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CHAPITRE III LE BAIN CHAUD

Un bain préparé avec de l'eau à une température supérieure à celle de la peau (92°F., 33,3oC.) est un bain chaud [Warm halh). J'ai adopté cette définition afin de préciser le sens du mot « chaud «, qui, par lui-même, n'indique pas une température déterminée. Au lieu d'employer les expressions de « tiède», « chaud », « très chaud » (lepid, irarm, hot), je mentionnerai la température exacte du bain; en etï'et, c'est seulement en se basant sur la connaissance exacte de la température d'un bain qu'on peut en obtenir des eli'ets physiologiques ou thérapeutiques définis.

Nous devons consacrer au bain chaud un chapitre spécial; car sa technique, son mode d'action, ses indications sont très différents de ceux du bain froid (au-dessous de 92° F., 33,3° C).

Technique. — La salle de bain ne doit pas être à une température inférieure à70°F.(21,I°C.),ni supérieure à SO^F. (26, 6oC.). On préparera les objets suivants :

1° Deux draps de toile et plusieurs serviettes molles, bien chauffés dans une étuve, sur un radiateur ou devant un foyer; on les enveloppera d'une flanelle ou d'une petite couverture, pour les conserver chauds au voisinage de la baignoire, jusqu'à ce que le bain touche à sa fin ;

2° Une baignoire remplie aux trois quarts d'eau à 95°F. (35oC.) :

3" Une paire de pantouiles chaudes ;

^° Quelques boules d'eau chaude;

S° Une certaine quantité d'eau chaude, permettant d'élever rapidement la température du bain. Si l'on n'a pas à sa disposition un appareil fournissant de l'eau chaude et del'eau froide,

LE BAIN ClIALD 291

on placera à portée de la main plusieurs récipients contenant de l'eau à une température de 2Û0'^F. (93,3'^C.)-

On doit remarquer qu'il est beaucoup plus difficile de maintenirà une température donnée un bain chaud qu'un bain froid. En efïet, le bain chaud est habituellement à une température plus élevée de 20 degrés F. (11° C), ou plus, que celle de la salle; tandis que le bain froid d'une certaine durée est rarement à une température inférieure de plus de 3 degrés F. (2,7°C.) à celle de la salle. L'eau du bain chaud se refroidira donc très rapidement pendant l'opération, si l'on n'y ajoute de l'eau chaude.

Lorsque tout est prêt, le malade se bassine le visage avec de l'eau puisée dans la baignoire. Puis il s'étend dans le bain et l'inflrmier veille à ce que l'immersion soit complète pendant toute la durée de l'opération ; bien que ce détail soit de première importance, on le néglige souvent. Immédiatement avant la fin du bain, on retire de son enveloppe le drap chaud, et, quand le malade s'est levé et s'est placé sur une descente de litchaude,on l'enveloppe complètement de ce drap; on chausse ses pieds de pantoufles chaudes et on le place rapidement sur son lit, serré dans le drap chaud, sans le sécher, puis on le couvre avec des couvertures et l'on place auprès de lui les boules d'eau chaude qui ont servi à chauffer le lit. Au bout de dix minutes, avant de retirer le drap, on s'en sert pour sécher doucement le malade. On essuie les pieds avec soin, ainsi que toutes les régions qui peuvent retenir l'humidité. Si une transpiration trop abondante empêche le sommeil, on séchera le malade avant qu'il ne se retire dans sa chambre après les bains suivants. La technique de ce procédé est évidemment destinée à conserver au malade, le plus longtemps possible, la chaleur qu'il a empruntée au bain ; aussi, doit-on éviter de provoquer une sudation abondante. On suivra donc avec soin la marche que nous venons d'indiquer. L'infirmier fera bien d'en relire l'exposé avant d'administrer le bain.

