :

1° L'asphyxie. — Il y a eu, au cours du travail, quelque gêne dans la circulation fœto- placentaire : compression du cordon, décollement du placenta, contractions subintrantes de l'utérus. L'insuffisance de l'hématose peut aussi provenir de quelque état grave de la mère : éclampsie, cardiopathie, tuberculose, hémorragies par insertion vicieuse. A fortiori en est-il de même en cas d'accouchement chez une femme agonisante ou morte. Dans ces conditions, le fœtus asphyxie in utero ; l'excès d'acide carbonique contenu dans son sang détermine le réflexe respiratoire, d'où aspiration dans les voies aériennes du liquide amniotique ou des mucosités génitales.

2° L'anémie. — Elle est la conséquence de quelque abondante hémorragie fœtale par rupture du cordon, déchirure des vaisseaux ombilicaux en cas d'insertion vélamenteuse (Benckiser, Lobstein), déchirure du placenta, ulcérations gastro-intestinales (un cas mortel de Carteaux).

3° Le traumatisme. — Il résulte d'une extraction artificielle, en cas surtout

TRAITEMENT DE LA MOliT Al M' A H ENTE

de rétrécissement pelvien ou de rétraction de l'anneau de Bandl. Il s'agit alors de traumatisme du nèvraxe : compression du cerveau (Jacquemier), commotion cérébrale (Grynfclt), élongation du bulbe et de la moelle et paralysie bulbaire incomplète (Barnes), hémorragie encéphalique.

4° L'infection. - Ce facteur doit entrer dans l'étiologie de la mort apparente, car son rôle est incontestable. Il peut s'agir d'une infection par voie sanguine, — un fœtus syphilitique nait fréquemment en état de mort apparente, — ou d'une infection d'origine amniotique. Il est logique d'admettre, dans ces différents cas, une action des toxines microbiennes sur le système nerveux.

Il faut joindre à ces causes les malformations fœtales, principalement les malformations du cœur.

Les formes blanches dépendent surtout du traumatisme, de l'anémie, de certaines infections; les formes bleues, de l'asphyxie, de l'apoplexie méningée, des malformations cardiaques.

Traitement. — Avant tout prophylactique, le traitement consiste à ne pas laisser souffrir le fœtus pendant le travail. Le traitement proprement dit comprend l'ensemble des moyens qu'il faut mettre en usage, sitôt après la naissance, pour ranimer l'enfant. Ces moyens sont innombrables, car tout a été conseillé. Nous nous bornerons à décrire la conduite généralement suivie par les accoucheurs français.

Un enfant naît en état de mort apparente : y a-t-il des battements dans le cordon? on attend deux à trois minutes avant d'en faire la section ; n'y en a-t-il pas? on place immédiatement une pince sur la tige funiculaire que l'on sectionne, et on transporte l'enfant en un endroit chauffé, où tout a été préparé à V avance, ce qu'il ne faudra jamais manquer de faire en cas d' 'accouchement opératoire (extraction du siège, forceps, version césarienne, etc.). Les objets qui devront avoir été ainsi préparés sont : une crèche, ou, à son défaut, une table, deux baignoires contenant, l'une de l'eau froide, l'autre de l'eau chaude (38° à 40°) sinapisée à l'aide de 500 grammes de farine de moutarde, des linges très chauds (alèzes, serviettes-éponges), de l'alcool, un insufflateur, des compresses de tarlatane et de l'ouate hydrophile.

Deux grandes indications dirigent le traitement : il faut faire naître les mouvements respiratoires, ces mouvements étant eux-mêmes le meilleur stimulant de la contraction cardiaque ; il faut, en second lieu, réchauffer V enfant. Ce dernier but est atteint grâce à l'usage des bains et des linges chauds dont on ne cesse d'entourer le nouveau-né.

