PRINCIPES DE L"lIVDROTnÉRAPIE
conséquence de la nature des aliments, et cet acide, de même que liirée, comme un produit terminal des transformations organiques des albuminoïdes; actuellement, la théorie de la formation de l'acide urique aux dépens des bases nucléiques est généralement admise. Chez ie premier sujet de Strasser, la quantité absolue dacide urique augmentait, de 30.6 pour cent pendant la période des bains; et, en moyenne de 20 pour cent; le jour qui suivait cette période une augmentation de 6,8 pour cent persistait encore.
Chez le second sujet, rexrr(Hion d'acide urique était accrue dans des proportions considérables, sans qu'aucun chaugement se produisît dans le rapport de cet élément avec l'azote total. L'augmentation absolue pendant la période des bains était de 27, o pour cent; l'augmentation moyenne était de 19,1 pour cent; dans les jours qui suivaient, elle tombait à 11 pour cent. Le rapport de la quantité dacide urique à la quantité d'azote total excrétée restait à peu près invariable à toutes les périodes; les excitants employés produisaient donc des elTets constamment parallèles sur les diverses excrétions urinaires, et, par conséquent, amenaient une réaction toujours identique.
Suivant Horbaczewski, nous devons regarder l'acide urique comme un produit direct de la désintégration des globules blancs du sang. 11 est facile, dans ce cas, d'expliquer l'augmentation de l'excrétion d'acide urique qui résulte des excitations périphériques dues aux applications froides: il suffit d'invoquer la destruction de globules blancs, qui doit suivre la leucocytose abondante déterminée par celle.s-ci (phénomène observé dans des centaines de cas).
Ac de phosphorique. — Cet élément de l'urine provient principalement des aliments, dans les conditions habituelles. L'organisme humain conserve facilement l'équilibre de ses éléments phosphores, lorsqu'il reçoit un apport régulier de phosphore.
Le rapport entre la quantité de P- 0-^ et la quantité d'azote total excrétées peut nous fournir quelques indications sur le processus physiologique de la digestion, et sur les phénomènes de destruction de certaines albuminoïdes organiques. Chez les deux sujets de Strasser, on note, d'une part, une augmentation considérable, tant absolue que relative, de l'acide phosphorique excrété pendant la période des bains, et, d'autre part, une élévation imprévue de la proportion de P-0^ par rapport à
ACTION DE l'eau OANS l'ÉTAT DE SANTÉ 103
l'azote total. Chez le premier sujet, l'augmentation raaxima de P^O^ survint le premierjour de la période des bains, atteignant environ 44 p. 100 fun g-ramme) ; l'augmentation moyenne fut de 33,3 p. lUO; elle resta égale à 13,5 p. 100 après la cessation des bains. Chez le second sujet, l'augmentation maxima se produisit le second jour, s'élevant à 26,3 p. 100; l'augmentation moyenne, pendant la période des bains, fut de 23,8 p. 100; après cette période l'augmentation atteignit encore 14,4 p. 100.
Strasser prétend que l'augmentation relative de l'excrétion de P-O"', à la suite des ^opérations hydriatriques est due à l'augmentation de la destruction des composés phosphores de l'organisme; il considère les globules sanguins, qui sont riches en nucléine et en lécitliine, comme la source de l'excès phosphorique; en d'autres termes, c'est la désintégration des globules sanguins qui fournit P^O^.
D'après les recherches de Winternilz et d'autres auteurs, on peutaffirmer avec assurance que les excitations thermiques, en particulier le froid, agissant sur les nerfs périphériques, amènent une augmentation du nombre des globules sanguins, qu'ils viennent du foie ou d'ailleurs; les produits de désintégration des globules sanguins se trouvent donc en plus grande abondance dans l'organisme à la suite des applications thermiques. L'acide urique et l'acide phosphorique peuvent provenir de la nucléine des leucocytes; la lécithine des globules rouges peut, en outre, fournir de l'acide phosphorique. Ainsi s'expliquerait ce fait que l'augmentation de l'acide phosphorique est relativement plus marquée que celle de l'acide urique : celui-ci n'est livré que par les leucocytes, dont le nombre n'est pas très considérable, tandis que celui-là dérive des deux espèces de globules sanguins.
