‹ La pratique de l'art des accouchementsChapitre 450 sur 492 · C. — Le sclérème · texte numérisé non relu

C. — Le sclérème

Le sclérème est le durcissement des téguments et du tissu cellulaire souscutané du nouveau-né.

Nous n'étudierons ici que le sclérème adipeux, ou sclérème proprement dit.

Pathogénie. — Le sclérème s'observe chez les enfants prématurés, débiles, placés dans de mauvaises conditions hygiéniques. L'influence du froid est très manifeste : c'est ainsi que le sclérème apparaît chez un enfant placé dans une couveuse dont on laisse, par mégarde, tomber la température.

La cause déterminante en est discutable ; pour Parrot, le sclérème est une manifestation de l'athrepsie à forme subaiguë, manifestation ultime d'ailleurs ; depuis, on l'a considéré comme de nature infectieuse, et Baginsky croit qu'il est la conséquence d'une altération d'origine infectieuse des parois des vaisseaux cutanés; de fait, on trouve, dans ces cas, des thromboses vasculaires. Pour Knopfelmacher, il faut en chercher la cause dans la composition spéciale du tissu graisseux du nouveau-né : cette graisse ne contient, chez celui-ci, que 43 p. 100 d'acide oléique au lieu de 65 p. 100 chez l'adulte ; or, plus une graisse est riche en acide oléique, plus est élevé son point de fusion. Cette notion explique que le sclérème, rare après deux mois, ne s'observe plus après six mois, et qu'il ait son siège dans les régions qui se refroidissent vite ; il fait toujours défaut au niveau de la verge et du scrotum, ces régions étant dépourvues de graisse.

Anatomie pathologique. — A la coupe, les téguments sont tassés et atrophiés; on n'en peut faire sourdre aucun liquide. La couche de Malpighi et le derme ont perdu de leur épaisseur ; les cellules malpighiennes sont à peine visibles, contrairement aux corpuscules du tissu conjonctif. L'atrophie des lobules graisseux (par résorption partielle de la graisse) fait paraître les travées conjonctives plus nombreuses, quoiqu'il n'y ait pas d'hyperplasie conjonctive ni de sclérose. Les vaisseaux sont affaissés, revenus sur eux-mêmes, parfois thrombosés (aussi certains auteurs admettent-ils qu'il y a phlébite). Du côté des viscères, on peut trouver les lésions les plus variées : atélectasie pulmonaire, congestion du foie, lésions rénales, etc.

Symptômes. — Le sclérème débute au niveau des membres inférieurs, frappant d'abord les mollets, pour s'étendre peu à peu aux pieds et aux cuisses ; de là, procédant de bas en haut (Parrot), il envahit les lombes, le dos, les membres

MAYGRIER ET JEANN1N.

supérieurs (principalement au niveau du dos de la main et des avant-bras), et enfin la face (joues). Les parties atteintes sont froides au toucher ; la peau est parfois marbrée, remarquablement lisse et très tendue, ayant perdu toute sa souplesse et son élasticité : elle est fixe, non dépressible, comme soudée aux organes et aux os sous-jacents, sur lesquels il est impossible de la faire glisser ; de même, en la pinçant, on ne peut y déterminer le moindre pli. Tout l'ensemble du membre est dur, rigide.

La coloration des téguments est variable : tantôt blanc jaunâtre, d'aspect cireux, tantôt blanchâtre, presque livide. Les membres raidis se meuvent à grand'peine ; si la face est envahie, l'induration des joues et des lèvres empêche la succion. Quand tout le corps est pris, l'enfant est rigide, comme figé, semblable à un cadavre congelé.

Le sclérème s'accompagne de tout un ensemble de symptômes traduisant l'insuffisance de la calorification et de la circulation ; la température centrale s'abaisse notablement, jusqu'à 20° aux approches de la mort. Le pouls diminue de fréquence, ainsi que les mouvements respiratoires ; le cri est plaintif, faible, comme étouffé. Si le traitement n'arrête pas la marche du sclérème, la mort survient au bout de quelques jours. Lorsque le processus évolue vers la guérison, on voit les fonctions circulatoire et respiratoire revenir à la normale, au fur et à mesure que l'induration des tissus diminue, et que la température regagne la normale.

Pronostic. — Le pronostic est essentiellement variable : bénin, si le sclérème n'est que la conséquence d'un coup de froid momentané; grave, s'il relève de quelque affection générale. La terminaison fatale est à redouter toutes les fois que le sclérème a tendance à s'étendre au tronc ou à la face, qu'il résiste aux moyens thérapeutiques, que la température s'abaisse au-dessous de 34° ou 32° environ, qu'il s'accompagne d'accidents nerveux (convulsions, coma), qu'il envahit les viscères (sclérème pulmonaire).

Diagnostic. — Le sclérème sera, tout d'abord, différencié de Vœdème simple, de cause mécanique (compression par un maillot trop serré) ou pathologique. Dans l'œdème, il y a tuméfaction de la peau, infiltration de la couche souscutanée, les téguments gardent l'empreinte du doigt ; l'état général est habituellement moins grave. L'érysipèle s'accompagne bien d'induration des téguments, mais la lésion siège autour de la région ombilicale, et la peau présente une coloration particulière, la plaque caractéristique ; il y a hyperthermie. La sclérodermie, affection tout à fait à part, est un durcissement du derme par hypertrophie réelle et sclérose du tissu conjonctif ; elle ne s'accompagne pas d'hypothermie.

Traitement. — Il sera, avant tout, prophylactique, résidant dans l'emploi des différents moyens qui permettent de lutter contre le refroidissement. Rappelons, à ce point de vue, qu'il convient d'exercer une surveillance toute particulière sur les couveuses, dont la température doit être maintenue constante. Le traitement proprement dit doit répondre à trois indications : réchauffer l'enfant, favoriser la circulation périphérique, soutenir l'état général. On réchauffera l'enfant au moyen de bains, soit le bain chauffé d'emblée à 38°,

Page 1