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LE FOIE CHEZ LA FEMME ENCEINTE

2° Fonction glycogénique. — Charrin et Guillemonat (1900) ont constaté que le foie des femelles pendant la gestation contenait une quantité plus considérable de glycogène. Cette augmentation, qui s'accentue de plus en plus à mesure que la grossesse approche de son terme, est attribuée par ces auteurs à un ralentissement de la nutrition. Elle prouve la surcharge de l'organisme en sucre, comme l'accumulât de la graisse montre sa surcharge en graisse.

Pour Hofbauer, le glycogène manque dans les parties centrales du lobule, on ne le trouve guère qu'à la périphérie; dans la zone intermédiaire, il se présente en plus grosses gouttes; au centre du lobule, il serait commun d'observer des amas de pigments biliaires.

Pour Opocher, l'augmentation du glycogène hépatique, très marquée dans les derniers mois de la grossesse, s'accentuant encore au voisinage du terme, serait en rapport avec la véritable saturation glycogénique de l'organisme à la fin de la gestation et aurait pour but de faire face aux dépenses d'énergie musculaire pendant le travail et de préparer la longue période de l'allaitement.

3° Fonction biligénique. — Une des plus importantes, parmi les fonctions du foie pendant la grossesse, est la fonction biligénique qui ne saurait être séparée de l'action hématopoïétique de cet organe.

On sait, dit Bar, que le foie est le laboratoire dans lequel se transforment les globules rouges inutiles, que l'hématine et par continuation les pigments biliaires sont le résultat des transformations de l'hémoglobine. Le foie est donc le centre principal, sinon exclusif, où se forment les pigments ferriques, et ceuxci naissent essentiellement de l'hémoglobine. Or, chez la femme enceinte, la fonte globulaire intra-hépatique est plus active, favorisée qu'elle est par la moindre résistance des globules, du fait des atteintes qui leur ont peut-être été portées au niveau du placenta. Il en résulte comme premier effet une excrétion plus copieuse de la bile.

Chez la femme enceinte, on voit, en effet, se réaliser à la fin de la grossesse normale, non pas le véritable ictère pléïochromique de Stadelmann avec bile boueuse, selles noires chargées de pigments biliaires, avec coloration jaune des téguments, mais les premiers linéaments pour ainsi dire de cet état morbide. Nous avons vu qu'à ce moment de la grossesse, les matières fécales sont plus foncées en couleurs et plus fétides qu'à l'état normal; c'est là un symptôme qui confirme l'activité biligénique de cette période. Mais ce premier degré est souvent dépassé : soit qu'il y ait vraiment fabrication trop copieuse d'une bile riche en pigments, soit qu'il y ait écoulement trop lent d'une bile trop visqueuse, il y a rétention biliaire et on trouve un excès de granulations pigmentaires dans les cellules hépatiques et de pigments dans le sérum.

On voit ainsi se créer un véritable état de cholémie gravidique, dont les symptômes sont les éphélides,le masque de la grossesse, la coloration du mamelon, le prurit, etc. Qu'intervienne un élément infectieux, si fréquent chez les femmes en état de grossesse dont la circulation intestinale est ralentie, et nous verrons survenir un état pathologique commun à la fin de la gestation : la lithiase , biliaire (Bar et Daunay).

PUECH ET LEQUEUX.

4° Fonction hématopoïétique. — L'activité formatrice des éléments figurés du sang, en dehors des cas pathologiques, semble être éteinte du côté du foie pendant la gravidité.

5° Fonction antitoxique. — Le pouvoir antitoxique du foie pendant la grossesse a été étudié par Délie Chiaje (1909). Cet auteur a injecté du sérum sanguin provenant des veines sus ou sous-hépatiques de chiennes gravides et non gravides à des petits de lapines de 400 grammes. La différence entre la toxicité des sérums sus et sous-hépatiques s'est montrée moindre dans ses expériences pour le sang de la chienne gravide que pour celui de la chienne non gravide. Il en conclut que pendant la grossesse le pouvoir antitoxique du foie est réduit.

De son côté, Méda prétend que le foie de la grossesse n'a pas de pouvoir stérilisant sur les toxines diphtéritiques et tétaniques.

3° Appareil circulatoire. — Les modifications survenues dans l'appareil circulatoire sous l'influence de la grossesse se produisent : du côté du cœur, du côté des vaisseaux, du côté des glandes vasculaires sanguines, du côté du sang.

a. Cœur. — A la suite des travaux de Larcher, de Ducrest, de Blot, on a admis que le cœur subissait pendant la grossesse une hypertrophie temporaire destinée à disparaître après l'accouchement. Mais tandis que, pour les uns, il y aurait seulement épaississement des parois du cœur (Durozier, Ollivier, C. Paul, Peter), pour les autres il y aurait à la fois hypertrophie et dilatation (Mac-Donald, Rendu, Cohnstein), et pour quelques-uns dilatation sans hypertrophie (Letulle, Vaquez et Millet).

Dreysel, en 1891, admit l'hypertrophie des deux ventricules et surtout du gauche pendant la grossesse. Le poids du cœur représenterait, d'après lui, à ce moment, 8,8 p. 100 du poids du corps, et son augmentation serait proportionnelle à celle du poids total. L'hypertrophie croîtrait avec la durée de la grossesse et jusqu'à l'accouchement. La période puerpérale serait marquée par une chute du poids du cœur, rapide, puis lente. L'accouchement et la lactation n'amèneraient pas de changement dans la capacité des cavités cardiaques.

Gerhardt et Lôhlein en Allemagne, Vinay en France, ont nié l'hypertrophie du cœur propre à la grossesse : quand l'hypertrophie existe, elle ne serait point normale ; pour Vinay, elle se produirait consécutivement à une néphrite plus ou moins ancienne ou à une lésion vasculaire.

L'hypertrophie du cœur pendant la grossesse, chez les femmes dont la tension artérielle est élevée, est en rapport avec l'excès de travail auquel le cœur est obligé. Elle peut être marquée chez les albuminuriques, les éclamptiques (fig. 118).

Plus souvent que l'hypertrophie du cœur, on observe la dilatation du cœur droit au même titre que l'ectasie de tout le système veineux (Bar); ceci semble démontré par la fréquence avec laquelle on observe la dilatation du cœur droit chez les femmes qui succombent au moment de la délivrance.

C'est parce que le cœur droit est dilaté qu'on observe si fréquemment ces

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