Il peut se faire, en outre, que les globules rouges soient détruits directement, même dans l'appareil circulatoire, de même qu'ils se détruisent sous l'influence du froid dans l'hémoglobinurie paroxystique, comme l'ont démontré de nombreuses recherches, et comme l'admettent tous les auteurs.
Dans ses dernières expériences, Slrnsser a constaté que la destruction des tissus ne fournit qu'une faible partie de l'acide phosphorique en excès. Ces expériences ont démontré que l'augmentation de l'absorption du phosphore alimentaire est pour une grande part dans l'augmentation de l'acide phosphorique excrété; les éléments cellulaires n'y sont représentés
que par une quantité minime (en moyenne 0,018 gr.V Slrasser, poussant plus loin cette étude, a trouvé que l'augmentation de Tacide phosphorique consiste entièrement en une augmentation des phosphates alcalins; fait remarquable : la quantité desphosphates terreux excrétés ne change pas pendant la période des bains. Il est donc établi que les opérations hydriatriques activent l'absorption des substances phosphorées. Le fait que cette augmentation de l'absorption se limite aux phosphates alcalins ne vient pas à l'encontre de la première constatation.il est, au contraire, d'un grand intérêt, car il indique l'origine du petit excès de phosphore excrété qui ne semble pas balancé par la diminution de la quantité de phosphore contenue dans les fèces. Comme la totalité du phosphore urinaire en excès consiste en phosphates alcalins, la part qui provient de l'organisme n'est pas empruntée au tissu osseux; mais elle a son origine dans les globules sanguins détruits, ainsi que l'établissaient les premières expériences de Strasser.
Ammoniaque. — Cet élâment de l'urine est un produit de transformation des albumines organiques. Les expériences de Strasser ont permis de constater une augmentation absolue aussi bien que relative de l'excrétion de l'ammoniaque : mais l'augmentation relative, qui est très significative, était, surtout chez le second sujet, bien inférieure à ce qu'on pouvait espérer la trouver du fait de la suractivité généfale des échanges organiques, particulièrement des échanges phosphores.
L'augmentation absolue de l'ammoniaque est, en vérité, considérable, s'élevant chez le premier sujet, pendant la période des bains, à 3:2, o pour cent, la moyenne étant de -42 pour cent ; chez le second sujet, Taugmentation maxima était de 42 pour cent, la moyenne de 36 pour cent. Pendant la période consécutive aux bains, la quantité d'ammoniaque baissait si rapidement, chez le premier, qu'elle se trouvait inférieure de 33 pour cent à ce qu'elle était avant le bain ; chez le second, elle demeurait plus élevée de 30 pour cent.
Strasser s'attendait à une excrétion ammoniacale plus considérable après les opérations thermiques, parce que l'augmentation de la destruction de l'albumine entraîne une production plus abondante d'acides organiques, dont la neutralisation exige de l'ammoniaque. Les seuls acides qui contribuent à entretenir l'acidité de l'organisme sont, on le sait, ceux qui ne sont pas réduits en acide carbonique et en eau. On j^eut donc
ACTION DE l'eau DANS l'ÉTAT DE SANTÉ 105
admettre légitimement que le développement considérable des oxydations organiques sous l'action des opérations thermiques amène la combustion des acides organiques qui, dès lors, ne peuvent prendre part à l'entretien de l'acidité organique.
Dans la seconde série d'expériences, Strasser (1) a trouvé une confirmation absolue de cette manière de voir. On ne peut, dit-il, écarter cette idée que les opérations hydriatriques froides déterminent le départ, ou au moins la destruction, des éléments acides de l'organisme. Comme les acides minéraux ne sont pas diminués, mais augmentent même, seuls les acides organiques peuvent être détruits ; ce qui semble d'ailleurs tout à fait plausible à cause de l'impulsion énergique que donnent aux phénomènes d'oxydation les opérations hydriatriques.
