‹ La pratique de l'hydrothérapieChapitre 29 sur 105 · BAINS FROIDS · texte numérisé non relu

BAINS FROIDS

Nombre de cas

1,6 pour cent.

40,7 jours.

•1,9 semaine.

2,7 pour cent.

47,3 jours 1,S semaine.

Mortaliti'

Séjour moj'cn à Ihi'ipital

Durée mioyenne de la fièvi'c

Pourcentage des coraplications

Nombre moyen de selles diarrliéi(iues par jour et par personne

Dans le 1"' quartier, on employa le traitement mixte, comprenant des bains à la température de la chambre, une dose

quotidienne de 3 à \ grammes de quinine, et du salicylate de soude. Dans le 2^ quartier, on administra, selon la méthode de Brand, des bains à 60-6oo F. (i5,3''-18,3'5 C), d'une durée de 15 minutes, toutes les foisque la température atteignait 103» F. (39,-'toC.), etl'on ne prescrivit aucun médicament. Les baraques où. l'on pratiquait le traitement étaient, comme j'ai pu le constater par moi-même, si bien ventilées, que leur température pendant l'hiver était environ de 45° F. (7, 2*^0.). Les salles longues chauffées par des poêles de fonte avaient des ouvertures au voisinage du toit, et possédaient tant de fenêtres qu'elles ressemblaient à des serres de tleuriste. A une de leurs extrémités se trouvaient deux baignoires en zinc ordinaires placées sous un robinet, auxquelles on amenait les malades. II est certain qu'un traitement de ce genre semble héroïque ; mais les résultats en sont étonnants.

Les rapports de Vogl présentent une expérience thérapeutique tout à fait remarquable. Ils permettent de comparer les résultats obtenus par l'application à des malades du même genre (^soldats àpeu prèsdumème âge et placés antérieurement dans les mêmes conditions de santé) de la méthode déplétive, de Texpectation et du traitement hydriatrique et, pour ce qui concerne celui-ci, les résultats du traitement mixte par le bain etlesantithermiques, de la méthode de Brand rigoureusement suivie, et de la méthode de Brand modiliée par l'emploi deau plus froide. Les chiffres de ces statistiques sont suffisamment élevés pour se recommander d'eux-mêmes à l'attention. La longueur de la période pendant laquelle ces observations ont été recueillies, le fait qu'elles l'ont été par des médecins agissant chacun suivant sa propre conscience excluent toutes les possibilités d'erreur, qui pourraient tenir à un parti pris personnel, ou à des variations dans le type de la maladie. Ces statistiques sont donc les plus irréfutables qu'on puisse trouver dans l'histoire de la médecine.

Action du bain froid sur la nutrition. — Vogl a confirmé une remarque importante, que déjà Brand avait faite : sousl'infiuence du bain froid les malades prennent goût à la nourriture semiliquide et deviennent capables de la digérer. LesD'' George

(1) L'auteur, au cours d'une récente visite quil a faite à l'iiôpital militaire de Munich, en compagnie de V. Vogl, a constaté que ces baraques avaient étc remplacées par des bâtiments de briques, et qu'il ne s'y trouvait aucun cas de fièvre typhoïde.