Bain chaud et maillot sec. — La technique de ce procédé diffère de celle du bain chaud ordinaire, principalement en ce qu'elle comporte l'application d'un maillot sec à la suite du bain. La température de l'eau doit être à 104°-108° F. (40°- 42, 2'^ C.) ; la durée du bain doit être de cinq à dix minutes; l'une et l'autre sont fixées d'après la tolérance du malade. On fait, pendant le bain, un léger massage des articulations en-

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fiées OU des muscles douloureux. Avant de déshabiller le malade, on aura disposé sur un lit trois couvertures. Le bain terminé, on enveloppe complètement le malade d'un drap chaud, on rétend sur les couvertures que Ton relève et que Ton serre successivement autour de son corps; on opère en ayant soin d'éviter toute perte de calorique. On applique les couvertures de la manière que nous avons indiquée à propos du maillot humide. On place sur la tête du malade une compresse mouillée et on lui administre. soixante grammes d'eau glacée toutes les dix minutes, pendant la durée du maillot, qui ne doit pas être inférieure à une heure, à moins que le malade n'accuse un affaiblissement marqué ou que l'artère temporale n'indique une chute de la tension artérielle. Il ne faut jamais demander au malade s'il se sent faible. Lorsque l'application du maillot est terminée, on sèche rapidement le malade et on le frictionne avec de l'alcool. Après être resté une demi-heure au repos, le malade ne doit pas craindre d'aller aussitôt au grand air; il est même nécessaire qu'il le fasse, à condition qu'il soit bien protégé contre les rigueurs de la température.

Mode d'action. — Le bain chaud exerce une action marquée sur les terminaisons nerveuses sensitives. Heyman et Krebs soutiennent que les terminaisons nerveuses s'imbibent d'eau et que leur sensibilité s'émousse ainsi ; ils ont démontré que la sensibilité diminue, à mesure que se produit cette lente imbibition des terminaisons nerveuses et des parties qui les entourent, et qu'elle se réveille, lorsque l'eau se retire des tissus. Dans le bain tiède, l'eau pénètre dans les tissus, soit parce qu'elle est directement absorbée par la peau, soit parce que la transpiration est arrêtée. KoUiker a également montré que limbibition des terminaisons nerveuses entraîne une diminution marquée de leur irritabilité. Un nerf qui baigne dans de l'eau tiède conserve pendant un moment assez court une certaine sensibilité, mais il la perd plus rapidement qu'un nerf exposé à l'air, que l'on protège contre la dessiccation que produirait l'évaporation.

Ce fait nous donne une explication plausible de l'action calmante du bain chaud, dont on obtient de si bons résultats, à l'heure actuelle, dans les maladies nerveuses et mentales, quand on emploie de l'eau à une température ne dépassant pas 100" F. (38° C).

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Lorsqu'on fait intervenir des températures plus élevées, l'excitation thermique est plus forte, elle a raison de l'obtusion de la sensibilité et les résultats sont opposés.

Nous avons décrit assez longuement les effets des températures supérieures à celle de la peau en exposant l'action des opérations hydriatriques sur le pouls, la respiration, les échanges organiques, etc. Ces effets sont d'autant plus marqués que la différence entre la température du bain et celle de la peau (92° F., 33,3° C.) est plus grande.

Lorsque l'on considère les modifications manifestes que les bains chauds déterminent dans toutes les fonctions de l'organisme, on comprend qu'aucun autre agent thérapeutique ne peut leur être comparé. Un procédé qui peut augmenter le nombre des pulsations radiales, et même le doubler, élever la température interne de trois degrés F, accroître l'absorption de l'oxygène de 78 pour cent, et l'élimination de l'acide carbonique de 91 pour cent, modifier le calibre des vaisseaux des organes internes aussi bien que celui des vaisseaux de l'aire cutanée tout entière, ce procédé ne peut se comporter autrement que comme un agent thérapeutique efficace, quand on l'emploie judicieusement.