Schilling (2) a constaté une augmentation manifeste de l'excrétion de l'ammoniaque, mais il l'attribue à la formation de substances acides.
Matières extractives. — Sous cette dénomination, Slrasse a enregistré un certain nombre d'éléments contenant de l'azote (créatine, xanthine, etc.), qui représentent, à l'état normal, un septième ou un huitième de 1 azote total.
La quantité de ces matières extractives baissait de 1.5 pour cent après la période des bains; ce qui indiquait que la plus grande partie de l'azote était employée à la constitution des produits terminaux normaux des échanges organiques, une petite partie seulement restant disponible pour constituer les matières extractives.
Strasser conclut de ses excellentes observations que les effets de l'hydrothérapie sur les échanges organiques s'expliquent par l'influence des procédés de celle-ci sur Vact'ivité des fonctions de l'organisme. 'Vinaj et Vietti (3), d'expériences soigneusement conduites et dont ce dernier était le sujet, concluent que le cours des échanges organiques est nettement modifié les jours où l'organisme est soumis aux opérations hydriatriques (bain compléta 3o'»-10'' G. le matin, douche en pluie à
(1) Loc. cil.
(2) Dent. Archiv Med., LXXXIV, p. 311, 1905.
(3) Hydrotlierapie und Stoffweclisel, par les D" G. T. Yixaj et S. Vietti, Bldtter f. klin. Hydrothérapie, 1903, pp. 5 et suive
106 PRI.NCIl'ES DE l'hydrothérapie
10° C. et douche en éventail le soir). Une augmentation sensible des dérivés de l'albumine mettait en évidence les modifications des échanges organiques : augmentation absolue et relative de l'urée et de l'azote total, accompagnée d'une augmentation des phosphates, des chlorures et des composés ammoniacaux. La diurèse devenait plus abondante, et la réaction de l'urine présentait de légères alternatives.
Ziegelholts (1) nous offre, en vue d'expliquer l'effet de? opérations hydriatriques froides sur les oxydations cellulaires, les expériences suivantes. « Si l'on place une baignoire remplie de cent litres d'eau à 18° R. (22, S" C.), dans une chambre à 15° R. (18. 7*^ C), durant dix minutes, l'eau s'abaisse pendant ce temps de deux dixièmes de degré R. (^0,25 de degré C). Si Ton maintient un adulte pesant soixante-douze kilogrammes et ayant une température buccale de 36,7° C, pendant dix minutes, dans une autre baignoire à 18" R. (22,5° C. ), la température de celle-ci s'élève de 0,9» R. (1,125° C.) ; c'est-à-dire que les cent litres d'eau se sont élevés de près de un degré et quart de centigrade aux dépens de l'individu qui est resté tranquillement étendu dans la baignoire. Pour élever de un degré et quart C. la température de cent litres d'eau, il faut 125 calories. Le sujet baigné à donc fourni à l'eau, en dix minutes, 125 calories sans subir aucune réduction de sa température. Au contraire, le thermomètre indique chez lui une élévation brusque de 0, 2'^ C.,aumoment où il estplacé dans l'eau froide, et sa température conserve le même niveau tout le temps qu'il reste dans le bain.
L'auteur a obtenu des résultats semblables à la Clinique Yandeibilt, avec le concours des D" Shrady, Wittson et Cleg- .lîorn. On place pendant dix minutes un homme ayant une température normale dans une baignoire qui contient 273 litres d'eau à la température de la chambre (73° F. ou 22, 8«> C.) et oij il reste immobile. Après le bain, la température du sujet est plus élevée de 0,1° F. (O.Ooo'^C); la température de l'eau a monté de 2,3° F. (1, 3'' C). Il est donc établi que, pendant un bain d'une durée de dix minutes, 273 litres d'eau gagnent l,3o C., et par conséquent que le sujet émet 335 calories pendant cette période.
Les observations de lîubner et Ignatowski (2) ont donné les
(1) Deutsche Mcdtzinal Zeilunq, 53, 1891.
(2) Archiv f. Ihigiene, l!IO3-i'J04.
