L'ESTOMAC CHEZ LA FEMME ENCEINTE
Fig. 115. — Radioscopie, faite à huit mois de grossesse.
Le gros intestin est soulevé par l'utérus. Son cœcum passe au-dessus du niveau de la ligne bi-crôte (Cl Cl). L'estomac est couché sur l'utérus, son pylore est rejeté jusque dans le flanc droit. Le cœur est complètement basculé. (Même légende que fig. 113.)
Suivant la remarque de Pajot,ilpeut y avoir excitation, diminution, perversion des fonctions digestives.
Chez quelques femmes, l'appétit se développe, les digestions deviennent plus faciles, l'état général est excellent. Chez le plus grand nombre, au contraire, les fonctions digestives sont languissantes, l'appétit est très diminué : d'où un certain amaigrissement, de la pâleur et de l'altération des traits. La perversion des fonctions digestives se traduit par des goûts bizarres, et surtout par des nausées et des vomissements. Certaines femmes témoignent de l'aversion pour des aliments ou des boissons pour lesquels, en dehors de la grossesse, elles n'éprouvaient aucune répugnance ; d'autres ont une appétence marquée pour des substances ou des mets dont elles ne faisaient point d'ordinaire leur nourriture ; bien plus fréquemment les femmes sont tourmentées par des envies de vomir et des vomissements, se produisant soit à la suite de l'un des repas ou des deux repas, soit le matin à jeun, alors qu'elles s'éveillent ou qu'elles quittent le lit (vomissements matutinaux).
Il existe tous les degrés entre le simple état nauséeux et le vomissement
grave: Perilliat Boiconet, sur 10 259 femmes, a rencontré des vomissements dans une proportion de 20,92 p. 100. Les primipares en seraient plus facilement atteintes (46,29 p. 100) que les secondipares (25,24 p. 100) et que les pluripares (27,94 p. 100).
3° Physiologie. — Décrits par Aristote, Soranus d'Ephèse, Paul d'Egine, et depuis lors par tous les accoucheurs, ces troubles gastriques ont été mis sur le compte d'une action réflexe. Sans nier l'influence du terrain névropathique dans leur apparition, les auteurs modernes donnent de ces phénomènes des explications nouvelles, qui ne sont cependant pas pour cela concordantes. M. Pinard invoque une sorte de misère physiologique habituelle chez la femme enceinte au début ; les femmes qui vomissent seraient des intoxiquées, et l'agent toxique serait probablement dû au corps jaune. P. Bar fait jouer à la déglutition de la salive sécrétée en excès un rôle étiologique. Veit invoque
DG
Fi g . 1 1 6 . — Radiographie fa H e douze jours après l'accouchement.
Ptôse de l'estomac et de l'intestin. (Môme légende que fig. 113.)
l'action toxique exercée par les cellules syncytiales. Le fait que les vomissements disparaissent vers quatre mois et demi, à l'époque où l'activité placentaire s'atténue, donne un certain poids à cette théorie. Il s'agirait, en somme, d'une sorte d'anaphylaxie particulière.
Quoi qu'il en soit des différentes théories invoquées, il semble que le foie doive jouer un rôle dans la genèse des accidents, si l'on en juge par les altérations que présente cette glande chez les femmes mortes au cours de vomissements incoercibles.
Certaines femmes se plaignent, en outre, au cours de la grossesse, de douleurs gastralgiques avec sensation de brûlure. Il semble que l'on puisse attribuer cet état à une hyperchlorhydrie gastrique sous la dépendance elle-même de la rétention excessive des chlorures ; nous avons dit la signification de ces oedèmes quasi physiologiques. L'amélioration est manifeste, lorsqu'on soumet ces malades à un régime déchloruré (Bar, Ambard).
c. Intestin. — 1° Anatomie. — Les recherches radiologiques de Raulot- Lapointe et Thomas montrent que, jusque vers cinq mois de grossesse, on n'observe qu'un léger déplissement de l'angle colique droit. A partir de cette époque, le caecum s'aplatit entre l'utérus et la fosse iliaque (en forme de tête de serpent), puis il se soulève, si bien qu'à huit mois son extrémité inférieure est au-dessus du diamètre bi-crête. Le côlon transverse soulevé par l'utérus est couché sur le fond de cet organe (versant antérieur), derrière la paroi abdominale et un peu en avant de la grande courbure gastrique. Après l'accouchement, il est fortement ptosé, formant une guirlande dont la partie inférieure approche le bord supérieur du pubis. Le rectum, de son côté, comprimé par la partie foetale à la fin de la grossesse, est gêné dans son fonctionnement.
2° Clinique. — La constipation est habituelle chez les femmes enceintes qu'elle expose à la rétention des matières putrides. Elle existe à toutes les périodes, mais surtout à la fin de la grossesse. Bar et Daunay ont constaté qu'à l'état normal le pouvoir d'absorption était accru. On attribue la constipation à la compression exercée sur le rectum par l'utérus gravide. Cette explication est contestable, car la constipation survient parfois dès le début de la grossesse, alors que l'utérus est trop peu volumineux pour comprimer l'intestin ; d'autre part, l'accumulation des fèces se fait dans l'ampoule rectale, c'est-à-dire audessous du point comprimé. Ne faut-il pas voir là, plutôt, un phénomène dû à l'auto-intoxication? Chez quelques femmes, la diarrhée peut alterner avec la constipation. Exceptionnellement on voit la diarrhée exister seule.
3° Physiologie. — Biologie. — Lafon et Plague admettent qu'à l'état normal, chez la femme à terme, l'ensemble des matières fécales et des urines est hypotoxique ; cette toxicité s'accroîtrait très sensiblement au moment du travail pour aller en diminuant pendant les suites de couches.
Schrœder , Zachar jewsky , Bar et Daunay ont étudié les modifications apportées par la grossesse à la composition des matières fécales. Le poids de Vazote fécal total diminue pendant la grossesse normale, par rapport au poids de l'azote ingéré; mais cette réduction n'est pas constante et on peut observer à certaines