L'établissement de la respiration nécessite comme temps préliminaire la désobstruction des voies aériennes encombrées de mucosités. Pour ce faire, on tient, de la main gauche, l'enfant par les pieds, la tête en bas ; l'auriculaire droit, entouré d'un linge fin, s'introduit dans l'arrière-gorge et la nettoie ; cette petite manœuvre est recommencée plusieurs fois de suite. Si les mucosités ont pénétré plus avant dans le larynx ou la trachée, il faut les aspirer au moyen de l'insufflateur ; Champneys propose, pendant cette aspiration, d'appuyer sur la trachée, comme pour la traire. Une fois le conduit aérien devenu

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perméable, la respiration peut s'établir d'elle-même ; s'il n'en est rien, on s'efforce de la faire naître, soit par voie réflexe, soit en agissant directement sur l'appareil respiratoire.

1° Excitation par voie réflexe. — On peut titiller la pituitaire avec une plume d'oie, ou l'isthme du gosier en y introduisant le doigt. Le mieux est de s'adresser à la voie cutanée : faisant couler un mince filet d'alcool au niveau de la poitrine du nouveau-né, on frictionne le tronc sur la face antérieure et sur le dos; de temps en temps, on soulève à demi l'enfant pour flageller le siège. Il faut exécuter toutes ces manœuvres avec la plus grandejiouceur pour ne

point déterminer quelque

lésion viscérale : des frictions trop énergiques sur l'abdomen ont pu déchirer le foie en heurtant ce viscère contre le bord des fausses côtes (voy. fig.

334) ; la flagellation de la région lombaire a été cause, dans certains cas, d'hémorragies des capsules surrénales ; d'ailleurs, le moindre traumatisme set à redouter chez le nouveau-né. Ceci fait, on plonge l'enfant dans le bain chaud qu'on peut

né (Bar). même sinapiser, pendant

Cette lésion résulte de manœuvres violentes tentées contre une demi-minute environ, l'état de mort apparente de cet enfant. et? gi ja faction n'est pas

assez vive, on l'immerge

rapidement dans le bain froid, pour le replonger ensuite dans Veau chaude ; ou bien, l'enfant baignant en partie dans l'eau chaude, on fait couler de l'eau froide sur le thorax. En cas d'échec de tous ces moyens, il faut recourir, sans tarder, à la respiration artificielle.

Tractions rythmées de la langue (méthode de Labordé). — Ce procédé, que Laborde fît connaître en 1893, consiste à attirer fortement la langue en dehors et à lui faire exécuter des mouvements énergiques d'avant en arrière, d'une façon rythmique ; on peut faire ces tractions avec les doigts entourés d'un linge fin (Tarnier, Pinard), ou à l'aide d'une pince spéciale (pince de Laborde, pince à mors larges de Budin). La valeur de cette méthode a été discutée à l'Académie de médecine, en 1894 par Tarnier, Guéniot, Budin, Pinard. La plupart des accoucheurs ont estimé que, si ce procédé ne pouvait remplacer l'insufflation dans les cas graves, du moins il peut rendre des services quand on n'a pas sous la main de tube laryngien. A l'étranger, la méthode de Laborde a également été expérimentée : Knapp l'a vue réussir dix fois sur onze ; cet auteur

RESPIRATION ATiTI FIC] EL LU

a constaté que les tractions rythmées déterminent un gonflement passager de la langue, avec de légères suiïusions sanguines au niveau de sa pointe.

2° Respiration artificielle. — On la réalise par des moyens nombreux, d'inégale valeur, d'ailleurs.

1° Le procédé de Sylvester n'est autre que l'application au nouveau-né des manoeuvres employées chez l'adulte. L'enfant étant couché sur le dos, la tète dirigée vers l'accoucheur, ce dernier saisit le bras et lesporte en élévation forcée, puis il les ramène le long des parois latérales du thorax qu'il comprime alors légèrement. Ces mouvements doivent être exécutés lentement, et séparés les uns des autres par des pauses de quelques secondes.

2° Le procédé de Marshall-Hall. — L'enfant est couché alternativement sur le ventre pour provoquer l'expiration et sur le côté pour l'inspiration. Ces deux méthodes ne donnent que des résultats inconstants.