ACTION LIE l'eau DANS l'kI'AT UE SANTÉ 107
mêmes résultats chez l'homme. Elles montrent d'abord une augmentaLion de la production de calorique, aussi bien après le bain froid qu'après le bain chaud, et les efl'ets secondaires qui manifestent clairement la suractivité cellulaire et l'importance des échanges organiques.
On apprécie davantage la signification de cette perte de calories, quand on remarrjue qu'elle représente une part considérable du nombre total des calories produites par l'organisme normal en vingt-quatre heures. Les expériences de Frankland et Rubner prouvent qu'un gramme d'albumine fournit environ 4 calories ; 125 calories correspondent par conséquent à 30 grammes d'albumine.
De ce fait, le développement des échanges organiques qui résulte d'un bain assez tempéré nous paraît énorme. Des bains plus actifs, comme on en donne habituellement quand on demande aux opérations hydriatriques une augmentation du métabolisme organique, doivent assurer ce résultat : il en est ainsi d'après l'expérience personnelle de l'auteur.
Linser et Schmidt (i) ont fait des recherches sur des malades atteints d'ichthyose qui transpiraient très peu, ou ne transpiraient pas du tout, et qui, par conséquent, devaient manifester facilement toute élévation de leur température rectale. Ces auteurs ont constaté que la destruction des albumines organiques ne subit qu'une augmentation faible ou nulle au-dessous de 39° C, mais qu'elle s'accentue régulièrement quand la température du corps atteint et dépasse 40" G. Ils concluent que, dans les fièvres qui ne dépassent pas 40° C, la destruction des albumines augmente exclusivement par le fait de l'infection. Si l'on ajoute des hydrates de carbone au régime alimentaire dans l'hyperthermie provoquée artificiellement, on limite la destruction des albumines, mais pas dans la même mesure que dans les conditions normales de température. Sous l'action des bains chauds, qui déterminent une hyperthermie chez l'homme, la respiration s'accélère toujours et l'inspiration devient plus profonde. La quantité d'oxygène absorbée augmente sensiblement, parfois de 100 pour cent, et l'élimination de CO"^ peut augmenter de 40 pour cent avec des bains au-dessus de 104° F. (40° C).
On possède donc la démonstration mathématique de la puis-
(1) Teber den Stotfweclisel bel Hypertheiniiie, Deutsch. Archiv f. klin. MecL, 190o, Bd. 19.
108 PRiNcn>Es DE l'iiydrotuérapie
sance des moyens thérapeutiques que le médecin tient de la méthode hydriatrique. Cette méthode, bien appliquée, peut donner des résultats supérieurs à ceux qu'on obtient de tous les autres agents thérapeutiques connus.
Action des opérations hydriatriques sur la température.
Les physiologistes sont d'accord pour affirmer que la température d'une région ou d'un organe vivant dépend de l'aftlux du sang artériel qui circule dans ses tissus; le sang veineux revenant d'un organe en suractivité fonctionnelle est pluschaud que le sang artériel qui lui arrive : ce fait seul montre avec une suffisante netteté que la circulation artérielle joue un rôle important dans l'équilibre de la température du corps. Tous les échanges organiques, loute l'activité fonctionnelle sont en raison directe de la quantité de sang artériel circulant dans un organe donné; ils dépendent, par conséquent, du fonctionnement des vaisseaux par le moyen desquels les éléments d'excrétion et de sécrétion sont amenés à l'organe ou lui sont soustraits. La chaleur accumulée dans les organes est absorbée par le courant sanguin qui les traverse. Le courant artériel atténue donc, dans une certaine mesure, les variations de température. L'action des opérations hydriatriques sur la circulation, la respiration et les échanges organiques a été exposée longuement ci-dessus. 11 nous reste maintenant à montrer de quelle façon nous pouvons réduire ou élever la température de l'homme en utilisant les ressources de cette action. Dès les premiers temps de l'observation médicale, on a reconnu la valeur des bains de diverses sortes employés à cet efTet. Et même, cette idée, que Vabnissement de lu température est la principale, sinon la seule conséquence du bain, s'est enracinée si fortement dans Vesprit des médecins quil est très difficile de l'en arracher aujourd'hui, alors que nous sommes arrivés à prouver que cet abaissement est seulement un des effets utiles du bain.
