‹ La pratique de l'hydrothérapieChapitre 30 sur 105 · DATES · texte numérisé non relu

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Nous pouvons, à ce propos, citer un court extrait du compte rendu d'une discussion empruntée au Médical Record du 7 novembre 1890. « Le D"^ Simon Baruch a défendu la méthode de Brand, et s'est servi des observations apportées par le

276 PRATIQUE DE l'aYDROTHÉRAPIE

D'' Thompson pour démontrer que le bain est le meilleur tonique du cœur. Le bain abaissa la température, il ralentit le rythme et augmenta l'énergie des contractions cardiaques. En outre, le bain rendit la diurèse plus abondante, et, par conséquent, activa l'élimination des poisons qui circulaient dans lorganisme. Le D"" Thompson a confirmé l'exposé fait par le D"" Baruch en réponse aux assertions du D"" Dudley, qui prétendait que le bain froid n'active pas les éliminations, et affaiblit le cœur. »

Objection X. — On objecte le danger des refroidissements et des affections pulmonaires. Ce prétendu danger n'est qu'une superstition, qui trouve encore place dans l'esprit des profanes et qui, malheureusement, n'a pas encore été expulsée de l'esprit de tous les médecins. L'enseignement de la clinique a répondu avec abondance à cette objection. Je n'ai vu réunies nulle part plus de dispositions exposant les malades au froid que dans l'hôpital militaire de Vogl à Munich. Puisque l'association d'air froid et de bains très froids ne produit ni bronchite, ni pneumonie, ni pleurésie chez les typhiques, on ne peut accuser le bain tout seul d'en déterminer. (La crainte du refroidissement que pourraient amener les bains ou l'air froid dans la fièvre typhoïde, dit Vogl, est sans fondement.)

Loin d'entraîner des complications pulmonaires, le bain froid constitue, au contraire, le meilleur traitement à opposer à ces complications, quand elles surviennent dans le cours de la fièvre typhoïde ; c'est ce que prouvent les nombreuses observations détaillées publiées par Brand, Vogl, Tripier et Bouveret et d'autres auteurs. Lorsque ces complications se produisent à une période avancée de la maladie et qu'elles s'accompagnent d'une adynamie profonde, mais alors seulement, le bain froid peut être remplacé par un bain plus tempéré et d'une durée plus courte.

Objection XL — Le médecin qui applique rigoureusement la technique de Brand incline sa raison devant une méthode purement empirique. On a demandé : « Est-ce une règle absolue de donner un bain à Ga^F. (18,3° C.) toutes les trois heures en liiver, toutes les fois que la température atteint lOS'^F. (39,4oC.), ou peut-on modifier cette pratique suivant les indications de chaque cas? »

Je m'écarterai rarement de la règle, sauf au début du traite-

ment, quand il est utile d'apprécier les facultés réactionnelles du malade; car cette règle est basée sur des observations cliniques 1res nombreuses, soigneusement recueillies dans des pays divers, par des médecins différents, exerçant dans la clientèle privée, dans les hôpitaux civils etdans les hôpitaux militaires. Tant que le médecin n'aura pas découvert, par ses propres recherches, un traitement plus efficace que la méthode de Brand, il fera bien de suivre celle-ci. Le préjugé qui existe contre le bain froid ne saurait peser en face des observations accumulées par des cliniciens dignes de foi. Tout au plus peut-on admettre que ce préjugé existe chez le malade. On doit toujours se rappeler que le bain est un agent prophylactique ; il n'a pas pour but d'abaisser la température, mais datténuer la violence du processus fébrile, jusqu'à ce que celui-ci ait dépensé toute son énergie. Quiconque espère juguler la tîèvre au moyen du bain sera certainement déçu ; car l'évolution de la maladie est aussi immuable, aussi inexorable qu'une loi de la nature. La température baissera presque constamment à la suite de chaque bain ; toutefois, elle se sera élevée de nouveau, en se rapprochant plus ou moins du degré où elle se trouvait précédemment, lorsqu'on la prendra au bout de trois heures. Mais, de jour en jour, il se produira un abaissement progressif et régulier de la température moyenne, qui indiquera que les moyens de défense de l'organisme s'opposent victorieusement à la maladie. Voilà ce que l'on obtient habituellement du bain froid appliqué selon les règles, sans timidité et sans faiblesse; mais on ne pourrait en espérer autant d'un bain de Brand modifié. Toutes les fois que nous essaierons de substituer au bain froid une autre opération hydriatrique, d'élever la température de l'eau, de raccourcir la durée du bain, ou d'en modifier l'exécution de quelque autre façon, nous devrons nous attendre à observer un changement dans le résultat (i). Si l'on commence le traitement tardivement, la maladie résiste davantage à l'intervention thérapeutique et le bain n'amène pas exactement les résultats que nous avons décrits. Il en est de même lorsqu'il s'agit d'une forme grave de la maladie.