2t)4 PRATIOLE DE l'uYDROTUÉKAPIE

Peabody et Austin Flint ont pu faire la même constatation au Bellevuc Hospital. Le premier admet même l'usage d'aliments solides au cours de la troisième semaine; le second m'a fait connaître qu'il lui est difficile d'apaiser la faim de ses malades quand il leur a administré des bains froids. L'état des fonctions gastriques est tout autre, quand on traite la maladie par Texpectation ou les antithermiques, comme tout médecin qui a pratiqué ne le sait que trop. Mon observation personnelle confirme ce que Brand exprime en ces termes : « Avec le traitement hydriatrique, la langue est humide, pâle, dépourvue d'enduit saburral ; le pharynx n'est pas douloureux, l'estomac et l'intestin ne présentent pas de catharre, et les glandes de celui-ci sont simplement tuméliées. Avec tout autre traitement, la langue est rude, brune et sèche, la salive fait défaut, la déglutition est douloureuse ; l'estomac et l'intestin ne peuvent absolument rien digérer et leur muqueuse est couverte d'ulcérations; l'intestin est distendu. C'est dans ces conditions que l'école classique nous demande d'alimenter le malade. Quelle singulière demande ! Quand on emploie le bain froid, les organes de la digestion sont dans un état si voisin de leur état normal que je me suis souvent interrogé pour savoir si l'on ne pourrait pas, en toute sécurité, donner une nourriture solide pour apaiser la faim. J'ai trouvé dans Vircho/v's Archiv de 1889 (pages 80 et 303), un travail de Hosslin qui démontre que la nourriture est presque complètement absorbée, quand il y a fièvre et diarrhée, tant que la température n'est pas très élevée, ce qui est le cas habituel dans la fièvre typhoïde. Il n'y aurait, par conséquent, aucune raison pour ne donner au fébricitant qu'une alimentation réduite, sous prétexte qu'il ne ladigère et ne l'absorbe pas. Cet auteur estime donc nécessaire de donner aux typhiques la plus grande quantité de nourriture substantielle, comme du lait, de la viande, des œufs, des bouillies, etc., mais toujours, cependant, sous une forme presque liquide. »

Tripier et Bouveret donnent du bouillon, du jus de viande, du café ou du thé au lait, un demi-litre de l'un ou l'autre après chaque bain. Lorsqu'une apyrexie relative survient, ils permettent les biscottes, le riz, la crème, le tapioca, le chocolat, quatre œufs mollets par jour. Dès que la température est presque normale, ils tolèrent le poulet rôti, le pain trempé dans du lait, la viande maigre, surtout blanche, le riz, la cervelle, un peu de bœuf bouilli, finement haché. Yogi donne, dès le

premier jour, du bouillon de viande avec un peu de farine et des œufs, du lait, une bouteille de vin rouge chaque jour, ensuite du potage et des œufs, de façon à administrer au malade cinquante grammes d'albumine, quarante-cinq grammes de graisse et deux cents grammes d'hydrates de carbone, ration alimentaire qu'on ne pourrait permettre à un malade qui ne serait pas baigné. Brand déclare que l'élément le plus important des fonctions de nutrition est, avec la nourriture, un bon estomac, et que le traitement systématique par les bains assure cet avantage au malade.

Dans un excellent travail sur les indications de l'emploi des stimulants alcooliques dans la fièvre typhoïde, le D'' J.-H. Musser (1) exprime un avis judicieux. « On sait aujourd'hui que les méthodes thérapeutiques modernes — à savoir, l'usage de l'eau, à l'intérieur et à l'extérieur — atténuent les effets de la toxémie, et, par suite, retardent l'épuisement des forces du malade mieux que tout autre traitement employé jusqu'à ce jour. Tout économe d'hôpital vous dira qu'il dépense moins d'argent à l'achat de l'alcool, depuis l'introduction de la méthode de Brand ; et chaque médecin reconnaît que l'administration de stimulants s'impose moins souvent qu'autrefois. » Cette déclaration d'un clinicien expérimenté confirme les propres observations de l'auteur, qui a récemment traité un certain nombre de cas dans la clientèle privée sans prescrire le moindre stimulant. Si le bain de Brand ne possédait pas d'autre avantage que celui de soutenir l'énergie cardiaque, comme le démontre le fait que nous venons de signaler, il mériterait encore d'être très sérieusement défendu.

Les observations des partisans du bain froid offrent des exemplessi abondants de l'action bienfaisante qu'il exerce sur les fonctions vitales pendant la fièvre que je les citerais volontiers si l'espace ne m'était mesuré.