On a montré (la peau, organe de régulation de la chaleur, page 27) qu'il n'existe aucune preuve établissant que l'action des excitations thermiques périphériques parvient aux centres thermogènes. Mais les faits abondent, qui démontrent que cette action s'exerce directement sur cet agent capital de la régulation de la chaleur : la circulation cutanée périphérique; cet agent se trouve secondé, quand on emploie les opérations froi-
ACTION DE l'eau DANS l'ÉïAT DE SANïÉ 109'
des, par la production de calorique dans les muscles, qui subissent une contraction involontaire plus ou moins grande; cette contraction apparaît dans le frisson produit par les températures désagréablement froides, contre lesquelles l'organisme se défend de cette fa'jon. La réaction de l'organisme dans le cas présent est donc double.
J'ai rappelé ce fait bien connu dans les sciences physiques, que deux corps de température dilTérente entrant en contact tendent à prendre une température égale. Mais cette loi concerne les corps inanimés et n'est applicable à l'organisme vivant que dans une certaine mesure; car celui-ci est doué de facultés compensatrices, qui le rendent capable de s'opposer aux empiétements dangereux des agents thermiques extérieurs, et dont on a parlé longuement au chapitre de la régulation de la ctialeur.
En utilisant ces facultés compensatrices, nous pouvons exercer, comme on le verra, une inlluence puissante sur la température du corps dans les états pathologiques, où le bien-être et la santé du malade sont compromis par la persistance des températures élevées; nous pouvons également augmenter les échanges organiques et les processus d'élimination, en élevant la température du corps pendant un temps plus ou moins long, effet qu'aucun agent médicamenteux n'est susceptible de produire.
La température d'une région de la surface du corps peut être réduite ou élevée si on la met en contact avec des milieux de température différente, jusqu'à ce que survienne la mortification des tissus par gelure ou brûlure; les parties profondes sont protégées contre une destruction plus avancée par la présence de l'escarre. En outre, les températures dont les effets pourraient amener la destruction des tissus sont arrêtées, jusqu'à un certain point, dans leur pénétration vers les couches profondes, par la suractivité de la circulation dans les muscles de la région atteinte, qui augmente leur vitalité et leur résistance. Le tissu musculaire, comme on le sait, est mauvais conducteur, et les contractions toniques des muscles amenées par l'application du froid tendent à créer du calorique. D'ailleurs, nous avons déjà insisté sur ces points.
Ainsi donc, puisque les parties externes du corps sont bien défendues contre l'atteinte directe des agents thermiques dangereux, les moyens que nous offrent les opérations hydriatriques pour abaisser ou élever la température du corps sont
110 PRINCIPES DE l'uYI>R0T11ÉRAP1E
très réduits dans l'état de santé; toutefois, dans les états pathologiques, leur action est l»lus marquée. On ne peut obtenir des modilications de la température que pour des périodes relativement courtes; l'emploi de Teau comme aniithermique est donc loin déposséder la valeur des autres elle ts hydriatriques dans les états fébriles.
Il est bon d'acquérir de bonne heure, par la pratique, cette importante notion. Car, l'opinion erronée, d'après laquelle les bains froids abaisseraient le température par l'elTet direct du froid, est encore fixée si profondément dans l'esprit de tant d'hommesbieu renseignés par ailleurs qu'on la regarde comme un axiome. Cela fait qu'on a donné du mode d'action du bain froid dans les lièvres une interprétation défectueuse, qui a été un sérieux obstacle à la vulgarisation de ce procédé sauveur. La vérité est que, plus le bain est froid, moins efficace est son pouvoir de réduire la température interne. Les températures prisesdansla bouche et dans Faisselle sont trompeuses. Des erreurs se sont glissées dans l'estimation de leflet des bains froids sur l'abaissement delà température, pour cette raison que celle-ci était prise dans l'aisselle, comme ce semble être encore la coutume dans quelques régions de l'Allemagne, ou dans la bt)uche, comme cela se fait surtout, par commodité, aux Etats-Unis. Si l'on tient un thermomètre, pendant un temps suffisamment long, dans la bouche, l'aisselle et le rectum, les températures enregistrées simultanément seront presque exactement semblables. L'écart est en rapport inverse de l'élévation de la température au-dessus de la normale, f^lus la température du corps dépasse la normale, plus les trois notations sont égales. Dans les lièvres toutes trois seront enregistrées avec la même précision au bout de dix minutes, la température la plus haute exigeant le temps le plus court. Mais, après un bain froid, comme la peau est de toutes les parties du corps la première et la plus exposée à se refroidir, la température axillaire est absolument infidèle, et la température buccale ne correspond pas à la température rectale, lej thermomètre restant en place le même temps (cinq à dix minutes), comme avant le bain (1).
