APPAREIL CIRCULATOIRE DE LA FEMME ENCEINTE
bruits de souffle cardiaque bien étudiés par Jacquemier (une fois sur 4 ou 5 environ). D'intensité généralement assez faible, le souffle cardiaque correspond d'ordinaire au premier temps. Il disparaît après l'accouchement. Attribué tour à tour à l'hypertrophie du ventricule gauche, à une insuffisance tricuspidienne, à la chloro-anémie de la grossesse, à des lésions orificielles, à des souffles extra-cardiaques, il semble que l'origine en doive être cherchée du côté de cette ectasie temporaire (Letulle, Bar). C'est encore à cette dilatation qu'il faut attribuer le gonflement des jugulaires si fréquent à la fin de la grossesse, l'oedème de la base du cou, le reflux veineux jugulaire, l'augmentation de la matité précordiale, constatée par la percussion (Letulle), et enfin le développement de la surface du cœur que Bouchard et Balthazard ont pu déterminer in vivo à l'aide du procédé de projection orthogonale de Guilleminot.
En ce qui concerne la statique de l'organe, Baulot-Lapointe et Thomas Ont démontré que Pig- ^8. — Coupe du cœur passant par le milieu des ventricules . ., , chez une femme multipare morte d'hémorragie; le cœur gauche
le Cœur était bascule, est hypertrophié, le cœur droit est dilaté (Bar).
que sa pointe subissait y. G., ventricule gauche; V.D., ventricule droit; O.T., orifice un certain degré d'élé- tricuspidien ; OA, orifice de l'artère pulmonaire, vation par soulèvement
du diaphragme. L'hypertrophie du cœur ne serait pour eux qu'apparente, et due à cette bascule.
b. Vaisseaux. — 1° Veines. — ■ Du côté des veines, on note un degré plus ou moins considérable d'ectasie, liée, comme nous le savons, à l'augmentation de la masse totale du sang. Cette ectasie crée un degré variable de varices apparentes qui constituent par elles-mêmes un bon signe physiologique du début de la gestation. Le fait que ces varices apparaissent de bonne heure (dès les premières semaines), qu'elles disparaissent d'elles-mêmes avec la mort du fœtus, retenu in utero, démontre que la compression ne saurait jouer un rôle actif dans leur genèse.
2° Tension artérielle. — Queirel, en 1908, admit que la tension artérielle pouvait être indifféremment augmentée ou abaissée pendant la gestation : mais qu'à l'état normal, dans la plupart des cas, elle commençait à baisser à partir du septième mois, pour atteindre son minimum à l'époque du terme. L'hypotension constatée dès le début de la gestation devrait faire craindre les vomissements incoercibles ; l'hypertension de la fin de la grossesse annoncerait l'éclampsie prochaine. Dans les dernières semaines de la gestation, l'hypotension est
de règle, d'après cet auteur, dans la gémellité, l'hydramnios, le gros œuf, le décollement du placenta, etc.
Bogdanowicz, contrairement à Queirel, admet comme normale l'augmentation de la tension sanguine à la fin de la gestation et surtout pendant le travail. L'activité cardiaque serait plus grande chez les multipares. Il existerait enfin un rapport entre la tension sanguine et le poids des enfants ; l'augmentation de l'un entraînant l'élévation de l'autre.
Si on estime comme s'élevant à 115-140 millimètres la tension artérielle chez la femme non gravide, cette tension s'élèverait de 2 millimètres en moyenne à la fin de la gestation. Pendant le travail, l'augmentation atteindrait 3 à 6 millimètres, puis s'abaisserait de 5 à 8 millimètres dans les trois premiers jours du post partum, pour s'élever à nouveau, pendant cinq à dix jours, et redescendre à la normale insensiblement. L'hypertension du travail serait due à l'ischiémi, utérine et à la contraction musculaire ; l'hypotension du post partum s'expliquerait par la rétraction utérine. L'hémorragie amènerait une chute rapide de la tension ; l'allaitement la maintiendrait plus longtemps élevée.
De l'avis de tous les auteurs modernes : Lebedef, Parajalow, Vejas, Vinay, Chapon, Queirel et Raynaud, Fellner, Bouchard et Balthazard, et surtout Nobécourt, Vaquez, la tension artérielle n'est modifiée ni ante partum, ni post partum ; elle est élevée seulement pendant le travail et a dès lors la valeur d'une hypertension d'effort.
Comme l'ont fait voir Bar et Daunay, la tension sanguine de la femme enceinte est en partie régie par les échanges chlorurés. Toute rétention chlorurée sollicite, chez l'individu qui en est porteur, un effort cardio-vasculaire compensateur, ayant pour but de débarrasser l'organisme des chlorures en excès. Il en résulte que :
«) Dans la grossesse normale, la femme qui reçoit un régime où les chlorures ne sont pas en excès, et dont les reins sont suffisants, a certainement une tension normale ;
(3) Celles chez qui un effort est nécessaire pour que les reins excrètent le chlorure de sodium qui tend à s'accumuler dans l'organisme, peuvent présenter à certains moments une tension plus élevée.
Contrairement à ce que croyait Jorisenne, l'invariabilité de fréquence du pouls dans l'attitude debout et dans l'attitude couchée ne peut être considérée comme un signe spécial à la grossesse (Frey, P. Longe).
4° Appareil respiratoire. — On divise les modifications de l'appareil respiratoire en mécaniques et chimiques.
a. Modifications mécaniques. — 1° Muqueuse nasale. — Mahu, à l'instigation de P. Bar, a observé de quelle façon se comportait la muqueuse pituitaire au cours de la grossesse et du travail. Il n'a rien pu déduire de probant de ses examens répétés ; une seule fois, il a observé de l'anosmie. Au point de vue thérapeutique, il lui a semblé que l'instillation de chlorhydrate de cocaïne au niveau de la muqueuse pituitaire atténuait les douleurs du travail, comme on l'avait dit déjà, mais ralentissait en même temps la marche de ces dernières.