Oliver a publié des observations, qu'il a recueillies en se servant d'un artériomètre ingénieusement construit et d'autres instruments de précision, en vue de déterminer l'action des bains sur l'appareil vaso-moteur. L'immersion dans un bain très chaud (100'^ à 106o F., 389 à 40, 5° C.) amène rapidement une réduction du calibre de l'artère radiale et un abaissement de la tension artérielle, en déterminant une prompte dilatation des artérioles de la peau. On peut attribuer à cette dilatation l'augmentation de volume des membres que l'on observe aussitôt après l'immersion du corps. Cette augmentation de volume diminue assez vite. Dans un cas, le volume initial de 1.640 cmc. s'élevait à 1.744 cmc. sous l'influence du bain chaud, puis tombait à 1.680 cmc. en cinq minutes, puis à 1.664 cmc. en dix minutes. L'augmentation de volume était manifestement due à une turgescence passagère des vaisseaux cutanés. L'immersion dans un bain chaud (^96o àl00'5F.,35,5<*, à 38'^ C.), au contraire, amène une augmentation du calibre de l'artère radiale; mais, au bout d'un certain temps, les vaisseaux périphériques se dilatent et se remplissent, et le calibre de la radiale diminue.

J'ai constaté, en administrant des bains à 90°-100o F. (32,2°-

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38° C.) à un infirmier de YHijdriatrk Inslitute, que le bain chaud ne modifie pas sensiblement le pouls. Le pouls devenait un peu plus rapide au moment où le sujet entrait dans le bain, plus plein et plus ferme quand l'immersion était complète; au bout de quinze minutes, à lOO» F. (38» C), il augmentait de fréquence, devenait mou et dépressible. Ces modifications disparaissaient rapidement lorsque le sujet quittait la baignoire.

Le bain chaud a une action marquée sur la respiration. Dans mes expériences, le nombre des mouvements respiratoires était réduit de dix pour cent dans un bain à 100° F. (380 c.).

On doit se rappeler que l'effet du bain chaud varie suivant la température à laquelle le sujet s'est trouvé exposé avant de pénétrer dans la baignoire. Si le sujet s'est déshabillé dans une chambre à la température de 60° F. (lo,SoC.),par exemple, un bain à 92oF. (33, 3oC.)lui paraîtra beaucoup plus chaud que s'il l'a fait dans une chambre à SO^F. (26,6oC.) ou au-dessus. Et encore ce n'est pas là un bain chaud, mais un bain à une température neutre. Un bain à 92oF. (33,3oC.), si on le prolonge vingt-cinq ou trente minutes sans donner de frictions, refroidit progressivement le malade ; car l'eau devient de plus en plus froide et le pouvoir réactionnel du sujet diminue. Quand on retire un malade d'un bain de ce genre, il importe de le sécher parfaitement, de le placer entre des draps de coton chauflfés et de le réchauffer par des moyens artificiels pour favoriser la réaction.

Lorsqu'on élève la température du bain au-dessus de lOi^F. (40°C.), TeiTet est tout à fait ditTérent, parce que le mode d'action n'est plus le même. Le cœur est appelé à fournir un travail plus considérable. Les vaisseaux périphériques ne commencent plus par subir une dilatation ; mais les vaso-constricteurs sont fortement excités; ils se fatiguent très rapidement, les vaisseaux cutanés se dilatent alors et se remplissent de sang ; le sang s'y réchauffe et élève ensuite la température des organes internes. Le pouls augmente de fréquence ; si la température atteint IIO^F. (43,3oC), et si le bain se prolonge, il devient plus faible ; alors le collapsus est à craindre ; mais dès que le malade sort du bain, il éprouve une sensation de bien-être et de légèreté.