(1) Lauteur a eu l'occasion de démontrer ces faits aux savants médecins de deux des plus grands hôpitaux de rAliemogne.
L'n typliicjue prenait trois fois par jour des hains a SS^C. avec affusions à 26*C., lorsque sa température axillaire dépassait 3U»C. et sa température baissait de un degré. On prit, à ma demande, avant le bain, sa
ACTION DE l'eau DANS l'kTAT DE SANTÉ 111
J'ai souvent vu la température buccale 'après un bain de quinze minutes à 6;)0 F. (18, 3''C.) dans la fièvre typhoïde, tomber <à 99o F. (37, 2'^ C), quand la température rectale était plus élevée de 2'^ (1,1° C), bien qu'on eût pris l'une et l'autre avec soin pendant cinq minutes.
On n'avait jamais relaté ce fait avant l'apparition de mon livre sur « The Uses of Water in Medicine ». C'est pourtant un fait clinique qui n'admet aucun doute. Je dois en parler ici avec insistance, comme je le ferai également ailleurs, pour détruire ce. préjugé déraisonnaMe que l'on a contre le bain froid et qui a pour origine cette idée que l'effet antithermique du bain est d'autant plus marqué que sa température est plus basse. En réalité, comme l'a montré Liebermeisler (1), pendant que s'opère une soustraction exceptionnelle de calorique empruntée à la surface extérieure du corps, si l'intensité de cette soustraction ne dépasse pas certaines limites, latempératureinterne ne baisse pas, mais même s'élève un peu. Aubert, Corette, et d'autres auteurs, cités par Hayem dans ses Leçons de Thérapeutique, confirment cette observation.
Ignatowski (2) a démontré clairement, au moyen d'un calorimètre perfectionné, qui était pourvu d'un anémomètre afin de donner la mesure exacte de la chaleur rayonnée, et d'un hygromètre pour déterminer la quantité de sueur évaporée, que des bains, même tels qu'ils sont donnés dans la pratique au point de vue de la température et de la durée, produisent un efi'et identique.
La production de calorique augmente, l'évaporation diminue
température dans le rectum, la bouche et l'aisselle et Ton trouva |iartout 39" C., le thermomètre étant resté en place dix minutes. Après le bain (33° G. pendant 6 minutes, sans friction), la température axillaire était de 38oC., la température buccale de •38,4"'; et la température rectale de 39» C. ; cette dernière n'avait donc pas changé, comme je l'avais annoncé pour un bain d'aussi courte durée. Dans l'autre hôpital, le malade avait, avant le bain, une température axillaire de 40,20 0., une température rectale de 40,4°; après un bain de 33", avec trois allusions à â.i" et quelques frictions, l'aisselle donnait 39°, le rectum 39,7°, le thermomètre restant en place quinze minutes, c'est-à-dire, jusqu'à ce que j'eusse affirmé que, dans une demi-heure au plus, la température externe serait totalement rétablie du fait de la réaction. La perte de temps prise par la mesure axillaire de la température et la fausseté de ses indications après le bain froid sont de sérieuses objections contre cette façon d'opérer.
(1) Handbuch der Pathologie und Thérapie des Fiebers, p. 102.
(2) Archiv f. Hijg., 1904, 51.