On doit prendre soin de ne pas commettre l'erreur opposée, c'est-à-dire qu'on ne doit pas abaisser la température du bain au-dessous de celle qui est indiquée par Brand. On peut citer

(1) « Plus on applique la méthode avec rigueur, plus les résultats sont satisfaisants » [Médical Record, 7 mai 1898). '

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à l'appui de celte recommandation un récent travail de Vogl ',1), qui rend compte d'une épidémie survenue en IS'.t.'i. Bien quelon donne le traitement employé comme l'application stricte (?) de la méthode de Brand, les résultats ne sont pas aussi favorables que dans les rapports précédents de l'auteur, et cela pour plusieurs raisons que j'exposerai, car je les considère comme très instructives.

« Le nombre des cas admis à l'hôpital militaire, écrit Yogi, fut de -426, le nombre des décès de 36, ce qui donne une mortalité de 8, 4 pour cent. L'épidémie de fièvre typhoïde avait été précédée d'une épidémie d'influenza, qui était encore en activité ; si bien que la plupart des soldats étaient atteints à la fois des deux infections. On remarquait chez les malades une tendance beaucoup plus marquée que d'ordinaire aux jiémorragies et une dépression nerveuse plus prononcée que dans aucune épidémie antérieure. Les ganglions cardiaques semblaient particulièrement atteints par l'intoxication, comme le montraient le ralentissement et la faiblesse du pouls. La résistance des malades paraissait donc diminuée par le caractère particulier de cette épidémie ; c'est ce qui explique, sans doute, que la mortalité ait été assez élevée malgré l'adoption de la méthode de Brand (?). Le traitement consista dans l'administration rég-ulière de bains à 12o R. (lo» C.) pendant quinze minutes toutes les trois heures, toutes les fois que la température rectale du malade atteignait 39° C; on donnait après chaque bain du thé noir fort avec du cognac, et chaque jour une bouteille de vin rouge, des œufs mollets, de la bouillie avec des œufs, quarante à soixante centilitres de lait. On administra dix mille bains pendant la durée de l'épidémie. »

Bien que le D^ Vogl soit satisfait de n'avoir eu qu'une mortalité de 8, 4 pour cent, alors que l'épidémie présentait une forme particulièrement grave, ce dernier résultat ne soutient pas la comparaison avec les résultats des années précédentes, parmi lesquels on trouve, comme chiffre extrême, une mortalité de 3, 2 constatée une seule fois, et dont la mortalité moyenne était de 2,4 pour cent. Vogl explique cette mortalité exceptionnelle (et pourtant bien inférieure à celle que l'on voit quand on emploie un autre traitement que la balnéation) par la coexistence de l'influenza qui détermina, même dans les premières périodes, une grande irrégularité du pouls, et d'au-

(1) Miinchener mediclnisc/ie Wochenschrifl, 1S95, n° iO.

l.E BAIN FROID AVEC FRICTION 279

très symptômes d'insuffisance cardiaque qui font toujours de Tadminislration du bain froid une [question sérieuse. Néanmoins, le traitement mit en évidence l'action tonique des bains; car leur interruption était toujours suivie d'un affaiblissement cardiaque et d'une dépression nerveuse, tandis que la reprise des bains déterminait une amélioration pendant la durée assez longue du processus infectieux (cinq à six semaines).

