L'INTESTIN CHEZ LA FEMME ENCEINTE
périodes (début et fin de la grossesse) une augmentation dans cette élimination traduisant une utilisation moins bonne de la ration. Ces périodes coïncident avec un moins bon fonctionnement de l'appareil digestif et souvent aussi avec une crise d'hyperazoturie. C'est à ce moment que l'on voit survenir l'inappétence, des vomissements, la diarrhée (Jagerroos, Hagemann) qui traduisent la saturation azotée et les phénomènes de désassimilation.
Le phosphore fécal a été étudié par Van Ecke, Bar et Daunay. Ces recherches ont montré que l'utilisation de la ration phosphorée, parfois relativement faible pendant la première moitié de la gestation, est toujours plus élevée vers la fin. Il y a parallélisme entre les grands mouvements d'azote et de phosphore. La diminution de l'azote fécal à la fin de la grossesse coïncide avec une diminution du phosphore fécal. Cette meilleure utilisation phosphorée de la ration se poursuit pendant les premiers jours des suites de couches.
La teneur en phosphore delà ration alimentaire chez la femme enceinte est généralement pauvre; il sera donc bon de suppléer à cette pauvreté par l'adjonction d'aliments riches en phosphore (œufs, lait, etc.), et cela d'autant plus que la grossesse sera plus avancée.
En ce qui concerne la chaux, les recherches de Bar et Daunay ont montré que, chez la chienne recevant une ration fixe, pauvre en chaux, les matières fécales renfermaient une grande quantité de ces sels pendant la partie moyenne de la gestation ; le poids de la chaux devient faible et même inférieur à la normale dans les quinze derniers jours de la portée. Sur 100 parties de chaux ingérés, on trouve des éliminations successives de 12 p. 100, 18 p. 100, 30 p. 100, 48 p. 100 au milieu de la grossesse ; 18 p. 100 seulement à la fin de la portée. Ces courbes coïncident avec celles de l'élimination de la chaux par les urines. Elles traduisent la non-concordance entre la mobilisation calcique et l'utilisation fœtale, celle-là étant tardive, celle-ci précoce.
Bar et Daunay ont trouvé le fer fécal tantôt accru, tantôt diminué, ce qui s'explique par le fait que le fer fécal n'est pas seulement le fer résiduel provenant de la ration et non utilisé dans l'intestin, mais aussi le fer de désassimilation apporté par la bile et non résorbé. Les variations de l'élimination tiendraient donc à l'afflux de la bile, et par suite du fer dans le tube digestif. Le fer fécal traduit ainsi l'activité hématolytique.
Bar et Daunay ont noté l'augmentation du soufre fécal débutant de bonne heure et s'accentuant vers la fin de la gestation ; la courbe est parallèle à celle de l'utilisation de la ration, ce qui semble paradoxal, mais il y a là plus apparence que réalité. La majeure partie du soufre fécal est un produit d'excrétion biliaire, et la polycholie est normale à la fin de la gestation. L'augmentation du soufre fécal est intimement liée à l'élimination du fer et traduit, comme cette dernière, l'activité hématolytique.
Ferroni, étudiant la proportion de graisse contenue dans les matières fécales, a observé que celle-ci est à peu près normale pendant la première moitié de la gestation, qu'elle s'abaisse à la fin de la grossesse, puis tend à redevenir normale pendant le puerperium, ce qui semble démontrer une utilisation progressivement meilleure.
PUECH ET LEQUEUX.
Enfin l'intestin peut servir de voie de dérivation au chlorure de sodium. Lorsque l'organisme veut s'en débarrasser, il se produit des crises diarrhéiques salutaires.
cl. Foie. — Le foie est certainement l'organe auquel est dévolue l'action la plus complexe au cours de la gravidité. De l'intervention du foie dans le métabolisme des matériaux de réserve, il reste des stigmates qui ont attiré l'attention des anatomistes et des biologistes.
1° Fonction adipogénique. — Le foie présente des modifications histologiques décrites pour la première fois par Tarnier en 1857, puis par Vulpian. Des gouttelettes de graisse s'accumulent à l'intérieur des cellules hépatiques, et de Sinéty a insisté sur la disposition de la graisse, abondante au centre du lobule, tandis qu'elle manque ou est exceptionnelle à la périphérie, contrairement à ce qui se produit dans les dégénérescences graisseuses du foie dues à une cause
pathologique ; mais, pour cet auteur, l'état graisseux du foie tiendrait à la lactation plutôt qu'à la grossesse.
On a contesté la réalité du foie graisseux gravidique quand la grossesse était normale. D'après Bouffe de Saint-Biaise, ce serait même là une éventualité rare dans les conditions physiologiques, puisque, sur 52 autopsies de femmes enceintes, il n'a jamais trouvé le foie gras.
Schikele nie la stéatose physiologique du foie gravidique. S'il y a de la graisse, dit-il, cela tient à l'alimentation plus riche de la femme en matières grasses.
Il est certain que plusieurs des femmes chez qui Tarnier avait constaté la surcharge graisseuse avaient succombé à de la septicémie puerpérale, que certaines autres avaient eu une grossesse compliquée ; cependant on ne peut dénier à la grossesse toute influence dans la production du foie gras. La figure 117 est la photographie d'une coupe du foie chez une femme enceinte morte subitement. L'excès de graisse du foie dans les derniers mois de la grossesse peut être logiquement attribué à l'élaboration de la masse considérable d'hydrates de carbone qui se produit à la fin de la gestation dans l'organisme maternel, et dont témoignent l'accumulation d'une grande quantité de graisse chez le foetus à la fin de la vie intra-utérine, la facilité avec laquelle la graisse s'accumule dans le tissu cellulaire de la femme enceinte, l'excès de graisse dans le sang, la présence d'une notable quantité de graisse dans l'urine (Bar).
D'autre part, l'action lipolytique du foie a été étudié par Fossati au cours de la grossesse. Elle serait augmentée au début, diminuée à la fin. Elle s'accroîtrait à l'origine des intoxications, pour diminuer lorsque celles-ci sont constituées.
Fig. 117. — Aspect du foie à la fin de la grossesse, d'après une photographie (P. Bar).