XI. — LE LIQUIDE AMNIOTIQUE
La cavité de l'œuf est remplie d'un liquide dans lequel nage le fœtus: c'est le liquide amniotique.
Sur des œufs de deux, trois et quatre mois, il est clair, translucide, incolore. Dans les œufs plus âgés, on le voit se teinter légèrement comme de l'eau de savon, ce qui serait dû à une émulsion de sébum sécrété par la peau du fœtus. Anormalement, il peut prendre une coloration verdâtre, lorsque le fœtus souffre et lui abandonne un peu de méconium, ou un peu de sang par des phlyctènes cutanées (macération, pemphygus syphilitique).
Le liquide amniotique a un goût salé et une odeur fade, comparable à celle du sperme (Tarnier). Sa réaction est neutre ou faiblement alcaline.
La quantité du liquide amniotique varie constamment : d'abord peu abondant, il augmente jusqu'à la fin de la grossesse (Capuron, Playfair, Tarnier, Bar, Gassner, Fehling). Pour Cari Braun, à sept mois, il y aurait deux fois plus de liquide qu'à terme. Pour Campana, Scanzoni, c'est à six mois qu'il y aurait le maximum de liquide. On admet en moyenne qu'à terme il y a normalement de 500 à 1 000 grammes de liquide amniotique.
Pour Tarnier et Chantreuil, à quatre mois et demi, le fœtus pèse autant que le liquide, puis plus on approche du terme, plus le poids du fœtus l'emporte sur celui du liquide. Gassner a voulu établir un rapport entre le poids de la mère et la quantité de liquide amniotique, ce que n'admet pas Bar. De même, pour Fehling, la quantité de liquide amniotique serait en raison directe de la longueur du cordon. Bar et Haidlen le nient.
Enfin, d'autres auteurs ont établi un rapport constant entre le poids du fœtus, celui du placenta et celui du liquide amniotique.
Le poids spécifique serait, d'après von Winckel, de 1,002 à 1,015, d'après Olshausen et Veit de 1,002 à 1,028, d'après Levison de 1,005 à 1,007, d'après Prochownick de 1,0069 à 1,009.
Fehling a trouvé dans le liquide amniotique lgr,07 à l§r,60 de résidu sec et 0,51 à 0,88 p. 100 de cendres ; Prochownick a trouvé 1^,3 à lsr,8 de résidu sec et 0,39 à 0,59 p. 100 de cendres, à la fin de la grossesse.
Bar et Belloy donnent la composition suivante pour 1 000 : extrait sec 12 à 13er,50, densité 1007 à 1008, cendres 8§r,5, Na Cl 6§r,40 à 7 grammes, carbone 2^,40 à 3^,50, azote total 0§r,23 à 0sr,35, acide phosphorique 0sr,68 à 0§r,73, albumine l§r,20 à 3sr,10, dont près d'un tiers en albumine acétosoluble.
Hoppe Seyler a trouvé: eau, 98,4 p. 100 ; matières fixes, 1,57 p. 100; albumine, 0,19 p. 100 ; sels organiques solubles, 0,566 p. 100 ; matières extractives, 0,81 p. 100 ; sels organiques insolubles, 0,024 p. 100.
On y trouve de l'urée en proportion variable. Schondorf a trouvé, lors de l'accouchement, 0,0604 et 0,0414 d'urée p. 100 c'est-à-dire une quantité d'urée égale à celle du sang ou du lait humain. L'urée apparaîtrait dans le
LE LIQUIDE AMNIOTIQUE.
liquide amniotique dès la sixième semaine (Prochownick). On y a signalé la présence de créatine et de créatinine (Scherer, Robin et Verdeil), de lactate de soude (Vogt, Regnauld). Il n'y a pas de glucose (Majewsky, Schaller), fait controuvé par Tschernow ; pour Robin, il y en aurait jusqu'à la fin de la première moitié de la grossesse. On a trouvé aussi dans le liquide amniotique différentes albumines, des globulines, de la cholestérine, de la mucine, des savons, et même des ptomaïnes en faible proportion et des composés sulfoconjugués.
Le chlorure de sodium y est en proportion plus grande que dans l'urine du nouveau-né.
D'après Veit, le point décongélation est moins bas que celui du sang fœtai et du sang maternel : pour cet auteur, A = — 0,496 en moyenne. Bousquet a trouvé A = 0,51. Keim a trouvé des chiffres variant entre — 0,424 et — 0,51, la moyenne étant de— 0,477. Pour Keim, le liquide amniotique est hypotonique par rapport au sérum sanguin de la mère et à celui du fœtus. L- Jacqué pense de même. Au huitième mois, Dieulafé et Gilles ont trouvé A = — 0,50; vers la fin du neuvième mois, Resinelli indique A — — 0,458.
Origine et rôle du liquide amniotique.— Nous ne pouvons que résumer cette question encore très complexe, en nous servant de la thèse inaugurale de Bar (1881) et de l'excellent travail de Wertheimer du Dictionnaire de Physiologie de Richet.