J'ai cherché à indiquer aussi brièvement que possible pourquoi le bain froid imaginé par Brand en 186i donne des résultats plus favorables qu'aucun autre mode de traitement. Le bain froid apparaît comme le traitement idéal de la fièvre typhoïde, et toutes les fois qu'on l'abandonne, on en vient bientôt à l'opinion que Jurgensen exprimait au Congrès de Londres : « Quand j'ai essayé de m'écarter de l'application

(1) Therapeutic Gazette, 15 avril 1900.

266 PRATIQUE DE l'jIYDROTHÉRAPIE

rigoureuse du bain froid, j'y suis revenu rapidement, afin d'obtenir les résultais les plus satisfaisants. »

Certains médecins ont expérimenté personnellement la méthode de Brand. Ziemssen, Vogl, le D"" W. -G. Thompson ont indiqué les effets bienfaisants qu'ils avaient éprouvés du bain froid, lorsqu'ils étaient atteints de fièvre typhoïde. Vogl et Thompson disent qu'ils ne se laisseront jamais détourner par les protestations du malade, d'administrer desbains rigoureusement toutesles trois heures, tant que la température rectale sera à 103- F. (39^4° C),ou lorsque les facultés intellectuelles seront obnubilées, alors même que la température serait plus basse.

But du bain froid. — On doit comprendre, à la fin de cechapitre, que la méthode de Brand n'a pas pour objet de combattre Ihyperthermie, mais de réparer et de soutenir les forces vitales qui résistent aux attaques des agents infectieux. C'est laie but que nous devons nous proposer; nous avons pu nous en convaincre en étudiant le mode d'action de ce procédé. Nous avons traité avec quelques détails les questions se rapportant au mode d'action de la méthode, afin de persuader les personnes que n'auraientpas suffisamment impressionnées les statistiques que nous avons citées. D'ailleurs, celui qui cherche la vérité exige avec raison qu'on lui explique le mécanisme de l'action des agents thérapeutiques, avant de leur accorder sa confiance, quand l'intérêt qui est en jeu est la vie humaine.

Objections contre la méthode de Brand. — On a formulé un grand nombre d'objections contre l'application rigoureuse de la méthode de Brand. Quelques-unes d'entre elles sont trop puériles pour mériter d'être mentionnées. D'autres sont si absurdes, ou montrent une telle méconnaissance des données physiologiques, qu'il suffira d'indiquer en quoi elles contredisent les lois de la thermogénèse.

Objection I. — Voici une objection spécieuse, comme on en trouve parfois dans notre littérature médicale. Ledirecteur d'un journal de médecine très répandu, qui ne croit pas à l'emploi du bain froid dans la fièvre typhoïde, d'accord en cela avec beaucoup d'autres médecins, n'hésite pas à exprimer son scepticisme de la façon suivante : « Si le fait qu'un typhique a trop chaud est une raison suffisante pour le plonger dans l'eau

froide, pourquoi ne donnerait-on pas une ration alimentaire généreuse a un homme inanitié pour rétablir ses forces, pourquoi n'administrerait-on pas une quantité illimitée d'eau à un homme mourant de soif? « Voyez comme la sécrétion rénale augmente », s'écrie en triomphant le partisan de l'immersion, qui emploie le bain, non pour abaisser la température, mais pour favoriser la phagocytose et les fonctions de nutrition. Il ne remarque pas que ce traitement arrête la transpiration, entraîne le sang do la peau aux organes internes qui se trouvent déjà congestionnés et intoxiqués, et qu'il laisse seulement le choix entre la diurèse, la diarrhée et la mort. Les partisans de l'immersion baignent presque tous les cas de fièvre typhoïde qui entrent dans leurs services, en y comprenant les jeunes filles anémiques, les femmes amaigries, les hommes débilités, pour lesquels le bain froid ne devrait être prescrit qu'avec la plus grande prudence (pas plus de deux fois par jour), si ces personnes consultaient pour leur état de faiblesse générale en dehors de toute fièvre typhoïde. »

