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LA FRICTION FROIDE

La friction froide {cold rub), le « kalte Abreibung « des Allemands, s'applique habituellement le matin au sortir du lit, dont le malade garde encore la chaleur; c'est une modification du drap mouillé.

Technique. — On trempe un drap de toile, de préférence de grosse toile, dans de l'eau à 60°-7oo F (15,5°-i23,8° C.). on le tord, et on l'enroule rapidement autour du malade de la manière décrite plus liant. On exerce des frictions rapides pardessus le drap, comme avec le drap ruisselant, mais d'une façon plus active ; car on ne se propose pas de soustraire du calorique, mais de déterminer une hyperémie marquée de la peau. Pour atteindre plus facilement ce but, on exécute des claquements répétés.

La durée de cette opération varie avec l'objet que l'on a en vue. Après la friction, on laisse tomber le drap; on sèche rapidement le malade, on l'habille, et, autant que possible, on l'envoie à l'air libre après lui avoir administré une tasse de lait chaud .

Indications thérapeutiques. — Ce sont l'anémie chez les individus afï'aiblis, la phtisie, et les états où l'hématose est défectueuse.

Quelques neurologistes ont recommandé cette méthode sous le nom de drip sheet (drap mouillé ruisselant) (1), comme un

(1) Drip sheet signifie : drap qui dégoutte ; l'expression française équivalente est celle de « drap mouillé ruisselant », que l'un oppose à celle de « drap mouillé tordu ». (N. du T.)

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excellent procédé à employer dans la cure de repos pour amener le sommeil. La désignation de drap mouillé ruisselant (drip sheet) pour désigner cette méthode est un exemple de l'imprécision de la terminologie hydriatrique courante. On ne peut qualifier le drap de « ruisselant » après qu'il a été tordu. L'emploi erroné de ce terme semble se perpétuer, car, dans quelques récents ouvrages, on dit que le « drip sheet » se prépare « en tordant un drap trempé dans de l'eau froide », etc. On doit éviter ces confusions en traitant des opérations hydriatriques.

Von Noorden a recommandé hautement l'emploi de la friction froide dans les néphrites, en particulier dans la sclérose rénale, au cours d'une discussion devant la Société balnéologique(l). 11 combat les préventions qui existent contre l'eau froide et qui, sans être fondées, s'imposent depuis longtemps. 11 prétend que l'usage judicieux des frictions froides peut donner d'excellents résultats, même dans les affections chroniques des reins. « Je connais à peine un autre procédé, dit-il, qui ait des effets plus durables et plus utiles que le <* kalte Abreibung» suivi d"une friction vigoureuse, qui rougit et sèche la peau pendant la réaction. Il ne faut pas éviter constamment l'emploi de l'eau froide dans les affections rénales. »

Dans la même discussion, Winternitz insiste, avec son énergie habituelle, sur cette notion que l'on n'a rien à redouter des basses températures, lorsque la réaction se produit sous l'influence d'une application froide. Leau tiède, comme il le fait remarquer justement, ne peut provoquer cette réaction.

Groedel (de Xauheim), qui est opposé à l'emploi de l'eaa froide dans les néphrites en général, admet cependant un procédé qui détermine véritablement une bonne réaction. (Voir Indications thérapeutiques du maillot humide.)

LE MAILLOT HUMIDU

On emploie depuis très longtemps le maillot humide (icet pack) dans la pratique de l'hydrothérapie. Quoi qu'on en ait dit, ce procédé n'est pas de l'invention de Priessnitz. Il a été décrit par le médecin anglais Lucas en 1750. Sans doute, Priessnitz l'a découvert de son côté, car il était bien trop ignorant pour avoir connaissance des écrits de Lucas. Les disciples du

(1) Deutsche Medizinal-Zeitung, 1900, no 49.

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paj^san hydrothérapeute appliquent le maillot humide plus fréquemment qu'aucun autre procédé. L'application du maillot humide, comme celle de toute opération hydriatrique, demande de Fattention et de la précision pour amener de bons résultats. La terreur des draps mouillés est si intimement associée dans l'esprit du populaire à celle des rhumes et du rhumatisme, que l'idée d'être placé dans un maillot humide donne un frisson au malade pour qui cette médication est toute nouvelle. D'un autre côté, les hydrothérapeutes qui en font un usage habituel l'ont fait tomber en défaveur, en revendiquant pour elle une parfaite innocuité et des vertus curatives de toutes sortes.

