LA SÉCRÉTION MAMMAIRE
décrit par Bar sous le nom de crise génitale du nouveau -né (voy. Nouveau-né).
Bouchacourt, Brindeau et Keifïer, dans des recherches cliniques et expérimentales contemporaines, ont étudié l'origine probable de cette activité galactogène si étrange, si intempestive, et ont acquis la conviction que la montée du lait chez le nourrisson, comme celui de la mère d'ailleurs, trouve sa cause initiale dans une substance élaborée par le placenta et mise en circulation au moment du travail de V accouchement du côté maternel et du côté fœtal. En effet , la glande mammaire est manifestement sensible, excitable dans sa fonction, aux divers extraits placentaires introduits dans l'économie par la voie stomacale ou hypodermique; et, comme la montée du lait chez la mère et chez le nourrisson coïncident vers le troisième jour, il est probable que c'est au même moment, lors du décollement placentaire et de sa compression surtout pendant les derniers temps de la parturition, que la substance galactogène utile est, sinon élaborée, du moins éliminée directement dans le cordon vers l'enfant, et, par voie osmotique, vers le sang maternel.
De nombreux auteurs ont cherché l'origine de cette substance qui semble commander la sécrétion mammaire. Bibloert greffa dans l'oreille d'une cobaye vierge un fragment de mamelle qui sécréta plus tard quand l'animal mit bas, ce qui prouve que ce n'est pas un réflexe. Les travaux de Bayliss et Starling sur les glandes à sécrétion interne ont mis la question sur un terrain nouveau. Ces auteurs ont montré que les glandes à sécrétion interne déversent dans l'organisme des substances dites hormones de Starling, qui peuvent agir sur certaines cellules de l'organisme. Chaque glande a une ou plusieurs hormones spéciales possédant chacune un récepteur dans l'organisme. Il part donc de l'appareil génital une hormone qui va agir sur la mamelle et commander la sécrétion mammaire. Quel est le point de départ de l'appareil génital de cette hormone ? Lane Claypon et Starling ont injecté à des lapines des extraits d'ovaires, d'utérus, de fœtus, de placenta ; ils n'eurent de résultats qu'avec les extraits de fœtus. Comme certains de ces extraits ont été bouillis, ils pensent que l'hormone est thermostable. Foa a obtenu un accroissement de glande mammaire d'une lapine vierge en lui injectant de l'extrait de fœtus de vache.
Ferroni, longtemps après la disparition de la sécrétion lactée chez une lapine, lui injecte de l'extrait de corps jaune et voit se rétablir la sécrétion mammaire. Il en conclut qu'il n'y a peut-être pas d'hormone spécifique. Lombroso et Bolafïîo n'admettent pas démontrée l'existence d'hormone pouvant influencer la sécrétion mammaire. D'après des recherches sérieuses menées avec beaucoup de méthode et exposées dans la thèse récente (1912) de leur élève Schil, Bouin et Ancel croient pouvoir conclure que le corps jaune est une glande endocrine qui agit sur la mamelle aussi bien en dehors de la gestation que pendant la gestation. Chez la femme et les mammifères à ovulation spontanée, il y a des poussées mammaires dues à l'apparition de corps jaunes périodiques, se manifestant dès la puberté. La glandé mammaire est sous l'influence du corps jaune jusqu'au début de la deuxième moitié de la grossesse. Le corps jaune sécrète une hormone crisétogène qui stimule la mamelle, mais est insuffisante
KEIFFER ET DEVRAIGNE.
pour faire apparaître la sécrétion lactée (phase d'accroissement gravidique). Celle-ci doit être commandée par une autre hormone, hormone crisogène, déversée dans l'organisme maternel pendant la deuxième partie de la gestation, (phase glandulaire gravidique). Bouin et Ancel pensent qu'il faut chercher la source de cette seconde hormone dans une glande à sécrétion interne qu'ils ont décrite chez la lapine gestante, dans le muscle utérin, sous le nom de glande myométriale.
D'après ce que nous savons du passage des substances de la mère au fœtus, il apparaît logique de penser que cette hormone, qui commande la sécrétion mammaire chez la mère, puisse passer chez le fœtus et provoquer la poussée mammaire si fréquente chez le nouveau-né.
Entre cette courte période fonctionnelle et la puberté, la glande mammaire ne subit que des modifications de volume et d'accroissement en nombre des acini secondaires et tertiaires. C'est la période impubère où l'organe mammaire est réduit à un système de canaux excréteurs et ne présente, en général, aucun acinus glandulaire, d'après Schil. La glande reste en l'état où l'a laissée la période de sécrétion du nouveau-né, grâce à une hormone provenant de l'ovaire jeune. La glande s'organise de façon plus complète, plus solide à la puberté, et sa vascularisation surtout prend l'importance que l'on sait.
D'après C. Langer, qui a étudié la glande mammaire à des stades différents de la vie, à l'âge de seize ans, une des glandes mammaires isolée aurait un aspect relativement simple, c'est-à-dire d'un canal se divisant en rameaux se terminant directement en un seul acinus, ou en rameaux se terminant en groupes de deux ou trois acini. A l'âge de dix-huit ans, une glande isolée avec son canal galactophore aurait l'aspect d'une véritable grappe de raisins à acini multiples, en nombre indéterminé, serrés les uns contre les autres.
Mais, dès que la grossesse intervient, de nouvelles modifications se montrent : d'abord une nouvelle poussée d'accroissement en nombre et en volume des lobules et de leurs composants, les acini ; puis une congestion croissante des vaisseaux de la glande, l'apparition de cellules conjonctives nouvelles et abondantes dans le tissu périglandulaire ; enfin l'infiltration de leucocytes dans le voisinage des vaisseaux sanguins et lymphatiques.
L'épithélium glandulaire est, à cette période, constitué par une assise unique de cellules cylindriques, et la lumière de la glande est réduite à une simple fente ou à une petite cavité renfermant très peu de sécrétion lactée (fig. 107 et 108).
Simon a décrit sous l'épithélium de la glande mammaire une membrane propre très mince avec de rares noyaux sur laquelle repose l'épithélium, et, d'autre part, Lacroix a affirmé l'existence, souscettemembranepropre,de cellules en paniers entourant l'acinus et les conduits excréteurs de la glande mammaire. Directement contre ces éléments cellulaires se trouve appliqué l'endothélium des vaisseaux capillaires, à travers lequel l'épithélium puise les liquides séreux qu'il transforme en lait par son pouvoir spécifique.
Chez la femme en pleine lactation, il s'en faut de beaucoup que tous les lobes et lobules se trouvent au même stade de sécrétion. Dans un lobule, par exemple,