Il n'est pas nécessaire de rappeler aux médecins avertis que l'on ne plonge pas le malade dans leau froide parce qu'il a trop chaud; que l'augmentation de l'excrétion rénale n'est pas due à ce fait que « le sang est entraîné de la peau h des organes déjà congestionnés et intoxiqués »; que le bain de Brand a, en réalité, pour effet de congestionner la peau, comme le montre la rougeur qu'il détermine, et de décharger aitisi les organes congestionnés; que les reins sont amenés à éliminer une plus grande quantité de poison par l'impulsion donnée à l'activité cardiaque. Quiconque a baigné des « jeunes filles anémiques » et des « femmes amaigries » atteintes de fièvre typhoïde sait que la plupart d'entre elles réagissent bien, lorsque le bain est administré de façon convenable, et que leur résistance à l'infection devient plus grande.

Objection II. — Beaucoup de médecins, auxquels on a appris à regarder l'expectation comme le meilleur traitement, hésitent à abandonner cette méthode, qui consiste à laisser la fièvre suivre son cours naturel. Le bain impose au malade un dérangement qui est contraire aux règles de l'expectation ; celle-ci, en effet, se propose d'éviter au malade toute fatigue qui pourrait provenir de l'intervention thérapeutique. D'autres réservent le bain pour les cas graves.

Tant que nous n'avons eu à notre disposition qu'un traite-

268 PRATIQUE DE L'hYDROTHÉRAPIE

ment médicamenteux inefficace, sinon dangereux, il était sage d'éviter de troubler le sommeil du malade. Mais, dans un cas de typhoïde grave, il est aussi important d'interrompre le sommeil, s'il est dû à la to7yeur,quil est important de le faire dans l'intoxication par l'opium. On peut dire que, dans les deux cas, le traitement est en quelque sorte le même : on doit s'attacher surtout à réveiller les centres nerveux et à les tenir éveillés (mais d'une façon non continue dans le premier cas) jusqu'à ce que la toxémie se soit dissipée. Le clinicien le plus expérimenté est incapable de prévoir, au début d'une fièvre typhoïde, quelle sera la gravité probable de l'évolution de celle-ci. Le praticien doit, par conséquent, commencer le plus tôt possible l'administration des bains; des travaux concluants ont établi leur valeur comme agent prophylactique : ils rendent l'évolution de la maladie plus bénigne et préviennent des complications graves, qui souvent seraient fatales.

Objection III. — Le caractère en apparence héroïque de la méthode de Brand peut intimider certains médecins et les amener à lui préférer l'emploi des antithermiques. Cette idée, que le bain froid a surtout pour objet d'abaisser la température, objet que l'on atteint avec une facilité beaucoup plus grande quand on administre l'antipyrine ou rantifébrine,peut détourner un grand nombre de médecins de l'usage de la balnéation. Mais cette idée est erronée, comme nous l'avons démontré ; il est heureux qu'elle ait, actuellement, perdu de son autorité.

Quelques personnes timorées peuvent s'alarmer de la pâleur du patient, de la faiblesse de son pouls, de ses plaintes quand il est dans le bain et qu'il accuse un certain refroidissement. Mais ces manifestations perdent de leur importance, lorsque le bain est administré suivant les règles et qu'on frictionne le tronc et les membres du malade. La réaction qui survient rassure bientôt l'inlirmier et l'encourage à continuer l'administration régulière des bains.

Objection IV. — Si l'on n'applique pas rigoureusement les règles de la méthode, ou si on lui substitue quelque autre procédé : maillot humide, épongement, aspersion, etc., on aura des mécomptes et on risquera de se décourager. Ces procédés ne sont pas le bain froid. Toutefois, ils peuvent être utiles lorsqu'il est impossible d'appliquer exactement la méthode.