Le liquide amniotique est-il d'origine maternelle, d'origine fœtale, d'oiigine mixte ? Sert-il à la nutrition et à l'accroissement du fœtus ?
1° Origine fœtale du liquide amniotique.— A. Il est un produit de sécrétion des organes urinaires du fœtus. Il n'est pas douteux que le fœtus urine dans la. cavité amniotique. Quand l'enfant naît, la vessie contient une certaine quantité d'urine. Quand il y a occlusion des voies urinaires, on peut trouver de l'hydronéphrose (voy. t. II, p. 577). Comme dans les cas où il y a dégénérescence kystique des reins, il est habituel de trouver de l'oligo-hydramnios (voy. t. II, p. 577). Enfin, les expériences de Gusserow, de Porak, d'Haidlen, de Dûhrssen ont montré qu'en injectant de l'iodure de potassium à la mère on en retrouvait dans l'urine du fœtus.
Bar a démontré l'activité de l'excrétion rénale chez le fœtus par la rapidité avec laquelle certaines substances, telles que le ferrocyanure de potassium, injectées sous la peau du fœtus, imprègnent les cellules des canaux urinifères et passent dans les voies urinaires (quatre à sept minutes).
B. Le liquide amniotique est un produit de transsudation des vaisseaux amniotiques ou de la peau du fœtus. Nous avons vu que Jungbluth avait décrit un réseau capillaire sanguin (vasa propria) émanant des vaisseaux ombilicaux à la face profonde de l'amnios et qui s'oblitérerait dans le dernier tiers de la grossesse. Par là, le fœtus laisse transsuder le liquide amniotique. Pour Winckler et Preyer, le même rôle serait dévolu à des lymphatiques reliés aux vaisseaux ombilicaux.
Pour Ch. Robin, au début de la vie fœtale, l'amnios laisse transsuder un liquide emprunté aux capillaires du chorion allantoïdien, donc à des vaisseaux
KEJFFER ET DEVRAIGNE.
fœtaux. Pour Fehling, une partie du liquide amniotique vient directement des vaisseaux ombilicaux. Bar a démontré que le liquide injecté sous une pression trop forte dans la veine ombilicale transsude dans la cavité amniotique, sans transsuder pour une pression égale à travers les parois des artères ombilicales.
Scherer, Schatz, Gusserow, Weiner, ont admis que le liquide amniotique était dû en partie à une véritable excrétion sudorale du foetus (peau très perméable au début, épiderme incomplet et très vasculaire).
2° Origine maternelle du liquide amniotique. — Zuntz, Wiener, Kriïckenberg, Bar ont montré que certaines substances, injectées à la mère, passent du sang maternel dans le liquide amniotique sans passer par l'organisme foetal (dans plusieurs cas, il s'agissait de fœtus morts ou tués systématiquement avant l'expérience). Nicloux a montré le passage direct de l'alcool dans le liquide amniotique par filtration à travers l'amnios. D'après Krûckenberg, les membranes sont d'autant plus perméables que la grossesse est plus avancée.
3° Origine mixte du liquide amniotique. — On tend de plus en plus à admettre une origine mixte : la mère et l'enfant prennent part à la formation du liquide amniotique (Bar). Quel est l'élément prédominant? L'origine rénale n'étant pas douteuse, peut-être faudrait-il attribuer plus d'influence au fœtus? (Bar). D'autre part, nous l'avons vu, pour beaucoup d'auteurs, l'épithélium amniotique aurait un rôle sécrétoire et participerait à la formation du liquide amniotique.
Variations du liquide amniotique. — Pour certains auteurs, il augmente jusqu'à la fin de la grossesse; pour d'autres, il atteint son maximum au sixième mois ou au septième mois.
Il est certain que son poids diminue progressivement dans les cas normaux par rapport au poids du fœtus.
Gomment expliquer ces fluctuations ? C'est que des échanges continuels ont lieu entre la cavité amniotique et l'organisme maternel. Bar a injecté du sulfate de strychnine dans la cavité amniotique de lapins et a vite empoisonné les mères sans atteindre les fœtus. Torngren injecte de l'iodure de potassium c-hez le fœtus et ne retrouve l'iode dans l'urine de la mère qu'une heure vingtcinq minutes après, alors qu'injectant la même substance dans le sac amniotique, il retrouve l'iode quarante-cinq minutes après dans l'urine maternelle. Baron et Castaigne ont confirmé la perméabilité des membranes dans le sens matripète, suivant le mot de Torngren; mais le passage est plus lent que ne l'indiquait cet auteur.
Le liquide amniotique peut donc être résorbé. Cette résorption se fait par deux mécanismes : le premier allant de la cavité amniotique vers l'organisme maternel, grâce à la perméabilité des membranes (Bar, Torngren, Baron et Castaigne, Guinard et Moisseney, Nicloux) ; l'autre, par déglutition du liquide amniotique par le fœtus et réabsorption par le torrent circulatoire maternel (Politi-Aloiso).
On comprend l'utilité de la cryoscopie pour expliquer ces courants de la mère