Baelz, de Tokio, a publié des observations détaillées sur les effets du bain très chaud. Comme il résidait au milieu d'une

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nation qui fait un usage quotidien du bain très chaud, dans une ville où l'on donne chaque jour quatre cent mille bains très chauds, il a trouvé des facilités tout à fait exceptionnelles pour étudier les effets de ce mode de bain. La température habituellement adoptée par les Japonais est environ de dSO^F. (54,4-0 c.) ; les Européens se contentent de bains entre 104» et 109°?, (40» et 42,8oC.). On se trempe la tête dans de l'eau très chaude avant d'entrer dans le bain, afin de relâcher et dilater les vaisseaux encéphaliques et de prévenir par ce moyen l'anémie cérébrale qui pourrait se produire lorsque les vaisseaux cutanés subissent une dilatation considérable, et qui se trouverait favorisée, d'autre part, par la position assise que Ton prend ordinairement dans ces bains. On considère les palpitations et la sensation de grande chaleur comme des indications de quitter le bain. Le bain très chaud détermine tout d'abord le phénomène delà chair de poule et de la pâleur de la peau, pendant quelques secondes; le pouls se ralentit, puis s'accélère. Au début, la respiration n'est pas beaucoup modifiée; plus tard elle devient purement thoracique. La ^température du corps s'élève lentement à 104°F. (40oC.) et au-dessus, à cause de la rétention de la chaleur organique et de l'absorption de calorique. Cette élévation se produit rapidement, souvent en six minutes ; mais la température revient à la normale, après le bain, en une demi-heure. Les artères se relâchent; l'artère temporale prend une forme sinueuse, comme dans l'artériosclérose. Le pouls est plein ; sa courbe est élevée. Un séjour prolongé dans le bain amène du vertige et des nausées. Le bain très chaud n'augmente pas la combustion des albuminoïdes. A la suite du bain se produit une transpiration abondante. Les Japonais prennent une affusion froide aussitôt après le bain. C'est une erreur de croire, comme on le fait communément, que l'on s'enrhume facilement après un bain très chaud. Suivant Baelz,la chose est impossible. Souventles Japonais, après avoir pris un bain très chaud, courent non vêtus par les rues sans prendre froid. Ce mode de bain n'amène pas davantage d'effet débilitant. Au contraire, il semble stimulant et tonique; mais si l'on en fait un usage continu, on perd habituellement un peu de son poids. On prétend que la sensation de chaleur fournie par le bain japonais est si durable qu'on le regarde comme un procédé économique pour avoir chaud, pendant l'hiver, dans des habitations qui ne sont pas chauffées.

Les bains très chauds exercent une action marquée sur la

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distribution du sang, si Ton en croit les expériences que nous avons rapportées précédemment. Plus le bain est chaud, plus la turgescence des vaisseaux cutanés est considérable, et, par conséquent, plus la vaso-constriction doit être intense dans les organes internes. Il se produit ainsi une certaine anémie de l'encéphale; Schuller a établi ce fait, qui se trouve, d'ailleurs, démontré par la sensation de pression sur la tête, que l'on éprouve quand on se trouve dans le bain, et par le vertige qui survient souvent au moment où l'on en sort.

Les diverses régions du corps présentent des différences marquées de sensibilité à la chaleur; les pieds sont plus sensibles que les mains et les organes génitaux de l'homme sont plus sensibles qu'aucune autre partie de l'organisme.

Les effets des bains chauds (de température voisine de celle de la peau) et ceux des bains très chauds (de température supérieure à celle du corps) diffèrent, comme on peut le prévoir, suivant l'étendue de la surface du corps qui se trouve couverte par l'eau.

Topp (1) a confirmé l'opinion de Baelz, d'après laquelle la sensation de bien-être que l'on éprouve après le bain très chaud (110oF.,43,3oC.)pris à la suite d'un exercice musculaire prolongé, est due à l'élimination des produits provenant de la fatigue, qui sont détruits grâce à l'augmentation des oxydations.