La seule modification du bain froid que conseille Brand est

l'affusion stimulante, que l'on administre lorsque la température atteint 103° F. (39, 4° C.),que le cœur menace de s'affaiblir, ou que le délire apparaît. Elle consiste en un demi-bain a 95*' F. (350G.), auquel on ajoute des affusions à .j0''-60» F. (lO^-lojSo G.) sur la tête, la poitrine et le dos. (Il importe que la baignoire soit toujours amenée tout à côté du lit du malade, pour épargner à celui-ci un dérangement inutile.)

Objection V. — Les médecins qui n'ont qu'une expérience personnelle limitée de la méthode de Brand, ou qui ne la connaissent que par l'opinion d'autrui, en ont parfois trouvé les résultats défavorables dans un, deux, ou plusieurs cas; ils sont ainsi amenés à négliger ce mode de traitement énergique. Si Ton n'a pas apprécié les résultats du bain froid en Angleterre, c'est qu'on n'en a pas fait une expérience suffisante pour en estimer les mérites à leur juste valeur. On peut se convaincre quil en a été ainsi en lisant, par exemple, cette phrase du Di^Bristowe, de Si Thomas' H ospital: « Je n'ai pas une expérience personnelle étendue de ce traitement, et, si je l'ai employé depuis quelques années, ce n'est que rarement; sans doute, j'ai vu des malades en obtenir un bénéfice apparent et guérir dans de l)onnes conditions; mais je n'ai jamais eu l'assurance que ce bénéfice fût réel. »

Au cours d'une visite qu'il fit à l'un des plus grands hôpitaux de Londres, en 1896, Fauteur demanda au médecin qui le recevait ce qu'il pensait de l'emploi du bain froid dans la fièvre typhoïde; il fut fort surpris de l'entendre dire qu'il considérait ce traitement comme trop énergique et qu'il lui préférait l'expeclation.

Il est évident que nos confrères anglais n'avaient pas jusquelà saisi l'idée de Brand ; car le domaine où ils pouvaient la mettre à l'épreuve était assez étendu pour leur permettre de constater dans la pratique la grande supériorité de cette méthode sur l'expectation. Cette dernière mérite bien son nom : le médecin, qui s'y conforme, reste constamment dans l'expectation d'une complication quelconque, en face de laquelle il se trouvera trop souvent impuissant à agir.

Le Dr Austin Flint a publié, en 1882, une leçon qui a exercé une influence considérable aux Etats-Unis. Il avait traité dixsept cas à Bellevue Hospital. Dans un petit nombre de cas, il avait employé le bain froid progressivement refroidi de 80" à 6.J0F. (26,60-18,3° C), mais l'avaitabandonné, le jugeant inef-

270 PRATIQUE DE L UYDROTllÉRAPIE

ficace. Il était arrivé à cette conclusion que le traitement antithermique n'augmentait ni ne diminuait la mortalité, qui était de quatre décès pour les dix-sept cas. Le fils de ce médecin, qui fut le premier, six ans plus tard, à me suivre dans l'adoplion de la méthode de Brand, après m'avoir demandé d'enseigner à son personnel les règles que l'on doit suivre rigoureusement dans l'application de la méthode, en obtint des succès remarquables, dans le service même où son illustre père avait renoncé à la pratiquer.

Si Ton compare ces pauvres statistiques à celles de Brand et aux statistiques américaines et australiennes récentes, on s'aperçoit que les premières n'ont aucune signification, quand il s'agit d'en tirer des conclusions.

Actuellement, un grand nombre d'ouvrages insistent sur la valeur thérapeutique réelle du bain froid. Striimpell, qui l'emploie depuis longtemps, dit avec sa netteté habituelle : « Il n'existe actuellement aucun autre mode de traitement, de la fièvre typhoïde, qui possède des avantages aussi nombreux et aussi évidents pour le malade. Nous estimons que c'est un devoir pour tout médecin qui entreprend de traiter un cas grave de fièvre typhoïde de faire son possible pour employer le bain froid ».

