LES HÉMORRAGIES DU NOUVEAU-NÉ
les premières, les unes sont de nature traumatique, dépendant de quelque opération obstétricale, ou de manœuvres entreprises dans le but de ranimer un enfant né en état de mort apparente; les autres relèvent de troubles circulatoires liés à V instauration de la respiration. Les secondes, de nature infectieuse, doivent seules nous occuper ici.
Bien distinctes de l'hémophilie, aiïection dyscrasique familiale et héréditaire, absolument exceptionnelle dans nos régions, ces hémorragies ne relèvent pas d'un germe spécial, spécifique comme le bacille de la septicémie hémorragique des pigeons ; Charrin, Bar et Rénon ont établi que tous les germes peuvent devenir hémorragipares : les streptocoques, les staphylocoques, les colibacilles, etc. ; mais, à ce point de vue, il faut tenir grand compte du mode de réaction du sujet, des conditions multiples favorisant les pertes sanguines chez le nouveau-né. Son sang est, en effet, en voie de transformation, ses organes hématopoïétiques (foie, rate, thymus, capsules surrénales) particulièrement volumineux, son système circulatoire en train de se remanier de telle sorte que durant plusieurs jours vont persister, bien qu'inutiles, les vaisseaux de la circulation ombilicale. Enfin, il faut reconnaître le rôle considérable joué par la syphilis.
Les hémorragies infectieuses sont tardives, n'apparaissant que du cinquième au dixième jour ; elles sont multiples, à répétition, et s'accompagnent d'un mauvais état général ; ces signes les distinguent des hémorragies mécaniques d'apparition précoce, de source unique, et coïncidant avec un état satisfaisant. Le sang peut venir de partout, mais certaines régions saignent plus aisément que d'autres. Grandidier, s'appuyant sur une nombreuse statistique, a établi la proportion suivante :
Ecchymoses et pétéchies •. 40
Hémorragies buccales 15
intestinales 13
— stomacales . . 6
Épistaxis 6
Hémorragies mammaires 2
Otorragie 1
Hémorragie urinaire 1
Epstein, sur 61 cas, compte :
Hémorragies ombilicales 31
— par la bouche 13
— cutanées 12
— intestinales 10
En confrontant ces chiffres avec ceux des autres auteurs (Runge, Ribemont, etc.), on trouve que les plus fréquentes sont les hémorragies ombilicales ; puis viennent les hémorragies gastro-intestinales et cutanées, plus rarement l'épistaxis, l'hématurie, l'hémoptysie, l'otorragie. — Dans la plupart des cas, ces écoulements coïncident chez un même sujet : l'enfant saigne littéralement de partout, non seulement à l'extérieur, mais encore dans ses séreuses (péritoine, plèvres, méninges, vaginale) et dans ses parenchymes (foie, capsules surrénales,
MAYGRIER ET JEANNTN.
poumons, cerveau, etc.). Ces hémorragies sont rebelles à tout traitement. Leur abondance, et surtout leur continuité et leur répétition, entraînent un état d'anémie aiguë caractérisée par la pâleur cireuse des téguments, la décoloration des muqueuses, la cyanose, l'abaissement souvent considérable de la température ; des accidents nerveux éclatent : mouvements convulsifs, respiration spasmodique, et l'enfant succombe dans le coma. Le sang présente les altérations caractéristiques de l'anémie par hémorragie : le poids spécifique en est abaissé, variant de 1038 à 1048; le nombre des hématies tombe à 3 millions, 2 millions et même moins (926.000, Hayem) ; l'hémoglobine descend parallèlement, atteignant 50 et 25 p. 100 (14 p. 100, Luzet) ; il y a souvent poïkilocytose (phénomène qui n'a pas, chez le nouveau-né, la même valeur que chez l'adulte) ; assez fréquemment on rencontre des hématies nucléées, présentant parfois des figures karyokinétiques ; la leucocytose, portant sur les cellules polynucléaires, traduit l'infection causale.
Etudions maintenant les principales de ces hémorragies.
a. Hémorragies ombilicales. — Leur fréquence absolue est diversement appréciée par les auteurs : 1 sur 10.000 (Vogel et Fùrth), 1 sur 5.000 (Gerhardt et Erôss), 1,6 à 4,1 sur 100 (Weiss). Max Runge distingue, judicieusement, les omphalorragies en deux groupes, suivant qu'elles ont lieu avant ou après la chute du cordon : les premières (précoces) sont de cause mécanique (cordon mal lié, respiration s'établissant mal, maillot trop serré) ; les secondes (tardives) sont de nature infectieuse. Ces dernières commencent souvent la nuit, et c'est en faisant la toilette de l'enfant que l'on s'en aperçoit : les langes sont mouillés de sang : sur la plaie ombilicale existent quelques caillots mous et noirâtres ; ceux-ci, en se détachant, déterminent une nouvelle perte. On voit alors le sang s'écouler goutte à goutte, en un suintement peu abondant, mais continu ; il ne jaillit pas (comme cela peut être dans les hémorragies des premières heures de la vie), mais coule en bavant, souillant la région péri- ombilicale. Rouge sombre et même noir au début, ce sang devient de plus en plus clair, rosé, fluide, difficilement coagulable. La quantité qui s'écoule ainsi est essentiellement variable (de quelques grammes à 100 grammes et plus) ; au bout d'un temps variable, le suintement s'arrête, pour reprendre quelques heures plus tard, et ainsi de suite jusqu'à la mort.
Le pronostic de l'omphalorragie est très grave : en réunissant tous les cas (hémorragies mécaniques et infectieuses), on voit la mortalité atteindre 65 p. 100 (Hennig), et même 84 p. 100 (Grandidier), ; ces chiffres seraient encore beaucoup plus élevés si l'on envisageait les seules hémorragies infectieuses. Sans doute la guérison est possible, bien qu'exceptionnelle, s'il s'agit d'une lésion locale (phlébite ou artérite ombilicale) ; mais le pronostic est fatal quand l'omphalorragie n'est qu'un symptôme d'une septicémie générale.
Il est très difficile de traiter les omphalorragies infectieuses : le moyen le plus simple consiste à bourrer la plaie avec un tampon d'ouate aseptique ; ce tampon peut être saupoudré d'antipyrine, ou imbibé de perchloruredefer (Raginski), d'eau de Pagliari, etc. Ce moyen échoue presque toujours; il faut lui associer la compression exercée à l'aide d'une bande de flanelle faisant plusieurs fois le