GASTRO-ENTÉRITE DU NOUVEAU-NÉ
résulter quand on nettoie la base de la langue. Après chaque tétée, la bouche est lavée à l'eau de Vichy, le sein de la nourrice est nettoyé au sublimé, puis recouvert de compresses imbibées d'eau de Vichy. Enfin on réglementera sévèrement l'alimentation du petit malade.
d. Inflammation des glandes salivaires. — Les infections buccales peuvent se propager aux glandes salivaires : bien étudiée par Budin, Bonnaire et Keim, Legry, Brindeau, cette propagation se fait par voie ascendante, les germes pénétrant par les canaux excréteurs. Les glandes sous-maxillaires et sublinguales sont le plus souvent atteintes; la parotide ne l'est que très rarement(Bar). La glande malade se tuméfie et devient douloureuse au palper ; par la pression, on peut faire sourdre une goutte de pus à l'orifice buccal du canal excréteur (Budin). Ce canal ne tarde pas à s'obstruer : il en résulte un abcès glandulaire. L'inflammation peut, d'ailleurs, dépasser les limites de la glande : c'est ainsi que l'on observe, parfois, des abcès sublinguaux, ou même un phlegmon sushyoïdien rappelant l'angine de Ludwig. Ces accidents, très graves, nécessitent l'incision aussi rapide que possible.
e. Abcès rétro-pharyngiens. — Bien étudiés par Broca et Texier, ces abcès résultent habituellement de la déglutition de pus, la mère ayant de la galactophorite. L'enfant, par suite de la dysphagie qui en résulte, est incapable d'avaler le lait qu'il prend ; il rejette ce liquide par la bouche et le nez. A l'examen de l'arrière-gorge, on voit, sur la partie postéro-latérale du pharynx, une tuméfaction que le toucher révèle empâtée et élastique. L'état général est mauvais : il y a des troubles gastro-intestinaux intenses, et la fièvre est de 39° ou 40°. L'enfant succombe dans un accès de suffocation. D'un diagnostic très difficile, ces abcès passent souvent inaperçus ; si on les dépiste, le seul traitement rationnel consiste dans l'incision hâtive.
2° Estomac et intestin. — Les infections gastro-entéritiques du nouveau-né reconnaissent trois origines : 1° Y absorption de liquide amniotique septique, en cas d'infection amniotique ; 2° la déglutition de lait souillé de pus, en cas de galactophorite de la mère ; 3° les fautes d'alimentation : lait impur ou trop riche en matières grasses ; tétées irrégulières, trop longues ou trop nombreuses ; administration intempestive de substances diverses : eau de fleurs d'oranger, sirop de chicorée, etc. Dans ces cas, les enfants deviennent pour ainsi dire sensibilisés vis-à-vis du lait qui a causé les premiers accidents. Il y a chez eux un état d'anaphylaxie qui rend très difficile la reprise de l'alimentation. Ces causes détermineront des troubles gastro-intestinaux d'autant plus facilement qu'elles agiront sur un enfant prématuré, débile ; il faut noter également Y influence indéniable des chaleurs estivales : les épidémies meurtrières de diarrhée infantile s'observent de juin à septembre.
S'il s'agit d'une infection amniotique, les premiers symptômes apparaissent dans les heures qui suivent la naissance : l'enfant, venu parfois en état de mort apparente, vomit des mucosités verdâtres, noirâtres, d'odeur fétide. Le méconium, d'abord normal, s'altère vers le deuxième ou le troisième jour, par suite des fermentations bactériennes intra-intestinales ; il perd son aspect de goudron, semble mal lié, et est nettement putride. Si l'enfant est résistant
MAYGRIER ET JEANNIN.
et l'infection légère, l'odeur des selles disparaît après deux ou trois jours ; les matières, d'abord vertes, noirâtres même, deviennent jaunes et consistantes ; la courbe de poids ne s'abaisse plus, et tout rentre dans l'ordre. Dans d'autres cas, au contraire, l'infection persiste : l'enfant refuse le sein, il rejette tout ou partie du lait qu'il absorbe, la diarrhée est incessante, la fièvre s'allume, atteignant 38°,5, 39°, l'état général s'altère, et l'enfant succombe au bout de dix à quinze jours.
La gastro-entérite consécutive à l'absorption de pus présente, également,
une allure très variable : il est des cas, tout d'abord, où l'enfant ne se ressent nullement de cette tétée impure, et Budin a vu des femmes atteintes de galactophorite allaiter leur nourrisson sans que ce dernier en souffre. Dans d'autres conditions, l'absorption de pus ne se traduit pas par des troubles digestifs, mais par une infection cutanée : ecthyma, abcès multiples. Enfin, il peut y avoir des accidents gastro-intestinaux : dans les cas bénins, tout se borne à un peu de diarrhée, quelques vomissements, une perte quotidienne de poidsde 50 à 100 grammes, symptômes qui s'amendent bientôt et disparaissent en quatre à cinq jours. Dans les cas graves, au contraire, on se trouve en présence du. tableau classique de la gastro- entérite,. comme on l'observe également à la suite de fautes dans l'alimentation (voy. fig. 338). L'enfant est pris d'abord d'inappétence, puis de vomissements : ceux-ci apparaissent, non seulement de suite après les tétées, mais dans leur intervalle ; le lait rendu est caillé, d'odeur acre, souvent mêlé de glaires. Les selles sont abondantes, très fréquentes (40 àj30 fois par jour dans les cas très graves), liquides, mal liées, grumeleuses, charriant des caillots de caséine ; elles sont vertes, souvent extrêmement fétides, et entretiennent un érythème fessier intense.
Les bactéries y pullulent en grand nombre, principalement les colibacilles dont la virulence se trouve très exaltée (Nobécourt). La courbe thermique présente des allures très variables : tantôt le thermomètre monte à 39° et 40° ; tantôt au contraire, surtout chez les débiles, il tombe au-dessous de la normale, marquant 35°, 30° et même 25°. La dénutrition se traduit par l'amaigrissement général : la courbe de poids s'abaisse chaque jour de 50 à 100 gramm.es ; l'enfant devient squelettique, les pariétaux chevauchent l'un sur l'autre, les fontanelles s'excavent, le teint est plombé. Ips cris faibles et incessants. Sur un pareil terrain, le muguet se développe facilement. L'infection franchit les limites du tube
Jours.
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Fig. 338. — Infection intestinale chez un nouveau-né ; mort (Maygrier).