Objection VI. — Il est difficile, si même la chose est possible, de traiter les malades vivant le cinquième jour. On peut le faire, dit-on, seulement dansles hôpitaux militaires ou pendant les épidémies, quand on peut soumettre chaque cas suspect à la balnéation. On a objecté « qu'il est très délicat d'appliquer un traitement, lorsque ce traitement doit sauver le malade ou le laisser périr, suivant qu'il est entrepris le quatrième jour ou le cinquième ». Cette objection repose sur une erreur. Un délai d'un seul jour peut n'avoir qu'une importance minime ; un délai de plusieurs jours a parfois des conséquences graves. Il en est ainsi pour beaucoup de nos interventions thérapeutiques. Principiis obsta, tel est le premier des préceptes de la thérapeutique rationnelle. On peut comparer avec assez. de justesse la maladie à un incendie : on l'éteint d'autan! plus facilement qu'on l'attaque plus tôt. Dans les formes graves du paludisme, comme j'en ai observé dans le Sud, par exemple, une dose de quinine sauvera la rie du patient, qui, si elle était administrée un jour, ou même une heure plus tard, le laisserait succomber, ou ne réussirait pas à lui éviter une mala-

die de longue durée. Brand a démontré aussi parfaitementqu'on peuL le faire, en s'appuyant sur les données de la clinique, que, sur douze cents cas traités avant le cinquième jour, on peut n'avoir aucun décès.

L'incertitude du diagnostic risque de compromettre un succès possible. Nous ne pouvons dire, d'une façon catégorique, avant l'apparition des taches rosées, si nous avons affaire à un cas de lièvre typhoïde, de granulie, d'embarras gastrique, de pneumonie, de néphrite aiguë, ou de fièvre éruptive. Mais, heureusement, dans le plus grand nombre des cas, nous pouvons exclure aisément ces dernières maladies. D'ailleurs, il nous est facile de tourner la difficulté, en prenant pour règle générale de soumettre tout malade dont la température rectale se maintient au-dessus de 103° F. {39,4° C), pendant plusieurs heures, à des bains froids avec friction de dix minutes, auxquels on ne donnera pas une température trop rigoureuse; on commencera par un bain à 90" F. (32,2^ C), et Von abaissera la température de 5^ F. (2,7° C) à chacun des bains suivants, jusqu à ce qu'on ait atteint la température de 70° F. (2 1 ,i° C.j. L'expérience m'a enseigné qu'il n'y a aucun inconvénient à agir de cette façon, tandis que l'on gagne beaucoup a opposer de bonne heure le bain froid aux manifestations toxiques.

En outre, les bains froids peuvent nous aider à arrivei- au diagnostic. Dans mon service d'hôpital, j'ai appris au personnel à administrer des bains aux fébricitants dès leur arrivée. Je parviens ainsi à éliminer la pneumonie, la granulie, l'ostéomyélite, et la fièvre intermittente. S'il devient évident qu'il ne s'agit pas de fièvre typhoïde, le malade n'a subi aucun dommage. Plus nous appliquons rigoureusement la balnéation, plus nous abaissons la mortalité. Plus tôt on fait appel au bain, mieux on combat les processus infectieux.

Dans la pratique privée, le médecin, que l'on importune pour connaître son diagnostic, peut sortir de sa perplexité en prescrivant le premier bain.

Objection VU. — Tout malade dont la température rectale atteint 1U3° F. (39, 4« C) doit-il être soumis au bain? Un de mes correspondants me pose la question suivante : « Si un malade aune température de 104°F. (40° C. ) pendant une heure ou deux chaque soir, mais une hyperthermie modérée pendant le reste du temps, sans troubles fonctionnels graves, estimerez-

VOUS qu'il est nécessaire d'insister pour qu'il accepte les bains? » C'est là une question qui se présente souvent à l'esprit du praticien : celui-ci recule facilement devant les dérangements qu'entraîne l'exécution du bain, devant les critiques qu'on peut lui adresser tant que le cas semble bénin. On n'aura pas de difiicultés à faire accepter le bain froid, si le malade a une température de 105"F. (40, 5°C.), s'il a du délire, de la torpeur, etc.; mais lorsque celui-ci présente un état satisfaisant, une température entre 102° et 103° ou 104°F. (38, 9° et 39,4" ou 40''C.), troubler son bien-être en lui donnant un bain froid semble une violation manifeste des règles traditionnelles de l'expectation dont peu d'hommes oseraient prendre la responsabilité.