3° Les oscillations de Schultze. — Très en vogue en Allemagne, cette méthode est supérieure aux précédentes. L'accoucheur, étant debout, tient l'enfant par les creux axillaires, la face de ce dernier en avant, les pouces reposant sur les grands pectoraux, les trois derniers doigts sur la face postérieure du thorax. L'enfant est lancé en avant et en haut de façon que l'extrémité inférieure du corps culbute sur le thorax par flexion du rachis, puis replacé dans sa position primitive. Ces oscillations seront répétées huit à dix fois par minute. En France, on reproche à ce procédé de traumatiser et de refroidir V enfant.

4° h' insufflation directe de l'air (Engelmann a récemment proposé d'insuffler de l'oxygène) dans les voies respiratoires est, de beaucoup, le meilleur moyen de ranimer l'enfant (Michel). L'idée en est ancienne: Paracelse se ser-' vait d'un soufflet qu'il introduisait dans la bouche. Portai, Levret, Smellie, Jacquemier conseillaient l'insufflation. On peut la pratiquer de bouche à bouche, ainsi que le fait Charles (de Liège) : interposant une compresse fine entre les lèvres de l'enfant et celles de l'opérateur, on pince les narines, et on souffle dans la bouche du nouveau-né, de quinze à vingt fois par minute (Tarnier). Cette insufflation bouche à bouche pourrait ne pas être sans danger, au point de vue de la contamination morbide, tant pour l'enfant qui peutprésenter à sa suite des accidents broncho-pulmonaires infectieux, que pour l'accoucheur qui court le risque de contracter ainsi la syphilis.

Actuellement la majorité des accoucheurs préfère se servir d'instruments spéciaux nommés insufflateurs. Imaginé par Chaussier et modifié par Depaul, le premier insufflateur fut un tube métallique recourbé en angle mousse à l'une de ses extrémités. Ribemont-Dessaignes le modifia, en lui imprimant une courbure anatomique calquée sur la courbure bucco-laryngée du nouveau-né à terme : cette courbure devient défectueuse quand il s'agit d'un prématuré. Olivier modifie, à son tour, l'appareil de Ribemont : le sien se compose de deux parties rectilignes réunies perpendiculairement à l'aide d'un tube représentant le quart d'un cercle de 15 millimètres de rayon ; l'ouverture laryngée est à l'extrémité du tube, et non plus latérale comme dans l'appareil de Ribemont : de cette façon, elle ne se laisse plus obstruer par la muqueuse laryngée.

Pour pratiquer l'insufflation, on couche l'enfant, entouré de linges chauds, sur un oreiller, la tête en extension modérée. L'index gauche, passant derrière la base de la langue, va à la recherche des cartilages aryténoïdes, faciles à reconnaître ; l'insufflateur, préalablement stérilisé, tenu de la main droite, est introduit le long du doigt gauche jusque dans la trachée, où il pénètre aisément si on relève son pavillon ; on s'assure qu'il est bien dans les voies aériennes, en lui imprimant de petits mouvements de latéralité aisément perçus par la palpation du conduit laryngo-trachéal. L'instrument en place, il faut d'abord désobstruer les voies aériennes des mucosités qui les encombrent ; ce temps, qui est capital, se fait en aspirant à plusieurs reprises, l'extrémité externe du tube étant garnie d'une fine compresse (Budin, Mottet, Pinard). Les voies étant libres, on pratique l'insufflation proprement dite, soit avec la poire de Ribemont, soit plus simplement avec la bouche ; on espace chaque insufflation de huit à dix secondes ; la main, placée sur le thorax, le comprime légèrement à la fin de chaque insufflation, pour favoriser l'expiration. On agira avec beaucoup de douceur, pour ne point produire d'emphysème pulmonaire, la capacité thoracique du nouveau-né n'excédant pas 30 centimètres cubes. Sous l'influence de l'insufflation, on voit, dans les cas heureux, les battements du cœur devenir plus forts et plus réguliers, la peau se colorer en rose; puis des mouvements respiratoires spontanés apparaissent, rares, isolés au début, mais se rapprochant peu à peu. Dans d'autres cas, la circulation s'accélère bien tant qu'on insuffle; vient-on à s'arrêter, le cœur faiblit à nouveau, pour reprendre si l'on recommence l'insufflation : le pronostic est alors très sombre. Quoi qu'il en soit, il faudra continuer à insuffler jusqu'à ce que la respiration s'effectue spontanément, ou, au contraire, que le cœur s'arrête. Cette opération peut, de cette façon, durer de quelques minutes à une heure et plus.