Je préférerais m'abstenir de toute critique au sujet de ce remarquable rapport de Vogl, par égard pour la grande compétence de l'auteur et pour ses précieux travaux ; mais, à mon avis, le bain, tel qu'il fut donné dans l'épidémie en question, n'était pas strictement conforme à la méthode de Brand. Le bain à 12° R. (15" C), température inférieure de 3° à la température minima conseillée par Brand, exigeait probablement, de la part du c(eur, unetfort beaucoup plus grand que cet organe n'était capable de le fournirsans dommage. Cela, d'ailleurs, ne contredit en rien l'assertion de Brand, si souvent confirmée par Vogl lui-même, ainsi que par l'auteur, qui prétend que le bain froid est le meilleur tonique du cœur dans la fièvre typhoïde. Le lecteur n'oubliera pas que l'efTet tonique du bain froid se manifeste surtout par son action préventive. Comme on l'a dit plus haut (page 277), les bains ne se montrent pas aussi efficaces quand on commence à les appliquer seulement à une période avancée de la maladie; en ce cas, on doit mettre beaucoup de circonspection à déterminer la température du bain. Les malades de Vogl commencèrent à être baignés alors que [ïTinfection grippale avait déjà affaibli leur cœur; ils se trouvaient à peu près dans les mêmes conditions que les malades qui sont arrivés au troisième septénaire de la fièvre typhoïde. L'appareil nerveux du cœur était insuffisant pour répondre à l'excitation produite par les bains très froids que l'on administrait à ces malades. Je crois que c'est là la raison pour laquelle les bains n'arrivèrent pas à diminuerja gravité de cette typhoïde, d'une façon aussi démonstrative que si Ton eût appliqué exactement la méthode de Brand. Ce fait nous montre que, toutes les fois que nous nous écartons de la technique de Brand, nos résultats s'écartent également de ceux qu'a obtenus ce médecin (1).

(1) 11 est arrivé à l'auteur, à propos d'un malade auprès duquel il avait été appelé en consultation à Chicago, de recevoir une nuit un message téléphonique alarmant lui annonçant que le malade était tombé dans le coUapsus à la suite dun bain. En me renseignant, je découvris que la

280 ppAïiouE DE l'hydrotuérapie

Objection XII. — C'est une objection de sentiment. Elle n'est pas formulée seulement par des profanes, mais encore par quelques médecins. C'est ce que l'on peut voir dans un article du Médical Record du 18 novembre 1895, qui montre ce que devient la question quand on l'envisage d'un point de vue sentimental. L'horreur que l'auteur de cet article manifeste pour la balnéation est vraiment émouvante. Voici comment il s'exprime : « Actuellement, le bain administré suivant la méthode de Brand jouit d'une popularité vraiment enviable, comme moyen permettant de réduire l'hyperthermie et de prévenir les complications. On a publié un grand nombre d'observations pour en démontrer l'efficacité; maison a bien rarementpris la peine de décrire, dans les publications médicales, les supplications pitoyables et vaines de malades qui demandaient qu'on leur fît grâce du bain suivant, et qui moururent malgré la continuation des bains. Les cas de ce genre n'ont jamais été mis en relief dans les travaux scientifiques concernant le nouveau traitement antithermique. Le côté pathétique de l'histoire ne se voit jamais dans les statistiques. »

Un argument de ce genre, présenté au lieu de statistiques ou de données cliniques, mérite à peine d'être réfuté. Mais, comme on peut s'en servir pour intimider quelques praticiens qui sont toujours prêts à laisser couler de leur sein le lait de la pitié humaine, je me propose d'en discuter la valeur.

Le D"" J. C. Wilson, professeur au Jefferson Médical Collège (1), fait cette remarque : « Habituellement les malades ne font aucune objection à l'administration des bains; lorsqu'ils en font, ils ne les maintiennent pas après avoir pris quelques bains. »

Le Dr W. Gilman Thompson a rendu compte de l'expérience personnelle qu'il fit des bains froids à l'occasion d'une fièvre typhoïde dont il fut atteint : « Il n'est agréable en aucun temps d'être enlevé d'un lit chaud pour être plongé tout à coup dans l'eau froide; mais le soulagement qu'on éprouve à la suite de cette opération et l'inlluence favorable qu'elle exerce sur tous les symptômes sont si prononcés que l'on supporte facilement le désagrément passager qu'elle impose. »

température de ce bain avait été de 60° F. (15 T^» C). Le malade guérit. Les erreurs de ce genre sont habituellement commises par des médecins qui ont commencé par faire de l'opposition à la méthode de Brand, et qui l'ont adoptée après avoir observé les résultats qu'elle donne. [\) Médical News, 6 décembre 1890.