Indications thérapeutiques. — Le bain chaud constitue un excellent moyen d'abaisser la température, de calmer la douleur, de remédier à l'affaiblissement du système nerveux, sans mettre obstacle au fonctionnement d'aucun organe, dans toutes les pyrexies de Venfance et de la première enfance. On ne saurait employer, en vue d'obtenir des effets de ce genre, de meilleur agent thérapeutique qu'un bain à 98"F. (36, 7°C.), ou peut-être à 90°F. (32,'2oC.),de huit à dix minutes, accompagné d'une friction légère. Les troubles nerveux marqués, qui surviennent dans les maladies fébriles de l'enfance et de la première enfance, demandent un traitement qui apaise ces symptômes alarmants, sans diminuer les sécrétions. On aura soin de sécher complètement le malade et de le placer dans des conditions de tranquillité favorables au sommeil, quand on aura administré le bain; on veillera également à ce que l'en-

(l) Therapeutische Monalshefle, février 1894.

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fant ne se découvre pas en s'agitant et ne s'expose ainsi à l'action d'une température très dilïérente de celle du bain. Aujourd'hui que l'on a si facilement recours à Tantipyrine et aux succédanés de celle-ci, une statistique étendue, comme celle que nous allons citer. fournit de précieuses indications. Eroess a publié, dans le Jahrbach fin' Kindcrheilkunde (xxxn, 142), les résultats qu'il a obtenus avec l'antipyrine, la quinine et le bain chaud, dans les pyrexies des nouveau-nés. « Sur 431 cas de fièvre observés dans les dix premiers jours après la naissance, 145 furent de courte durée; les autres durèrent plusieurs jours; dans 184 cas, la fièvre fut continue, dans le plus grand nombre des autres cas elle fut intermittente. Chez 44 malades sur cent, on put l'attribuer à des troubles gastro-intestinaux; chez 34 pour cent à une infection de la région ombilicale. On administra l'antipyrine à dose de six à quinze centigrammes, que l'on renouvelait au bout d'une heure, si cela était nécessaire. Les résultats étaient bons, comme avec la quinine. Les résultats étaient encore meilleurs, quand, au lieu de drogues, on administrait un bain chaud. Le bain était à la température de 9ooF. (35°C.); on le faisait durer dix minutes, cinq minutes pour les enfants débiles. D'une façon générale, les effets du bain se montraient très satisfaisants. L'insomnie et l'agitation cessaient habituellement; l'enfant tombait dans un sommeil paisible, d'oîi il s'éveillait avec une amélioration manifeste de son état. Lorsque la température est très élevée^ le bain chaud est un procédé de grande valeur. »

Il est peu de maladies fébriles de l'enfance pour lesquelles je ne prescrive pas de bains chauds ; j'en obtiens habituellement les résultats les plus satisfaisants. L'usage s'en est tellement vulgarisé que les mères les désignent sous le nom de « bains abaisseurs y>[reducing battis) et en administrent souvent à leurs enfants avant même de m'appeler.

Dans Vinsomnie de la neurasthénie et des autres névroses, on ordonne fréquemment au malade de prendre un bain chaud avant de se coucher ; mais ce procédé est rarement efficace, parce que la technique qu'on suit est défectueuse et qu'elle est en contradiction avec des lois physiologiques bien établies. La prescription que l'on fait d' « un bain chaud à prendre au moment du coucher » ne donne pas ses résultats, parce qu'on n'indique ni la température, ni la durée, nid'autresdétails qui ontleur importance. Lorsqu'un malade sort d'un bain àlOO°F. /38° C.) ou au-dessus, les vaisseaux de la peau sont relâchés

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et dilatés. Comme Tair de la salle de bain est habituellement à une température d'environ 70° F.(21,1°C.), la peau se trouve aussitôt eu contact avec un milieu à une température inférieure de 250 F. ( 140 C.) à la température à laquelle elle vient d'être exposée. Pendant le passage de la salle de bain au lit, la peau se refroidit progressivement et, comme la chaleur Ta rendue plus sensible, sa température subit un abaissement marqué, qu'il n'est pas rare de voir accompagné par le phénomène de la chair de poule. Dans ces conditions, le mode d'action du bain chaud, tel que l'ont déterminé les expériences de Max Schtiller sur des lapins trépanés, ne peut se trouver réalisé.