112 PRINCIPES DE L HYDROTHERAPIE
et cela peut continuer pendant deux heures à moins que la réaction ne s'établisse. Lorsque celle-ci survient, comme c'est le cas habituel, il se produit toujours une légère élévation de la température rectale.
L'action la plus importante que les agents thermiques en applications externes aient sur la température lient à l'intluence très étendue qu'ils exercent sur la circulation cutanée. Les recherches de plusieurs physiologistes ont établi que, si l'on chauffe modérément une certaine région de la peau, la tempéi-ature des parties voisines s'abaisse, et que, si l'on refroidit modérément une surface cutanée, les parties environnantes présentent une température proportionnellement plus élevée. On peut rattacher cet effet <à l'ischémie collatérale produite par l'afflux du sang à la surface chauffée dans le premier cas, et par le retrait du sang de la périphérie aux couches profondes, quand il s'agit d'une opération froide.
Fleury, qui a tant fait en France pour expliquer les opérations hydriatriques d'après les données de la physiologie, est arrivé, après des expériences consciencieuses, aux conclusions suivantes : l'immersion du corps dans de l'eau froide (de 9° à 1-4° C.) pendant 30 minutes, abaisse la température de la surface, tandis que la température interne n'est aucunement modifiée. Plus l'application est courte, plus le refroidissement est considérable ; plus la température ambiante est élevée, plus la réaction se produit rapidement et complètement. La réaction, qui entraine le rétablissement et même une élévation delà température antérieure, dépend delà conduite du malade à la suite des applications : elle est plus rapide et plus complète après des exercices musculaires actifs et passifs, surtout s'ils sont faits dans une atmosphère plus chaude.
Ces simples faits ont été maintes et maintes fois vérifiés par de nombreux auteurs dont la compétence fait autoi'ité; ils peuvent^ s'ils sont bien compris, donner une idée exacte de beaucoup de constatations qui semblent paradoxales dans la pratique In/dria- Irique.
Dans l'état de santé, l'action des applications hydriatriques sur la température du corps est presque nulle ; car les facultés compensatrices, dont nous avons parlé, veillent constamment au maintien de l'équilibre normal.
Tandis que la circulation et la respiration sont rapidement impressionnées chez un sujet sain par l'excitation thermique
ACTIO.V DE l'eau DANS l'ÉTAT OE SANTÉ 113
et mécanique, que les applications d'eau apportent à la surface cutanée, la température interne ne répond à cette excitation que dans une très faible mesure.
L'influence des opérations hydriatriques froides sur la température n'est donc très sensible, dans l'état de santé, que s'il s'agit de la surface du corps. Dans la maladie même, cet effet est subordonné aux conditions pathologiques particulières qui donnent lieu à l'élévation de température. On montrera, par exemple, que l'observation clinique a constaté une résistance considérable des températures élevées aux procédés hydriatriques dans les premiers Jours de la fièvre typhoïde. Il est rare,, si cela arrive, qu'un bain froid abaisse la température de plus de deux degrés (1,1°C.) dans la première semaine de cette maladie, tandis que, dans la pneumonie, un bain froid même modéré (80" h 80" F., soit 29,-4° à !26,6» G.) peut abaisser la température de 2° à 4° F. (1,1" à 2, 2° G.).
11 est bon, par conséquent, d'être averti dès le début que V opinion si longlemps prévalentc, d'après laquelle les opérations froides doivent leur princApale efficacité au pouvoir qu'elles ont d'abaisser la température, est une erreur.
L'effet des applications chaudes faites sur la surface cutanée est plus prononcée. Les recherches de Liebermeister {i), Baelz<2), Topp (3), Mosler (4) et H. Winternitz (5) confirment ce que nous avons dit de l'élévation marquée de la températun' interne du corps sous l'influence des bains très chauds prolongés, qui limitent l'émission du calorique. Aucune réaction caractéristique ne se produit pour augmenter la production de chaleur. Au contraire, tous les etîorts de l'organisme ont pour but de rétablir l'équilibre, comme pendant la durée des applications froides.