11 est évident que ces observateurs consciencieux n'ont pas vu le côté pathétique de l'histoire.

L'auteur de l'article prétend que la méthode de Brand ne sera « jamais adoptée d'une façon générale à la campagne et dans la pratique privée en ville ». Je suis convaincu que l'intelligence du public obligera partout les médecins hésitants et sentimentaux à recourir à cette méthode, dès qu'il aura appris quels en sont les résultats.

La presse politique a déjà sur ce sujet une opinion plus éclairée, et elle se renseignera de mieux en mieux. Dans nos grandes villes, les maîtres les plus éminents de la science médicale, qui étaient encore sceptiques, il y a quelques années, sont maintenant convertis, et la méthode de Brand est appliquée chaque jour avec succès dans les plus grands hôpitaux. Les jeunes médecins qui s'y forment ne se laisseront donc pas guider dans leur thérapeutique par le sentiment, ni par des principes irrationnels. On doit être positif dans l'exercice de la médecine. Des deux méthodes positives qui s'olTrent, le bain froid et la médication antithermique, on n'hésitera pas longtemps à choisir la première. Des médecins distingués ont abandonné la dernière, et beaucoup, qui défendent courageusement leur conviction, administrent le bain froid même dans leur clientèle privée. Le D'' A. B. Bail m'a dit qu'il ne rencontrait aucune objection sérieuse dans sa clientèle privée, bien qu'il donnât le choix entre le bain ou la cessation de ses visites. J'ai traité par les bains froids la femme d'un médecin qui en avait vu administrer à un typhique dans sa propre famille; j'ai traité de même sans difficulté un typhique qui se trouvait dans un élégant hôtel d'une station d'été; j'ai donné des bains à trois membres d'une même famille, qui furent atteints de fièvre typhoïde l'un après l'autre, à intervalle d'une année. J'ai vu quatre familles différentes se servir successivement d'une même baignoire, qui fut cédée par l'une à l'autre sur ma demande. Les appels « pitoyables » d'un premier malade ne détournèrent pas ces profanes d'accepter pour les suivants l'emploi du bain froid. Le sentiment et le pathétique doivent céder en médecine à la logique et au sens commun.

Au Congrès de la Brilish Médical Association, en 1896, un grand nombre de médecins, se plaçant à un point de vue purement sentimental, désapprouvèrent l'emploi du bain froid dans la fièvre typhoïde. Le D'' Osier combattit leur opinion et déclara qu'il n'hésiterait pas à adopter ce traitement, même

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s'il élait encore plus rude et plus désagréable, parce qu'il sauve des existences qui sans lui seraient sacrifiées. Cette affirmation était d'autant plus éloquente qu'elle venait dun médecin qui, trois ans auparavant, estimait que, « si les résultats de ce traitement sont assez favorables pour en rendre l'usage presque obligatoire dans la pratique hospitalière, les difficultés de son application le rendent à peine utilisable dans la clientèle privée. ». Ce clinicien montrait ainsi, non seulement son impartialité bien connue, mais encore l'opinion que l'on a du bain froid, quand on en a acquis une expérience plus étendue.

