PRONOSTIC DE L'OPHTALMIE OU NOUVEAU-NÉ
ment atrophie du globe oculaire qui se réduit à l'état de moignon informe. Enfin, on peut assister à la fonte purulente de Vœil. Ces dernières complications entraînent, fatalement, la perte de la vision.
Si l'on ne prend pas de précautions pour empêcher la contagion de l'autre œil, l'affection, au bout de quelques jours, devient bilatérale, ce qui aggrave singulièrement le pronostic.
b. Conjonctivite secondaire (ophtalmie tardive non gonoccoccique). — L'affection débute tardivement, du huitième au douzième jour, par une sécrétion conjonctivale peu marquée, collant les yeux au réveil. Puis cette sécrétion augmente, mais l'écoulement n'est jamais clair et citrin : il est épais, franchement purulent. La réaction générale est beaucoup moins vive que dans l'ophtalmie primitive. Les complications cornéennes sont exceptionnelles. Si elle n'est pas convenablement traitée, cette conjonctivite dure longtemps, demandant de trois semaines à un mois pour disparaître.
c. Conjonctivite diphtéroïde (ophtalmie pseudo-membraneuse, habituellement streptococcique) . — Dans cette forme, l'écoulement est peu abondant, mais les conjonctives palpébrales sont recouvertes d'une fausse membrane épaisse très adhérente, comme incrustée dans le derme ; les paupières sont gonflées et dures à la palpation. Les complications cornéennes sont fréquentes et précoces ; parfois la cornée est prise en quelques heures (forme suraiguë). Cette ophtalmie s'accompagne généralement de symptômes généraux, très prononcés. Quand la guérison survient, il persiste fréquemment des brides cicatricielles, recroquevillant les paupières au niveau du tarse, et déterminant un symblépharon plus ou moins étendu.
Diagnostic. — Dans la très grande majorité des cas, le diagnostic d'ophtalmie s'impose. La seule cause d'erreur à éviter est de croire à une infection oculaire en présence d'un catarrhe argenté consécutif à l'instillation de nitrate après la naissance. Ce catarrhe, qui était fréquent avec l'emploi des solutions au 1/100, se traduit par un gonflement et une rougeur des conjonctives, et un léger écoulement d'aspect séro-purulent ; puis de petites croûtes se déposent au niveau des cils. Cette réaction médicamenteuse, qui apparaît dès le premier ou le deuxième jour, disparaît spontanément en trente-six ou quarante-huit heures.
Pour dépister les complications cornéennes, il est commode de faire usage des écarteurs palpébraux, maniés avec la plus grande douceur, pour ne point léser la cornée déjà friable ; on s'aidera, avec avantage, de l'éclairage oblique.
Pronostic. — Le pronostic local de l'ophtalmie du nouveau-né est extrêmement sérieux; d'après Tarnier, cette affection est la cause du 1/40 des cas de cécité de l'adulte, et Valude estime qu'en France 3 à 4.000 aveugles doivent leur infirmité à cette ophtalmie.
Le pronostic dépend :
a. Delà forme de V ophtalmie, la conjonctivite primitive (l'ophtalmie purulente gonoccoccique) étant toujours sérieuse, la secondaire habituellement bénigne, la diphtéroïde très grave ;
MAYGRIER ET JEANNIN.
b. De V apparition des lésions cornéennes, les leucomes superficiels étant, seuls, capables de disparaître ;
c. De la résistance de V enfant, l'opacité cornéenne étant plus étendue et plus tenace chez les débiles ;
d. De la façon dont le traitement est dirigé. On se rappellera qu'après l'ophtalmie les conjonctives restent pendant très longtemps fragiles.
Traitement. — I. Prophylaxie. — La prophylaxie de l'ophtalmie purulente est de la plus haute importance ; grâce à son application systématique, la proportion des ophtalmies est tombée de 10, 12, 15, p. 100 à 2,1, 0,1, 0,05 p. 100. L'idée première en revient à Grédé qui systématisa l'emploi de moyens proposés par Bischof en 1875.
La méthode de Crédé consiste en deux points : désinfecter le vagin de la mère par des irrigations au sublimé (actuellement, on préfère employer le permanganate de potasse), désinfection qui doit être particulièrement soignée en cas de leucorrhée ; puis instiller dans les yeux du nouveau-né une goutte de solution de nitrate d'argent à 2 p. 100. Cette solution trop forte provoque fréquemment du catarrhe argentique ; aussi Budin a-t-il proposé de la remplacer par une solution au 1/150. Depuis l'emploi de cette solution, l'ophtalmie a pour ainsi dire disparu de son service. Maygrier, qui a adopté cette manière de faire presque en même temps, a fait les mêmes constatations. Pour bien appliquer cette méthode, les paupières seront d'abord essuyées avec un tampon d'ouate hydrophile imbibé d'une solution antiseptique, puis entr'ouvertes par un aide ; on fait alors tomber quatre à cinq gouttes de nitrate dans chaque œil, puis on laisse les paupières se refermer.
On a proposé beaucoup d'autres procédés ; l'eau phéniquée à 1/100 (Olshausen), le sublimé à 1/1000 (Schrceder), la poudre d'iodoforme (Valude). Pinard emploie le fus de citron, ou l'acide citrique à 5 p. 100, méthode également excellente.
L'ophtalmie étant extrêmement contagieuse, tout enfant qui en est atteint sera immédiatement isolé. Rappelons qu'aux termes des règlements de police sanitaire, la déclaration de l'ophtalmie purulente du nouveau-né est obligatoire, de la part du médecin et de la sage-femme.
II. Traitement curatif. — Le traitement doit être institué le plus rapidement et le plus énergiquement possible. Il consiste en cautérisations et en lavages.
a. Cautérisations. — Deux fois dans les vingt-quatre-heures, les paupières seront retournées de façon à toucher la face conjonctivale avec un pinceau volumineux trempé dans une solution de nitrate d'argent ; si la fente palpébrale est anormalement petite, on la débridera d'un coup de ciseaux au niveau de l'angle externe. Au début, on fera usage d'une solution forte à 1 p. 50, ou même 1 p. 30 dans les cas très sérieux ; sitôt après l'application du nitrate, on neutralise l'excès de liquide caustique en passant sur les conjonctives un pinceau imbibé d'une solution saturée de sel marin. Au fur et à mesure que la sécrétion devient plus épaisse et moins abondante, on emploie des solutions plus faibles, à 1 p. 100, puis 1 p. 150 ; il est alors inutile de neutraliser à