L'insufflation est un moyen précieux, mais non infaillible. Le nouveau-né ranimé sera l'objet d'une surveillance minutieuse pendant toute la première journée : s'il a tendance à se cyanoser, on le plonge dans un bain chaud, et même on pratique l'insufflation à nouveau, s'il est nécessaire.

Tel est le traitement général de la mort apparente ; dans les formes blanches, il faut recourir d'emblée à l'insufflation, les autres moyens donnant en général peu de résultats. Quand la mort apparente est la conséquence d'une hémorragie fœtale, on peut faire au nouveau-né une injection de sérum ; Van Hasselt a proposé d'utiliser, dans ce but, la section de la veine ombilicale au niveau du cordon.

B. — Les traumatismes.

La plupart des lésions d'origine traumatique chez le nouveau-né ont déjà été étudiées. Ce sont des paralysies, fractures, décollements épiphysaires, épanchements sanguins, etc. Nous ne traiterons ici que du céphalématome.

Céphalématome. — C'est un épanchement sanguin sous-périosté des os du crâne (voy. fig. 335).

Anatomie pathologique. — Cette hémorragie siège le plus habituellement

CÉPHALËMATi >M E

au voisinage de V angle postérieur et supérieur du pariétal. Ce siège est en rapport avec des conditions anatomiques particulières, étudiées par Cruveilhier ei Noogelé, et bien éclaircies par les recherches de Broca sur Je tlt'-vi'lc >j) pcnicn I des os plats. L'ossification du pariétal commence par le sommet de la bosse pariétale, et de là s'étend vers la périphérie de l'os, en stries radiées. 1 1 eu résulte que cet os, solide au centre, est très friable près de ses angles ; d'autre part, le redressement qu'il subit au cours de l'accouchement a pour cll'el d'étaler les stries osseuses qui s'écarteront beaucoup plus à leurs extrémités qu'à leur point de convergence, déchirant ainsi les vaisseaux au voisinage des bords du pariétal (Féré). Dans la plupart des cas, il y a non seulement rupture vasculaire: mais fracture osseuse (voy. fig. 336).

Habituellement unique, le céphalématome peut être double ou même triple, occupant alors les deux pariétaux et la pointe de l'occipital. L'épanchement sanguin se constitue graduellement, décollant le périoste de la table externe de l'os ; son abondance, très variable, oscille entre 2 et 250 grammes.

Au bout de quelques jours, cette tumeur se trouve circonscrite par un bourrelet osseux haut de 2 à 4 millimètres provenant de la réaction du périoste. En même temps que ce processus de réparation progresse, l'épanchement diminue par résorption et finit par disparaître. A son niveau subsiste, pendant quelque temps, un léger épaisissement du périoste.

Étiologie. — Cette lésion est peu fréquente : d'après Ahlfeld, on l'observe dans 0,5 p. 100 des accouchements. Comme causes prédisposantes au céphalématome, il faut citer : la primiparité (Hamon), les rétrécissements du bassin, les interventions obstétricales, application de forceps, extraction podalique, la chute du nouveau-né sur le sol, en cas d'accouchement debout et de rupture du cordon (Oui). La tumeur résulte d'un redressement de l'os déterminant quelque rupture vasculaire au niveau de la table externe moins bien ossifiée, et du glissement, du décollement du périoste sur fos sous-jacent. Ce mécanisme se trouve réalisé au cours du travail dans plusieurs conditions : Fritsch estime qu'il se produit quand la tête, encore mobile, descend à chaque contraction vers le périnée pour remonter ensuite dans l'excavation. Pour Lange, c'est lors des mouvements de va-et-vient d'une rotation intrapelvienne se fai-

Fig. 335. — Céphalérnatome (d'après Binnm). La tumeur, peu volumineuse, repose sur le pariétal.