Il est sage d'administrer des bains même lorsque le malade se trouve dans ces dernières conditions. Le médecin expérimenté ne connaît que trop ces cas où le pronostic rassurant, qu'il avait établi au début sur des symptômes bénins, se trouve en défaut, lorsque, dans les premiers jours de la troisième semaine, le cœur présente un second bruit plus sourd, le pouls devient plus rapide, la congestion hypostatique s'installe ; lorsqu'il survient une hémorragie ou une perforation, et que la mort termine la scène.

La mort est bien rarement, dans la première semaine de la fièvre typhoïde, le fait d'une hyperthermie excessive ou de l'épuisement du système nerveux; le principal danger réside dans le processus infectieux, qui mine l'organisme lentement, mais sûrement. Pour combattre ce danger, le bain froid nous otlre une arme toujours prête. Dans les cas bénins, il abaisse facilement la température et ralentit le pouls. La température peut n'atteindre 103°F. (39,4°C.) qu'à des intervalles éloignés; mais, toutes les fois qu'elle le fait, la règle doit être inexorable : le bain sera administré. C'est ce qu'exige l'expérience clinique, et, si nous voulons en recueillir les bienfaits, nous devons obéir à ses ordres.

Objection VIIL — Il est difficile d'appliquer la méthode de Brand dans la pratique privée. Malgré les démonstrations successives de Brand, de Sihler, de Tripier, de Bouveret et de l'auteur, cette objection est constamment reprise dans nos sociétés médicales. Brand nous a conté comment un pauvre apprenti imprimeur fut guéri d'une fièvre typhoïde par sa sœur et son frère, âgés de dix ans et treize ans, qui traitaient cet

enfant sous sa surveillance personnelle. Cari Sihler (l)a exposé de quelle façon il a pu traiter avec succès cent cas de fièvre typhoïde dans des familles d'ouvriers, où les malades, dont certains prirent plus de quatre-vingt-dix bains, furent traités par des parents ou des amis.

Dans un cas de cet auteur, il s'agissait d'une veuve possédant une ribambelle d'enfants dont le plus jeune avait deux ans, qui ne pouvait payer une infirmière et que soignait une sœur mariée, laquelle se montrait très timide dans ses fonctions de garde-malade. Sihler envoya une de ses infirmières au domicile de cette femme; au bout de six bains, la malade avait pris le courage nécessaire et sa sœur avait acquis une habileté suffisante pour que les bains pussent être continués, et tout se passa de la façon la plus simple et la plus satisfaisante.

Cette anecdote est instructive et peut servir d'exemple. Même à la campagne, la méthode de Brand peut être appliquée avec un plein succès. Lorsque j'exerçais la médecine à Camden, South Carolina, entre 1870 et 1880, j'avais l'habitude de faire porter une baignoire de bois doublée de tôle dans les fermes où j'avais à soigner des typhiques. J'allais voir ces malades le soir, car ils se trouvaient parfois à dix milles de la ville, et je passais la nuit auprès d'eux, afin de donner les instructions nécessaires pour l'application du traitement et d'en surveiller l'exécution.

