‹ La pratique de l'hydrothérapieChapitre 12 sur 105 · LA RÉACTION · texte numérisé non relu

LA RÉACTION

connaissance de ce fait quand on ranime une femme évanouie, et quand, dans les maladies chroniques, on élève la température cutanée au moyen de bains d'air chaud, afin d'établir une diflérence plus grande entre la température de la peau et celle de l'eau qui sera employée.

Ce fait physiologique, que confirme l'observation clinique, nous permet de formuler la loi hydrothérapique suivante : L'intensité, de Veffetobtenu est proportionnelle à la différence qui existe entre la température de l'eau et celle delà peau.

b) Le siège et l'étendue de la région traitée exerce une influence sur la réaction générale, non seulement en clinique, mais aussi dans les expériences physiologiques. Goldscheider a confirmé expérimentalement ce que Charcot et d'autres auteurs avaient depuis longtemps déterminé par la clinique ; à savoir, que certaines régions du corps possèdent à l'égard du froid ime sensibilité plus fine que d'autres; tandis que le dos présente une susceptibilité très grande au froid, les parties voisines de la région spinale sont manifestement moins sensibles (douches de Charcot). En outre, les régions de la surface cutanée qui ont un appareil vasculaire plus développé réagissent mieux au froid.

L'étendue du point d'application est nécessairement un facteur important delà réaction consécutive. Ce fait apparaît dans la différence qu'un individu sain constate entre l'effet rafraîchissant d'une ablution froide faite le matin sur la face, et l'effet d'une immersion dans une baignoire -d'eau froide. Le médecin tient compte de ce même fait quand il asperge le nouveau-né asphyxié avec de l'eau froide dans les cas bénins, tandis qu'il le plonge tout entier dans l'eau froide quand l'état est plus grave, afin d'augmenter l'excitation thermique et par conséquent la réaction qui met en mouvement les rouages de la vie.

c) L'étude de l'action physiologique du froid sur la peau démontre que la durée des opérations froides joue un rôle important dans l'établissement de la réaction. Une application prolongée de froid intense (sac à glace ou tube spiral réfrigérant) chasse d'abord le sang des artérioles,et, si elle est maintenue, elle les rétrécit au point d'empêcher tout apport de sang artériel (vermeil) aux vaisseaux de la surface. 11 en résulte une teinte cyanotique, qui indique la paresse et la faiblesse de la circulation locale. Une application fugitive de glace, au contraire (comme dans la friction à la glace de Hare) laisse

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la peau rouge vif el succulente. Plongeons une main dans de l'eau à 40oF. (4,4"C.) pendant une seconde et immergeons l'autre dans la même eau pendant une minute ou plus; quand on retire la première la réaction se produit, les ongles deviennent roses, etc., tandis que la seconde reste glacée, ses ongles prennent une coloration cyanotique et la réaction s'y établit avec une lenteur en rapport avec la durée de l'immersion. Il est bon <le se rappeler ce fait lorsqu'on commence un traitement, c'est-à-dire, lorsqu'on n'a pas encore déterminé la réaction du malade. Dans certains cas de fièvres et dans d'autres états astliéniques, une ablution rapide à 70°F. (^1,1°C.) peut rendre service, alors qu'un bain complet à 70"F (21, 1» C), selon la méthode de Brand, causerait un irréparable dommage ; une afîusion ou une immersion froides seront de très grand prix, à cause de leur brièveté, tandis qu'un bain de température égale serait nuisible.

d) L'adjonction d'une excitation mécanique ou chimique peut aider la réaction, et l'omission de ces adjuvants peut compromettre celle-ci. Aussi longtemps qu'on considérera le bain froid comme un agent réducteur de la température (antipyrétique) et qu'on l'emploiera sans friction (je l'ai vu appliquer de cettefaçon dans deux des plusgrands hôpitaux de l'Allemagne, en octobre 1902), ses effets laisseront des déceptions, car on fera intervenir un froid plus intense en vue d'obtenir un eft'et plus intense, suivant le principe qui règle l'administration des autres agents Ihéi^peuliques. L'erreur qui inspire cette façon de procéder m'arrêtera souvent au cours de ces pages. Combien de vies a-t-elle coûté , et combien en exigera-t-elle encore, on ne saurait l'apprécier! Il est certain que les bains très froids ont perdu l'estime du public parce qu'ils ont été administrés sans adjuvant mécanique, sans friction. L'aveu candide du docteur Bail, rapporté plus loin, peut être cité en exemple. Le frottement de la peau pendant le bain stimule, par excitation mécanique, les terminaisons sensitives aussi bien que les fibres musculaires qui entourent les vaisseaux cutanés: en réponse à cette excitation se manifeste l'hyperémie de la peau. Le refroidissement causé par le bain continu est ainsi neutralisé, et le bain peut être donné plus long et plus froid sans entraîner d'affaiblissement. Dans des cas plus graves, l'addition de sel de Nauheim, imaginée par Mathes. favorise considérablement la réaction. Dans les maladies chroniques, la douche fournit le stimulant de la friction par la percussion,