MAYGRIER ET JEANNIN.

sant par saccades. Bar admet que la lésion peut prendre naissance quand on essaie de réduire, avec les doigts, une occipito-postérieure (manœuvre de Tarnier). Ce mécanisme nous explique pourquoi la lésion siège habituellement au niveau du pariétal antérieur dans les présentations céphaliques ; dans les présentations du siège, c'est au niveau de l'écaillé occipitale, lors du glissement à frottement de cet os le long de l'arc antérieur du bassin. Le céphalématome naît aussi bien sur des têtes volumineuses et dures que sur des têtes petites et mal ossifiées. Pinard invoque, à titre de cause occasionnelle, la longueur des cheveux, amenant, selon lui, au cours du travail, un facile tiraillement du cuir chevelu qui décollerait le périoste sous-jacent?

Étude clinique. — Tout à fait exceptionnel au moment de la naissance, le céphalématome peut apparaître dès le lendemain, plus habituellement au bout de deux à trois jours ; il atteint progressivement son développement maximum. Il se présente alors sous l'aspect d'une tumeur saillante, arrondie, tendue, rénitente, élastique, coiffant le nouveau-né de côté, à la manière « d'un chapeau de clown ». Le bord, régulier, est entouré par le dur bourrelet périosté. Après être resté stationnaire pendant une semaine ou deux, Fig. 336.— Coupe du céphalématome repré- l'épanchement commence à se résorber, et senté dans la figure 335 (d'après Bumm). disparaît progressivement; on peut en L'épanchement sanguin, très bien déli- trouver des traces pendant deux à trois

mité, siège entre le périoste et la table .

externe du pariétal gauche. mois. Finalement, on ne sent plus qu'une

A, suffusion sanguine dans les tégu- ]égère saiHie due à l'épaississement du

ments ; B, epanchement de sang entre le

périoste et les os ; C, périoste se décollant périoste, saillie qui disparaît elle-même

des os; D, peau; E, tissu sous-dermique; yerS \q sixième mois

F, périoste: G, os; H, dure-mère. ' . .

Le diagnostic en est habituellement très aisé. On ne le confondra pas avec la bosse séro-sanguine ; celle-ci, contrairement au céphalématome, est à son apogée lors de la naissance, pour décroître très rapidement dès le lendemain ; sa consistance n'est pas fluctuante, mais pâteuse ; elle n'est point entourée par un bourrelet saillant, ne se limite pas exactement à un os, mais passe d'un os à l'autre, au-dessus des sutures et fontanelles (ce qui est anatomiquement impossible pour un épanchement sous-périosté). Un épanchement sous-cutané peut prêter à erreur ; mais, là encore, il n'y a pas de bourrelet limitant, et la tumeur peut empiéter audessus d'une suture ; de plus, les téguments possèdent une coloration ecchymotique. — Uencéphalocèle n'a pas le même siège : il occupe la région médiane et postérieure du crâne; on le distinguera d'un céphalématome occipital, en constatant qu'il se réduit par le taxis, tandis que le céphalématome est absolument irréductible. Parfois le bourrelet périosté devient assez saillant pour faire croire à une perforation du crâne; un examen attentif permettra

LE SCLEREME

d'éviter cette erreur. Le pronostic du oéphalématome est absolument bénin; même quand il y a fracture de l'os, la lésion guérit spontanément. Cependant, cet épanehement sanguin peut se compliquer d'une hémorragie intra-crânienne ou suppurer à l'occasion d'une plaie des téguments.

Le traitement consiste uniquement dans Yexpectation ; il n'y a pas de pansement compressif ou résolutif à appliquer; de même, on doit s'abstenir de toute ponction ou incision ; l'hémorragie se reformerait après évacuation de la poche. Il faut se contenter de panser aseptiquement la plaie tégumentaire, si elle existe. Le céphalématome suppuré doit être traité comme un abcès chaud.

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