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COMMENT PASSENT LES SUBSTANCES DE LA MÈRE AU FŒTUS

chimique de celui-ci ; nous allons étudier maintenant quelles sont les substances qu'il reçoit et comment il les reçoit.

a. Passage de la mère au fœtus. — De nombreux auteurs ont expérimenté le passage d'une foule de substances de la mère au fœtus.

Les globules rouges et blancs de la mère ne traversent pas le placenta ; les poudres inertes insolubles, qu'on avait cru pouvoir être portées au fœtus par les globules blancs, ne passent qu'exceptionnellement ; aux résultats positifs de Reitz, Gaspary, Péris, obtenus avec le cinabre, on oppose les résultats négatifs de Hofmann et Langerhans, de Marie Miropolsky avec le cinabre, de Fehling, Thierfelder, Ahlfeld et Malvoz avec l'encre de Chine, de Kruckenberg avec le sulfate de baryte, de Jassinsky, de Raineri (passage des bacilles, des agglutinines, etc.; voy. t. II, Pathologie de la grossesse.

L'eau passe facilement à travers le placenta (Gohnstein et Zuntz) ; il en est de même des matières solubles dans l'eau (sel, sucre).

Les gaz et les vapeurs passent directement chez le fœtus [oxygène, oxyde de carbone (Gréhant et Quinquaud, Nicloux), chloroforme (Zweifel, Fehling, Porak, Nicloux), éther (Nicloux)].

Le passage des substances minérales, médicamenteuses ou non, a été très étudié. On a expérimenté avec l'iodure de potassium (Gusserow, Bunge, Kruckenberg, Haidlen, Porak), le bromure et le chlorate de potassium (Porak), l'huile phosphorée (Miura, Boeri), l'arsenic (Arcangelis, Porak, Plottier, Bar et Daunay), le cuivre (Clouet, Baum et Saliger), le mercure (Robolsky, Mirto, Strassmann).

Les substances organiques passent également à travers les villosités ; on a démontré le passage de l'acide salicylique (Beneke), du salicylate de soude (Zweifel), du ferrocyanure de potassium (Fehling ; Bar n'a retrouvé ce produit que dans le liquide amniotique, mais pas chez le fœtus), du sulfo-indigotate de soude (Zuntz), de l'alcool (PIottier-Nicloux), de l'urée (Charpentier et Butte), du bleu de méthylène (Sicard et Mercier), du sulfate de quinine (Porak)T de la morphine (Fabbri).

Les matières albuminoïdes ne passeraient pas, d'après Wertheimer, Meyer et Delezenne à l'état d'albuminoïdes et, même dédoublées, elles passent lentement, difficilement, à travers le placenta. Il en serait de mêmes des graisses.

Comment passent les substances de la mère au fœtus ? — Pour les substances solubles dans l'eau et difîusibles, c'est-à-dire pour les substances cristalloïdesr tout le monde est d'accord, et ici la théorie du placenta filtre est facilement admise. De même que les substances cristalloïdes traversent la membrane d'un dialyseur, de même elles traversent l'épithélium des villosités placentaires, dit Nicloux. Il s'agit donc là d'une simple dialyse. Mais tous les échanges entre la mère et le fœtus ne peuvent s'expliquer ainsi, et, déjà en 1887, Preyer écrivait: «Les phénomènes sont beaucoup plus compliqués que ceux qui sont produits par une membrane dialytique ». Les travaux modernes sur les fermentsr sur l'hémolyse et aussi une connaissance plus approfondie de la structure intime du placenta ont fait entrevoir sous un jour nouveau les réactions chimiques et biologiques qui se passent dans lavillosité choriale.De plus en plus,.

■on tend à accorder un rôle véritablement actif au syncytium ; grâce à lui, le placenta n'est plus un simple filtre, ni même un organe d'absorption, mais aussi un organe de digestion. Certains auteurs, dont Bunge, Acconci, ont même été jusqu'à comparer la villosité choriale à la villosité intestinale.

Il y a une véritable peptonisation des matières protéiques qui se scindent et :se reconstituent ensuite sous forme d'albumines fœtales (Zuntz, Ascoli, Ferroni). D'après Ascoli, le placenta débarrasséde sang contient un ferment protéolytique qui existe dès les premiers temps de la grossesse et qui digère la fibrine. Les peptones diffusent plus facilement que l'albumine dont elles dérivent.

Pour les graisses, la discussion est encore ouverte. On tend à admettre que le fœtus fabrique sa graisse aux dépens des hydrates de carbone et des albuminoïdes. Nous avons déjà insisté sur les riches réserves de glycogène contenues dans la caduque. Les recherches de Cl. Bernard, de Brindeau, ont montré combien le fœtus était riche en glycogène, sauf dans le foie où il n'apparaît qu'au sixième mois de la vie intra-utérine. Ce glycogène peut être une des origines de la graisse fœtale. L'épithélium chorial a une action lipolytique : il transformerait les graisses en savons, et ceux-ci se reconstitueraient en graisses neutres dans la villosité (Ferroni), d'où la différence d'aspect et de nature de la graisse fœtale et de la graisse maternelle.

Les sels minéraux libres qu'on trouve dans l'économie sont, suivant l'expression de Bar, des sels morts. Les substances minérales utilisables et utilisées sont associées à l'albumine. C'est sous la forme d'albuminates, de nucléinates, etc., que les sels de fer, de chaux, de phosphore, sont absorbés.

D'après ce qui précède, on voit que, si la dialyse joue un rôle, l'action du syncytium n'est pas douteuse : c'est celui-ci qui est le principal agent de la digestion placentaire.

Le liquide amniotique sert-il à la nutrition du fœtus?

Le liquide amniotique est normalement dégluti par le fœtus ; or, il contient de l'albumine, du sucre, des sels, et Wiener a démontré que ce qui arrive dans le tube digestif du fœtus est absorbé. Ce rôle est minime. Les réactions chimiques qui se passent chez le fœtus sont de même ordre que celles qui se passent chez l'adulte, mais elles sont moins intenses. Le fœtus, placé dans un milieu à température constante, ne perd guère de chaleur ni d'eau. Le fœtus dont les cellules embryonnaires jouissent d'un pouvoir intense de multiplication, qui reçoit des aliments sous une forme très facilement assimilable, est donc particulièrement favorisé au point de vue de la nutrition. Aussi s'expliquet-on bien l'activité d'édification qu'il présente et son pouvoir d'accumulation d'albumines, de glycogène et de fer, de graisse et de chaux.

C. Passage des substances du fœtus à la mère. — Savory, Gusserow et Preyer ont démontré que des poisons injectés au fœtus pouvaient passer -chez la mère et très rapidement (acétate de strychnine, acide prussique, nicotine). Lannois et Briau, Baron et Castaigne, Guinard et Hochwelker ont confirmé ces faits, à condition que le fœtus soit vivant, car la mort du fœtus supprime les échanges fœto-maternels. La possibilité de ces échanges fœtomaternels soulève une grosse question : celle de la télégonie, c'est-à-dire de

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