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le drap mouillé par les frictions manuelles et les tapotements. Mes assistants et toutes les infirmières que j'ai instruites ont appris à considérer comme une règle absolue de ne jamais employer l'eau froide sans friction. Le maillot humide fait exception ; on l'applique seulement aux personnes qui ont été habituées à la réaction par un traitement préalable.

e) L'état physique et psychique du malade exerce une influence plus ou moins grande sur ses facultés réactionnelles. Un malade anémique ou aliaibli d'une façon quelconque doit être traité avec une circonspection plus grande, parce qu'il supporte mal la soustraction de chaleur. D autre part, j'ai vu un homme vigoureux, membre du Stock Exchange, justement à cause de ses occupations, de ses inquiétudes et de ses soucis déprimants, trembler sous une douche en cercle à 90E.(32,2°C.), qu'une femme délicate dans l'état ordinaire de sa santé eût acceptée avec indifférence. C'est un fait bien connu que les sujets intoxiqués par l'alcool ou l'opium réagissent mal, quand ils le font. Nous citons ces brèves observations pour mettre en relief ce principe, que la réaction dépend de l'intégrité des moyens de défense de l'organisme tout entier.

f) La réponse réactionnelle de l'organisme est plus affirmée et plus sûre dans la première période des maladies infectieuses aiguës, qu'elle ne l'est dans la dernière période de celles-ci, alors que le système nerveux central a subi un affaiblissement du fait de la toxémie prolongée et que le cœur, ainsi que la circulation périphérique, ont perdu de leur activité. Par conséquent, il est indispensable d'employer dans la dernière période des applications plus courtes, des températures basses avec des frictions supplémentaires, ou avec addition de l'excitant que constitue CO- produit par des selsdeNauheim dissous dans le bain ; ces procédés sont de grande valeur. Si l'on adaptait les opérations hydriatriques aux facultés réactionnelles du malade, on éviterait de les délaisser, comme on le fait si fréquemment, sous prétexte qu'elles sont inefficaces ou dangereuses. La pratique a également démontré que, dans la typhoïde et les autres fièvres, le malade supporte beaucoup mieux des températures plus basses et des bains plus longs dans les dernières périodes, s'il en a pris dans les premières. Il en est ainsi, évidemment, parce que les premiers bains ont maintenu l'intégrité de l'organisme.

Dans les états chroniques, au contraire, l'organisme estmoins capable de répondre au froid, parce que le malade est affaibli

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depuislongtemps.il faut accentuer sa réaction par un entraînement neuro-vasculaire quotidien, et le traitement doit comi^orter des températures plus basses et des durées plus longues à mesure que la réaction se montre plus active et plus complète. C'est en accordant une attention suftisanteaux faits qui sont exposés brièvement dans ce chapitre, qu'on peut graduer convenablement les opérations froides. Comme il est nécessaire de bien connaître et de posséder parfaitement ces faits, on les rappellera fréquemment et onmettraen relief leur signilication à propos de la technique et des applications thérapeutiques de chaque procédé.

Signe permettant d'apprécier le pouvoir réactionnel des individus. — En terminant, l'auteur désire attirer l'attention sur un signe brut de la façon dont le malade est disposé à réagir, ou à ne pas réagir, sous les applications d'eau froide. Grâce aux facilités que j'ai d'étendre mes observations cliniques à un grand nombre d'individus, j'ai appris que la réponse donnée par la circulation cutanéeàune excitation mécanique indique le pouvoir réaclionnelprobabled'un malade. On passe rapidement, mais avec douceur, la face dorsale de l'ongle de l'index sur l'abdomen, puis on trace en augmentant la pression de l'ongle une seconde ligne parallèle à la première ; on produit ainsi une rougeur plus ou moins marquée de la région de la peau irritée. La rapidité aveclaquelle la ligne rouge se développe après le retrait de l'ongle, et la pression qu'elle a exigée pour se produire, fournissent à un œil exercé une mesure brute, mais très sûre, du pouvoir réactionnel du malade. En recherchant fréquemment ce signe avant chaque opération, on s'habitue rapidement à l'apprécier ; on évite ainsi d'amener trop lentement l'établissement de la réaction, car on augmente graduellement l'intensité du traitement, manière d'agir que l'auteur adopte dans la plupart des cas.

L'auteur a démontré la valeur de ce signe dans la clinique du professeur Winternitz, le 15 mars 1908, au cours d'une leçon du D^ Strasser. Un individurobuste présentant un dermographisme marqué, et pour lequel l'auteur avait annoncé une bonne réaction, fut soumis cà une douche en pluie et en éventail à Kjo C. pendant quinze secondes, bien que ce fût la première qu'il reçut ; sa peau tout entière présenta une rougeur scarlatineuse. Le signe fut l'objet d'une observation attentive de la part des nombreux praticiens qui assistaient à la leçon.

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