Objection XIII. — Complications. On a affirmé que le bain froid augmente la tendance aux hémorragies intestinales, en chassant le sang de la périphérie vers les vaisseaux altérés de l'intestin. Tripier et Bouveret n'ont trouvé que quatre cas d'hémorragie dans une série de deux cent trente-trois cas de fièvre typhoïde traités par le bain froid. Deux de ces hémorragies furent mortelles, mais aucun des deux décès ne parut être en relation avec l'administration des bains. Ces auteurs concluent que, d'après leur expérience personnelle, les hémorragies intestinales sont moins fréquentes quand on applique le traitement hydriatriquc. Brand, qui a étudié tous les résultats de la méthode avec l'unique souci d'arriver à la vérité, a examiné, à ce point de vue, les observations de plusieurs centaines de cas. Sur 4.995 cas de fièvre typhoïde qu'il a rasseml)lés on observa 155 fois des hémorragies intestinales, dont 35 entraînèrent la mort des malades. La fréquence de cette complication fut donc de 3,1 pour cent, et la mortalité qu'elle causa de 0,6 pour cent. D'autre part, sur 4,890 cas qui ne furent pas traités par le bain froid, on nota 271 fois des hémorragies. soit dans 5,6 cas sur cent. Goltdammer, qui n'est pas un partisan aussi ardent de l'efficacité du bain froid que Brand, nous fournit des statistiques plus étendues (près de 20.000 cas), d'après lesquelles il conclut que le bain froid n'a aucune influence sur la production de l'hémorragie intestinale. Yogi, sur 251 cas traités par le bain froid, n'a observé que deux fois des selles sanglantes. Dans une série d'observations prises récemment par l'auteur, on n'enregistre que deux hémorragies survenues, l'une à l'hôpital, alors qu'on appliquait la méthode de Brand, l'autre dans la clientèle privée, chez un malade à qui l'on ne donna pas de bain, parceque sa température rectale n'atteignit jamais 1U3«F (39, i°C.j. Le premier de ces malades mourut

d'une perforation, il avait été amené à l'iiùpilal dix jours après le début delà maladie, c'est-à-dire trop tard pour que 1 action prophylactique du traitement put se produire; le dernier

guérit. .

Toutes les présomptions s'accordent donc pour nous taire admettre que le bain froid, loin d'intervenir dans la production des hémorragies, en diminue, au contraire, la fréquence, les rend plus bénignes et plus curables, si on l'administre de très bonne heure; il n'y a pas, d'ailleurs, à chercher bien lom la raison de ce fait.

« Oue l'altération des plaques de Peyer n'aille pas au delà du st^ade intlltralion,si le traitement est institué avant le fatidique cinquième jour, est une autre affirmation qui laisse subsister bien des doutes », dit un auteur dans le Médical liecord. Je renouvelle la réponse que j'ai faite à cet incrédule; car le doute qu'il exprime est l'enfant légitime de l'application que l'on a faite jusqu'ici du traitement expectant. Heureusement pour les malades, mais malheureusement pour notre instruction médicale, les occasions de faire les autopsies des typhiquessont extrêmement rares, quand on emploie le bain froid. Deux cas seulement, dans lesquels la mort fut déterminée par une cause autre que la maladie, mais qui avaient été soumis à labalnéation avant le cinquième jour, donnent sur ce pomt des renseignements démonstratifs. Un de ces cas a été publie dans le Lyon Médical de 188(5 ( n" 14) et l'autre par Brand en 1833. Dans le premier, le malade succomba au vingt et unième jour d'une fièvre typhoïde typique ; on ne trouva aucune perte de substance ancienne ni récente dans l'intestin. Dans le second cas, où le décès se produisit également le vingt et unième jour, on ne trouva aucune ulcération, aucune cicatrice, aucune tache pigmentée; on nota seulement une infiltration récente. Puisque la diarrhée, le météorisme, l'hémorragie, une langue sèche et rouge sont les signes de l'ulcération des plaques de Peyer, on doit admettre que l'absence de ces symptômes dans un grand nombre des cas que l'on traite par le bain froid, est une démonstration de l'absence d'ulcération. Le témoignage de Yogi sur ce point est tout à fait concluant et doit entraîner la conviction; car il est basé sur l'étude comparée des résultats obtenus pendant un grand nombre d'années chez des malades d'une même catégorie, des soldats. « L'atténuation des symptômes intestinaux, dit Yogi, est un résultat bien évident du bain froid; il suffira d'un petit nombre d'expériences pour se convaincre

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de l'efficacité de celui-ci. Sur 221 cas, la moyenne quotidienne des selles diarrhéiques n'était que de 0,7 pour cent,tandisque, dans les cas traités par les bains associés aux médicaments antithermiques, cette moyenne atteignait 1,9 pour cent. Il ne fut jamais nécessaire (dans 251 cas dont les observations ont été soigneusement prises) de recourir à l'opium et au bismuth ; on observa du météorisme,avec tension des parois abdominales seulement chez les malades qui furent admis tardivement à l'hôpital; les bains le diminuait». Le bain exerce une action favorable sur le processus local qui n'est qu'une des manifestations de l'infection générale.