L'élévation de la température interne est donc presque entièrement due au contact de la peau avec le milieu chaulTé, et à l'impossibilité oîi se trouve celle-là de perdre du calorique par rayonnement et par conduction. Pendant le bain d'air chaud, qui met une légère entrave au rayonnement du calorique et à la déperdition de chaleur que cause la transpiration, la tem-
(1) Handbuch der Patli. und Thérapie des Fiebers, Leipzig, 1875.
(2) Baelz : Verhandi. des XIII Congress f. innere Medicin, Wiesbaden
(3) Topp : Therap. Monaishefte, 1894.
(4} Mosler : Virchow's Arc/iiv, Bd., 14. (5) H. Winternitz : toc. cit.
Baruch. — Hydrothérapie. 8
114 " PRINCIPES DE l'hydrothérapie
pérature. interne s'élève, comme nous l'avons observé dans des centaines de cas^ de un demi à trois degrés Falireinheit (0,25° à 1,6° C).
Les expériences d'Ignatowski ont confirmé ce fait et ont fourni en outre quelques données exactes au sujet de la thermogénèse, de l'absorption et de l'émission du calorique et du rôle important de levaporation de la sueur après les opérations hydriatriques. Quoique ces données ne soient pas toujours uniformes, elles le sont cependant suffisamment pour mériter l'attention. Nous citerons une expérience à titre d'exemple. F... est placé dans une baignoire-calorimètre remplie d'eau à .'ÎO^C pendant quinze minutes. L'eau du bain fournit au sujet iuj calories ; le poids, qui était avant le bain de 53, 5 kilogrammes, est après de bain de o3, 2 ; la température axillaire gagne 0, 3"G. ; la température de l'organisme s'est élevée de 0,7° C, c'est-à-dire que celui-ci a absorbé 37,32 calories. Le même sujet étant place dans un bain à 42,5° C, absorbe 98,25 calories; la température axillaire s'élève de l.ll^C, cequiéqaivaut à 61, 451 calories ; il s'est donc produit une perte de 50 pour cent du fait de l'évaporation de la sueur.
Si les l)ains très chauds activent la thermogénèse, ils sont loin de le faire dans la même mesure que les opérations froides ; la thermogénèse augmente sous l'influence des premiers dans la proportion de 30 pour cent, et dans les derniers dans la proportion de 1300 pour cent.
Il est évident que l'émission de chaleur augmente immédiatement après la cessation des procédés chauds, et que l'augmentation est en rapport avec le degré de réchauflement antérieur. La perte de vapeur d'eau s'accroît manifestement (parfois elle double ou triple) ; elle représente la cause de l'augmentation que l'on constate dans l'émission de calorique ; la déperdition de chaleur produite par rayonnement ou conduction, toutefois, reste pratiquement la même. La température, qui s'est élevée dans une première période, tombe ensuite, d'abord rapidement, puis progressivement dans l'espace de deux heures environ ; on remarque alors une élévation secondaire, que précède parfois un abaissement de la température au-dessous du point qu'elle atteignait avant le bain. La différence habituelle qui existe entre la température axillaire et la température rectale (0,5° C.) s'accentue aussitôt après le bain chaud en raison de l'absorption de calorique par la peau. La thermogénèse se ralentit quelquefois immédiatement après le
ACTION DE l'eau DANS l'ÉTAT DE SANTÉ 11^
bain; plus fréquemment elle s'élève. Un échauffement modéré du corps amène toujours une suractivité de la thermogénèse, qui constamment reste encore plus élevée au bout d'une heure ou deux quelle ne Tétajt avant le bain.
Ces observations démontrent que, si les applications d'eau chaude, comme celles d>au froide, amènent dans l'organisme des modifications nettes de la production et de l'émission du calorique, modifications que nous trouverons susceptibles d'un emploi thérapeutique utile dans la partie clinique de cet ouvrage, les actions compensatrices de l'économie rétablissent l'équilibre de la température si complètement chez l'individu sain, que l'effet terminal est négatif en ce qui concerne l'élévation de la température; oh a vu qu'il en est exactement de même quand on fait usage des opérations froides.