Technique. — La technique du maillot humide est la suivante : on place un matelas de crin ou d'autre matière disposé de la façon la plus convenable (si l'on emploie un sommier de fil de fer, on doit le recouvrir d'une alèze de caoutchouc pour éviter qu'il ne soit mouillé) sur un lit assez élevé, situé de préférence au milieu de la chambre, de façon à ce que l'infirmier puisse facilement circuler autour de lui. On étend sur le matelas deux larges couvertures de laine, qui dépasseront de soixante centimètres les pieds du malade et dont on laissera pendre le tiers sur le côté gauche du lit. On déploie sur la couverture un drap de grosse toile, que l'on a tordu après l'avoir plongé dans de l'eau à une température de 60'^ à TO^^F. (13,5° à 21,1° C), suivant les indications (fig. 26). On étend sur le lit le malade muni d'un turban mouillé, à la limite du tiers moyen et du tiers droit du drap. Le malade place ses bras au-dessus de sa tête. On relève le drap autour du corps de droite à gauche; la partie supérieure en est enroulée autour du côté gauche du tronc ; la partie inférieure est placée entre les jambes (fig. 27). On abaisse alors les bras le long du corps. On relève de gauche à droite la partie du drap qu'on a laissée pendante, de façon à envelopper les bras et le corps entier ; on enroule le bord du drap le long du côté droit et on replie son extrémité inférieure sous les talons en emprisonnant les pieds. Chez les personnes aftaiblies, on peut laisser les pieds à découvert en retroussant le drap humide sous les jambes.

Ou relève la partie gauche de la couverture et on la serre contre le corps jusqu'au côté droit de celui-ci ; on relève la partie droite jusqu'au côté gauche de la même façon, on la fixe en l'introduisant sous le corps, et on enroule son angle supérieur autour du cou, sous lequel on l'assujettit. Pour exécuter ce

LE MAILLOT IIIMIDE

temps, la main gauche doit saisir le bord de la couverture à environ quarante-cinq centimètres de l'épaule, le tendre fortement à la surface de celle-ci, en le mettant à angle droit par rapport à la direction delà couverture que l'on va appliquer sur le corps ; en même temps on saisit de la main droite le bord de la couverture un peu plus bas et on le tend jusqu'à l'épaule de l'autre côté, sous laquelle on l'introduit. La main gauche exécute ici la même mana^^uvre que lorsqu'on fait un renversé dans un bandage. Les pieds sont fortement serrés dans l'extrémité

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26. — Maillot humiile en préparation, (m voit le drap mouillé et la couverture.

inférieure de la couverture. Il importe de chasser complètement l'air de dessous la couverture. Lorsque le malade a froid, on étend sur lui plusieurs couvertures. Si le maillot a été bien exécuté, le patient ressemble à une momie dont la tète serait enveloppée d'un turban mouillé (fîg. 30).

On peut modifier ce procédéen faisant un maillot partielqui

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PRATIOCE DE L HYDROTHÉRAPIE

ne recouvre que les parties du corps situées au-dessous de laisselle. La durée du maillot (qui peutêtre de une demi-heure à une heure), la finesse du drap, la température de l'eau, l'étendue du maillot, la répétition du procédé, offrent le moyen de modifier les ellets de la méthode, comme on le verra. Chaque maillot humide peut être suivi d'une application hydriatrique qui relève le tonus des vaisseaux cutanés que le maillot a relâché. On peut employer le demi-bain ou l'alFusion froide, en choisissant celui de ces procédés qui répond le mieux aux indica-

Fig. 27. — Maillot liumide. Drap relevé de droite à gauche.

tions de chaque cas particulier. Dans les établissements hydrothérapiqueSjla douche en cercle et la douche à 70°-80oK. (21,1"- 26, 60 C.) offrent un complément plus agréable, parce que plus rapide, du maillot humide. La chambre dans laquelle est administré le maillot humide doit être aérée largement; on cesse l'aération peu de temps avant d'enlever le malade du maillot.

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Mode d'action. — Le premier effet que produit le contact du drap mouillé deau froide est une excitation des nerfs et des vaisseaux cutanés, qui détermine la contraction de ceux-ci, et qui persiste jusqu'à ce que les facultés réactionnelles de l'individu entrent enjeu. Celles-ci dépendent, comme dans toutes les opérations hydriatriques, de l'âge et de l'état du malade ; les personnes âgées et les enfants ne réagissent pas aussi facilement que les adultes ; lorsque la température antérieure de

Fig. 2S.

Maillot humide. Second temps. Le drap est relevé de à droite.