Lorsque l'hémorragie intestinale est grave et s'accompagne de signes généraux, pâleur, petitesse du pouls, refroidissement des extrémités, chute de la température au-dessous de la normale, on doit interrompre les bains. Une légère coloration sanglante des selles ne doit pas empêcher de continuer l'administration des bains. Brand les a maintenus dans six cas, et s'en est bien trouvé; dans un septième cas, il ne leur trouva aucun inconvénient. Brand distingue l'hémorragie congestive, qui survient surtout avant le quinzième jour, et qui ne doit pas interdire le bain, de celle qui survient plus tard, et qui est due à l'altération des vaisseaux sanguins. Si l'hémorragie est abondante, on doit laisser le malade au repos, et, dans ce cas seulement, suspendre les bains, pour leur substituer des ablutions, que l'on donne sans déranger le malade. *

On peut reprendre les bains dès que l'hémorragie est arrêtée. C'est même la règle que l'on doit suivre dans tous les cas où ils ont été interrompus pour une cause de ce genre; car c'est à eux que nous allons faire appel pour réparer les forces du malade; eux seuls peuvent lui permettre d'échapper aux dangers toujours présents que lui font courir les processus infectieux.

Objection XIV. — On a prétendu que les rechutes sont plus fréquentes, quand on traite les typhiques par le bain froid. Cela est vrai probablement, mais s'explique par ce fait qu'un plus grand nombre de cas survivent aux rechutes. Si la méthode de Brand, sur cent malades, en sauve seize que l'expectation eût laissé succomber, seize cas de plus seront exposés à la rechute. Si l'on estime d'après le pourcentage habituel des rechutes le nombre de celles qui correspondent à ces seize cas, on constate qu'il explique facilement l'augmentation apparente du nombre des rechutes consécutives à l'emploi du bain froid.

Contre-indications à l'emploi du bain froid. — La menstrualion el la grossesse sont considérées comme des contreindications à l'emploi du bain froid par les médecins qui n'ont pas Texpérience de ce mode de traitement. Ceux qui baignent systématiquement les typhiques constatent chaque jour que cette opinion n'est en rien justifiée et l'auteur peut confirmer le résultat de leur expérience. J'ai souvent administré des bains à des femmesau moment de leurs règles, et le D'' F. -II. Daniels a traité par la méthode de Brand, au Manhattan General Hos- /jtffli, pendant le cours entier d'une fièvre typhoïde, une femme qui se trouvait au septième mois de sa grossesse et qui guérit.

La pleurésie exige l'interruption des bains, parce qu'elle nécessite le repos. Toutefois, si une température élevée persiste et s'accompagne de troubles nerveux graves, on doit administrer les bains alors même que la pleurésie existe. Brand n'a jamais observé de pleurésie sur 335 cas ; Rolet, sur 1.005 cas, ne l'a observée que quatre fois; Mollière, une seule fois sur 234 cas. Suivant Betke, la mortalité due à cette complication est peu élevée dans les cas qui sont traités par le bain froid; elle n'était que de 0,2 pour cent sur 5.075 cas, tandis qu'elle se trouvait de l,i pour cent sur 1.420 cas traités par les moyens médicaux ordinaires. J'ai eu un décès par pleurésie au Manhattan General HospUal. On avait commencé les bains trop tard.

11 n'est pas rare de constater une toux violente et un accès de dijspnée a» moment où \e malade sent le premier choc de l'eau froide; mais ces symptômes disparaissent rapidement. Tripier et Bouveret rapportent cinq cas dans lesquels ces troubles persistèrent au point de nécessiter la cessation des bains. Dans quelques cas la dyspnée est un phénomène volontaire; les malades la créent intentionnellement, ou la simulent afin d'alarmer les assistants et d'empêcher que les bains ne soient continués. En rassurant ces malades on les amène à surmonter leur appréhension.