L'Australie nous fournil un exemple de ce que l'on peut faire avec de l'énergie, de la persévérance et de la foi. Murtra (2) a rapporté cent soixante-treize cas de fièvre typhoïde qu'il a traités par la méthode de Brand dans un district rural à population clairsemée, au milieu des conditions les plus défavorables. La mortalité ne fut que de 3,4 pour cent. Un tel résultat constitue un blâme à l'adresse de certains médecins de la ville, qui ont à leur dispositioa des infirmiers, des consultants, et souvent les commodités de la vie moderne.

J'ai rencontré assez fréquemment une opposition sérieuse de la part de la famille du malade. Le moyen que j'emploie pour en triompher est très simple. J'avertis la famille que le plus grand nombre des cas de fièvre typhoïde guérissent avec le traitement habituel, et qu'on peut espérer qu'il en sera ainsi

(1) Journal of the American Médical Association, 22 juillet, 1889.

(2) Milnchener medicinische Wochenschrift, 1893, n»" 47 et 48.

B.\RUCH. — Hydrothérapie. 18

27 i PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE

probablement .pour le cas présent; mais j'ajoute qu'avec le bain froid, 5i on Vaccepte de suite, la guérison est certaine. Je laisse ainsi le choix au chef de famille ; celui-ci préfère habituellement se décharger de toute responsabilité sur le médecin.

Le D"" Barker (1), de Saint-Louis, « n'a pas constaté qu'il fût aussi difficile d'obtenir le consentement de la famille que certains le prétendent. Pour vaincre le préjugé qu'il rencontre, il remet aux parents du malade quelques brochures de propagande, ou envoie une personne de l'entourage à une famille dans laquelle le bain froid a été employé avec succès. Lorsque quelques bains ont été donnés, il n'est plus nécessaire de défendre la méthode. Pour inspirer confiance, on commence par un bain à 90*^ F. (32,2° C), et on abaisse progressivement la température dans les bains suivants. »

Le D"" A.-B. Bail refuse de traiter un malade qu'on ne lui permet pas de baigner.

L'infirmier qui a soigné et veillé un typhique présentant du délire, de la torpeur, de l'incontinence des matières et de l'urine, acceptera volontiers la tâche de traiter un malade par les bains froids, car il en aura moins de désagrément et de fatigue. L'entourage du malade, en constatant la physionomie différente que prend la maladie sous l'action du traitement, cessera de s'alarmer de ces symptômes. Il ne sera plus nécessaire d'insister pour que la méthode soit rigoureusement appliquée. Les personnes qui auront approché le malade en deviendront d'ardents propagateurs ; ainsi disparaîtra le préjugé qui s'est établi contre le bain froid.

Objection IX. — Une des objections que l'on oppose le plus fréquemment à l'emploi du bain froid est fondée sur un prétendu « choc », qui se ferait sentir sur le cœur à la suite de ce traitement « héroïque ». On ne peut mieux démontrer combien cette idée est fausse qu'en rappelant des centaines de cas qui ont été observés dans les hôpitaux de >>ew-Yorlv : Presbyterian, Manhattan General, A'eir-York Ilospital, etc.

Lorsque je conseille les bains froids en consultation, on m'arrête souvent en me disant que le malade a le pouls faible. J'ai résumé dans le tableau suivant l'observation d'un cas de fièvre typhoïde qui démontre que l'on peut, au moyen de bains froids avec friction donnés à 76''F. (24,4''C.) pendant vingt

(1) Thempeutic Gazette, 1894.

minutes, maintenir l'énergie cardiaque, réduire le nombre des pulsations de 130 ou liU à 116 ou 120, alors que la température est de 104° à 105, 6oF. (40 à 40,9oG.), en n'administrant qu'une quantité négligeable de stimulant. Des observations de ce genre fournissent la meilleure réponse que l'on puisse opposer à ceux qui voient dansFaiTaiblissemenldu cœur une contreindication du bain froid. La malade dont il s'agit se cyanosait toutes les fois que la température du bain était inférieure à 70" F. (24, 4'* C); et cependant elle n'absorba en réalité aucun stimulant, car elle vomit ceux qu'on lui donna.

Madame G

ans.

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