TRAITEMENT DE L'OPHTALMIE DU NOUVEAU-NÉ
l'eau salée. Il est très important de ne cesser ces cautérisations que lorsque toute trace d'écoulement a définitivement disparu, sinon l'on s'expose à des récidives (Budin). Le nitrate provoquant un catarrhe conjonctival souvent très vif, Darier a proposé de le remplacer par des sels d'argent organique, tout d'abord par l'argentamine, puis par le protargol et enfin l'argyrol auquel il donne la préférence. A la suite des travaux de Crédé, le collargol fut utilisé par nombre d'ophtalmologistes. Trousseau lui attribue la guérison de trois cas d'ophtalmie très grave ; par contre, il est vrai, Rochon-Duvignaud et Valude l'ont vu échouer. A Lariboisière, Bonnaire l'emploie systématiquement : les paupières sont cautérisées, comme il a été dit à propos du nitrate d'argent, avec une solution de collargol à 3 p. 100. Maygrier pense que la supériorité revient encore au nitrate d'argent, à la condition toutefois de ne pas faire usage de solutions anciennes, devenues caustiques.
b. Lavages. — Des lavages seront pratiqués, comme complément des cautérisations, toutes les deux heures au début, puis toutes les trois à quatre heures. Afin de ne pas traumatiser la cornée, on abandonnera tout instrument métallique ou rigide, tel que les écarteurs-laveurs dont l'introduction dans les culs-de-sac conjonctivaux n'est pas sans danger. Le mieux est d'employer une sonde en caoutchouc adaptée à un bock tenu à une très faible hauteur. L'enfant est placé horizontalement, la tête au-dessus d'un seau, l'oeil malade dirigé en bas. Comme solution, on peut faire usage d'antiseptiques variés, mais en évitant les sels mercuriaux, et particulièrement le sublimé. Tarnier employait Veau thébaïsée (extrait thébaïque : 0?r,10 pour un litre) ; Valude préconise le naphtol en solution à 1/5000; Bonnaire, l'infusion de tête de pavots; Pinard, la solution d'aniodol, etc. Le permanganate de potasse à 1 p. 3000 ou 4000 est un des meilleurs médicaments, surtout s'il s'agit d'ophtalmie gonoccocique. Dans les cas très légers d'ophtalmie secondaire, on peut encore employer l'eau boriquée, ou le sérum artificiel. Ces lavages, que l'on tend à réduire à la proportion de simples nettoyages (et non plus de grandes irrigations), seront faits à une température assez élevée, 35° à 40°. Dans l'intervalle des lavages, l'enfant restera couché du côté de l'oeil malade, afin d'empêcher la contamination de l'œil sain. Les ophtalmologistes rejettent généralement l'application de pansements qui ont pour conséquence la rétention du pus. Toutefois, surtout s'il existe un gonflement considérable des paupières, on se trouvera bien de l'application sur l'œil malade d'un petit sachet de glace.
L'apparition d'une ulcération cornéenne doit immédiatement faire cesser toute cautérisation ; on se contente alors de lavages très doux, et peu fréquents. De plus, deux fois par jour, on introduira entre les paupières un peu de pommade iodoformée (au l/10e). Plus tard, quand la conjonctive devient villeuse, granuleuse, on la touchera avec un crayon d'alun ou de sulfate de cuivre. Quant à la panophtalmie, elle nécessitera l'intervention chirurgicale.
Dans les conjonctivites diphtéroïdes, on emploie avec succès le jus de citron, associé aux lavages à l'eau thébaïsée et à l'application de compresses très chaudes. Si cette infection relève du bacille de Lœffler, on complète le traitement par les injections de sérum de Roux (Sourdille).
MAYGRIER ET JEANN1N.