S'il survient de la cyanose et une syncope, on doit interrompre le bain ; mais ce n'est pas une raison pour l'abandonner dans les cas graves. On peut parfois appliquer utilement aux cas de ce genre le bain progressivement refroidi ou le maillot humide. La toux que détermine le choc de l'eau froide a un heureux effet : elle débarrasse les bronches de leurs mucosités et stimule la circulation pulmonaire. On a accusé le bain froid d'avoir causé des syncopes mortelles. L'expérience démontre qu'on ne doit pas redouter cette éventualité. La mort subite

286 PRATIOUE DE l'hydrothérapie

par alTaiblissement du cœur dans la fièvre typhoïde n'est pas un événement exceptionnel; mais, comme je l'ai montré, le meilleur moyen de la prévenir, c'est d'avoir recours aux bains froids. Korber a établi que, sur 874 typhiques traités par les bains, dix seulement succombèrent immédiatement à la suite d'un bain; ils se trouvaient' dans un état tout à fait désespéré. « Un fait que l'on doit particulièrement remarquer, dit Vogl, c'est qu'on n'a pas observé une seule fois du coUapsus avant, pendant ou après un bain dans des milliers de cas. »

Pour ma part je n'ai jamais vu le collapsus à l'occasion d"ua| '■ bain.

La perforation intestinale et la péritonite contre-indiquen l'administration du bain froid; celui-ci, en eflfet, troublerait 1 repos du malade, qui doit être absolu.

Non seulement on a fait justice de cette opinion que le bain froid est parfois la cause de ces graves complications, en y opposant des statistiques étendues et démonstratives et des' observations cliniques détaillées, mais on a établi, en outre, que le bain froid diminue la fréquence de ces complications. Les statistiques de Murchison portent sur 1.271 malades, et donnent 196 cas de perforation (11.38 pour cent). Les 4.884 malades de Brand n'en fournissent que 12 cas (0,24 pour cent)

La néphrite. — Le D'' James Tyson (l)a rapporté l'observation d'un typhique, qui présenta de l'albumine et des cylindres hyalins dans son urine trois jours après son admission à l'hôpital. On lui donna du lait et des liquides. On le baigna cinq fois par jour. La sécrétion de l'urine et l'excrétion de l'urée augmentèrent dans les proportions suivantes :

Jour de la maladie. Urine. Urée.

28e 2.100 ce 29.8 pour cent.

L'albumine diminua, puis disparut, ainsi que les cylindres. La toux fut moins violente. On ne trouva pas de bacilles de Koch dans les crachats. Le malade eut une otite moyenne double, mais ne garda pas de troubles auditifs. La néphrite eut une évolution bénigne.

La congestion rénale est un danger que la méthode de Brand peut écarter; le bain froid n'est donc pas contre-indiqué par

(1) Médical Record, 1896.

I.^tiuice de cette néphrite passagère. Vogl traite par les bains oldats, dont cinq présentent de la néphrite : tous guéris- . Sur 69 autres typhiques non traités par la méthode de îd, neuf ont de la néphrite et cinq meurent. Mon expéce personnelle confirme celle de Tyson et celle de Vogl. i?s sueurs profuses ne sont pas une contre-indication à iploi des bains. On doit, quand elles se produisent, sécher lalade en le frictionnant avant de le baigner, es escarres (si elles sont étendues) obligent à cesser les is, parce que les déplacements du malade rendraient diffîles soins antiseptiques. On pourra remplacer le bain par lulion générale ou la compresse froide.

'énjsipi'lê ne constitue pas une raison d'interrompre les is, tant qu'il ne s'accompagne pas d'une destruction étendes tissus.

es typhiques se plaignent souvent de douleurs intenses, eant dans les muscles des membres, qui peuvent amener praticiens timorés à suspendre les bains. Le faire est une eur. Une bonne friction fait cesser ces crampes. On peut 'fois en prévenir l'apparition en enveloppant d'une bande flanelle épaisse la jambe du malade, avant de le placer dans :)ain.