îauche

lapeauest élevée, la réaction est plus prompte, comme elle Test chez les individus vigoureux. On doit se rappeler que le maillot humide diffère sur un point important des méthodes précédentes. Comme on n'y ajoute pas l'adjuvant mécanique que donne l'infirmier dans le drap mouillé ou le demi-bain, la réaction dépend entièrement des énergies vitales du malade. Ce

PRATIQLE DE L HYDROTHERAPIE

fait distingue tout à fait le maillot humide de tous les autres procédés liydriatriques ; il exige qu'on apprécie exactement le pouvoir réactionnel du malade. Pour ce motif, on n'aura pas recours à cette méthode avant d'avoir déterminé ce pouvoir, ou l'avoir augmenté au moyen d'autres opérations.

Dès que la peau a subi le premier «choc », qui dure de cinq à dix minutes, et qui parfois produit le frisson, les vaisseaux

Fig. 2it. — Manière de fixer la couverture. (>n voit l'alèze de caoulchoue qui pend du lit.

cutanés commencent à se dilater; le sang apporte sa chaleur du centre àjla périphérie, l'organisme s'efïorçant d'établir un équilibre entre la température de la peau et celle du drap. Lorsque la température du corps est élevée, comme dans les fièvres, il n'y a pas de sensation de froid. Le sang refroidi est d'abord entraîné delà surface aux couches profondes, mais, très rapidement, le sang chaud venant de l'intérieur prend sa place, et les vaisseaux cutanés se dilatent.

Ces échanges continus entre la profondeur et la surface s établissent facilement et progi-essivement chez les malades dont la température est normale : ils amènent une évaporation de Teau contenue dans le drap ; dans la lièvre, cette évaporation favorise l'émission du calorique par la peau. Cette déperdition de chaleur est augmentée par le rayonnement de la couverture, et par l'état de repos du malade, dont le corps tout nefier se trouve entouré de vapeur. Elle continue aussi long-

Fig. .30. — Maillot liumide terminé.

temps que le drap reste froid, juste autant que se renouvelle l'excitation thermique plus faible d'instant en instant, c'est-àdire jusqu'à ce que le drap soit entièrement réchauffé.

Lorsque le drap et la peau ont atteint la même température, ce qui demande environ dix minutes quand la circulation est parfaite, le malade repose dans un drap mouillé de température neutre. Les processus d'oxydation qui ont été éveillés par l'effet primitif du drap froid, et qui doivent protéger l'or-

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ganisme contre les conséquences nuisibles de la perturbation de son équilibre thermique, ne s'arrêtent pas, cependant, lorsqu'ils ont été mis en mouvement. La production normale de calorique continue, mais la déperdition de chaleur par rayonnement et par évaporation est interrompue, et la déperdition par conduction diminue considérablement du fait des couvertures de laine qui enveloppent le malade. Il en résulte une accumulation de calorique à la surface du corps, qui contribue à entretenir Tévaporation de leau du drap. Le malade se trouve alors dans un milieu plus chaud que celui de ses vêtements ordinaires. Il éprouve, par conséquent, l'effet calmant que procure un bain chaud. Si le maillot est maintenu pendant une heure, Taccumulation de chaleur se manifeste par l'apparition de la sueur sur le front. Ce malade est ainsi placé dans un milieu surchauffé et il éprouve tous les efTets physiologiques que nous avons décrits ci-dessus. Ziegelroth (1) a constaté que le maillot que l'on maintient plusieurs heures provoque en outre une élimination de toxines. L'excitation primitive du froid ayant éveillé une action réflexe des centres respiratoire et cardiaque, la réaction survient, déterminant la réplétion de l'aire vasculaire cutanée ; la peau se remplit alors tellement de sang et accumule tant de calorique que le drap émettra des vapeurs quand on l'enlèvera au bout d'une heure. On ne doit pas interrompre cette hyperémie de la peau ; on peut, d'ailleurs, laisser le maillot humide en place pendant plusieurs heures. Les fonctions excrétoires de la peau deviennent plus actives, el la sueur s'évapore dans le drap mouillé et à travers son épaisseur. Souvent l'odeur du drap, quand on l'enlève, témoigne de cette augmentation de l'excrétion. Ziegelroth attribue le soulagement éprouvé par la plupart des malades, non seulement à l'influence favorable du maillot sur la circulation, mais encore à l'élimination des toxines. Bien que ce dernier fait n'ait pas reçu une démonstration suffisante, il semble établi d'une façon probante par l'odeur qu'exhale le drap. Celleci a été particulièrement remarquée dans le rhumatisme articulaire aigu. Ce processus éliminatoire se trouve secondé dans des proportions considérables par le développement des combustions cellulaires qu'accentue le maillot humide. Le médecin n'a pas à sa disposition de meilleur moyeu de favoriser les oxydations intra-organiques, afin damener la combustion des

(1) Deutsche Medizinal-Zeilung, o juillet 1S9".

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