)n ne doit pas soustraire au bain les cas avancés, c'est-à-dire IX qui ont dépassé le second ou le troisième septénaire, squ'on est appelé à s'en occuper. Lorsqu'on a soutenu, par 5 bains administrés dès le début, le système nerveux du maie, non seulement celui-ci supporte facilement le traitement ns la dernière période, mais il sent encore, chaque jour, 5 forces se relever sous l'influence du bain froid. Si l'on voit typhique pour la première fois, alors qu'il a déjà parcouru moitié, ou plus, de la durée de la maladie, on doit adminisir les bains avec plus de précautions; on les donnera plus Lirts, et à une température plus élevée. Dans ce cas, les jultats de la méthode de Brand sont moins remarquables ; pronostic n'est plus aussi favorable. Cependant, beaucoup cas désespérés, qui se termineraient fatalement par la mort, on les traitait par l'expectation ou par les antithermiques, outissent maintenant à la guérison, comme le prouvent les servations hospitalières, parce qu'on les soumet à un traile- 3nt hydriatrique rationnel. C'est d'après l'état du cœur, sur- Lit, qu'on doit décider de l'administration du bain, ou plutôt la forme du bain à donner. Il faut, pour que la réaction se

288 PRATIQUE DE l'uYDROTUÉRAPIE

produise à la suite d'un bain à (jo'^F. (18. S-'C.)' que le systèmt nerveux central et le myocarde soient peu touchés. Ce n'es; presque jamais le cas, lorsque le malade supporte un état fé brile depuis longtemps déjà, sans avoir éprouvé l'action bien faisante du bain froid, quand bien même il n'existe pas de It sions organiques. Il est préférable d'administrer alors, soit bain progressivement refroidi de Ziemssen, soit le maillot 1 mide, soit le bain chaud avec affusions froides, suivi de tri( tions. On permet ainsi aux tissus altérés de se réparer, 't o peut avoir, plus tard, recours au bain froid, si les sympt^mt l'exigent.

Je me suis efforcé, dans le cours de ce chapitre, déclairc tous les détails, de répondre aux objections et de prévoir 1 difficultés que peut rencontrer le médecin inexpérimenté.

J'ai laissé subsister, dans cette édition, ce plaidoyer, qu( quefois un peu long, en faveur de la méthode de Brand. Vol pourquoi. On a modifié récemment d'une façon malheureu les règlesde cette méthode en Allemagne même, où elles o été formulées pour la première fois, en dépit de la reconnai sance que l'on doit au médecin habile et énergique qui les établies; et celui-ci n'est plus là pour défendre son œuv contre les attaques injustifiées et souvent basées sur des i terprétations erronées. Lorsqu'un médecin aussi autorisé q Curschman s'élève contre « la méthode barbare de Brand, q emploie de l'eau à 10°C. >), il est à craindre que ces donné"! ainsi faussées par l'ignorance n'inspirent aux praticiens ui certaine méfiance à l'égard du bain froid.

Delirium tremens. — LetuUe (1) a obtenu de bons résultat dans cette maladie, de l'administration de bains à 18°C., d'uil durée de dix à quinze minutes, toutes les deux ou trois heure suivant la gravité du cas et la température du malade. Dans i cas, le sujet pouvait à peine être maintenu par la camisole force; la température rectale était de 40.3oC.Ûn donna un ba un peu prolongé (vingt-huit minutes), le malade se cyanosa tomba dans le collapsus (pouls à 108, température rectale r{3,9"C.), et on eut beaucoup de mal à le ranimer. Dans autres cas les résultats du bain froid furent excellents, Lelu regarde cette méthode comme le meilleur traitement du d( riurn tremens.

(i) Presse médicale, n» 59, 1899.

Li: BAIN FROID AVEC FRICTION 289

salvant (1) conseille le bain froid dans le delirium tremens, tes les fois que la température atteint 39oC. Si le cœur et artères sont en mauvais état, il emploie de l'eau à 2o-28o; les fonctions circulatoires ne sont pas sérieusement troues, de l'eau à 18'^C. ; les bains durent de cinq à dix minutes îont renouvelés toutes les trois heures. Le médecin doit sur- 11er Texécution de tous les bains et ne pas cesser d'observer pouls. Des bains tièdes suffisent dans les cas bénins, lorsque température est inférieure à 3'JJ C Dans les cas compliqués ndocardite, de péricardite, de myocardite, d'artériosclérose, diabète, etc., le bain tiède donne d'excellents résultats.

1) Cenlralblatt f. d. gesammte Thérapie, 1903.

Barcc:i. — Hydrothérapie. 19

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