Dans le rh <mat\sme chronique et la. goutte, le bain très chaud suivi d'un maillot sec, dont nous avons précédemmentindiqué la technique, constitue un traitement de g-rande valeur, qui réussit souvent là où d'autres médications réputées ont échoué. Il estindispensable d'appliquer exactement les règles de ce procédé, en particulier de faire dans le bain un massage prudent des régions qui sont au voisinage des parties malades. On peut employer ce procédé tous les jours, ou le faire alterner chez les individus affaiblis, avec un procédé tonifiant.

On regarde ordinairement le bain chaud comme contre-indiqué dans les cardiopathies; mais, lorsqu'il y donne de mauvais résultats, cela tient souvent à ce que la technique en est défectueuse. On ne l'administrera pas à une température assez élevée pour chaufferie sang, mais aune température inférieure à 1040 F. (40" C.) ; on n'habillera pas le malade dans la salle de bain, si celle-ci est trop humide ; on ne lui laissera pas faire d'effort pour se sécher et s'habiller.

On évitera toute faute de technique, si l'on surveille le pouls et la température du malade. En prenant ces précautions, on fait du bain chaud un excellent procédé pour régulariser l'action du cœur, car on peut s'en servir indéfiniment. Un inconvénient que l'on ne peut éviter, dans l'emploi du bain cliaud, tient à son action sur la peau. La transpiration augmente beaucoup; lépiderme s'imbibe d'eau et émet plus facilement de la vapeur d'eau ; la réfrigération du corps peut donc se produire facilement après le bain et être assez forte pour que le malade éprouve une sensation de refroidissement. Les vaisseaux cutanés se contractent alors rapidement. Ainsi, tandis que nous désirons relever l'énergie cardiaque, des variations considérables de la tension artérielle exigent du cœur un effort plus grand. Si, pouréviter ce danger, nous couvrons soigneusement

notre malade, nous nous exposons à maintenir à la surface de son corps une couche d'air saturé d'humidité, dont la présence entretient la dilatation vasculaire et inspire au malade une crainte légitime de prendre froid. Le tonus des vaso-moteurs est diminué chez celui-ci. Dans les conditions normales l'appareil vaso-moteur régularise la distribution du sang dans tout l'organisme, en prévenant une vaso-constriction excessive aussi bien qu'une vaso-dilatation exagérée. Or, le bain chaud rompt cet équilibre, et il faut un certain temps pour que le tonus normal des vaisseaux périphériques se rétablisse. Quand il s'agit d'un sujet sain, on arrive facilement à déterminer cette réaction en donnant une afîusion froide. Mais c'est un moyen qu'on ne peut employer avec sécurité quand le cœur est malade, et qui n'est recommandable que pour les gens pourvus d'un cœur vigoureux. Il importe donc que le tonus vasculaire de la peau se rétablisse progressivement. On favorisera son retour, en diminuant lentement la congestion de la peau, que l'on sèche graduellementau moyen de linges chauds. Cela peut paraître un détail insignifiant; pourtant, le traitement sera utile ou nuisible, selon qu'on aura porté attention à cette vétille, ou non. Toutefois, il faut éviter les frictions trop énergiques. D'autre part, on doit faire porter au malade des tissus de laine pour que sa peau soit protégée, et que la rudesse de l'étoffe détermine un certain degré d'hyperémie cutanée et augmente le tonus vasculaire. Aux périodes avancées des cardiopathies, on devra apporter des soins encore plus grands à l'administration des bains chauds. Tant qu'il n'existe pas de stase veineuse, on peut en faire usage avec avantage. (Hoffmann, de Leipzig.)

On a obtenu du bain chaud de si bons résultats, dans quelques cas de méningite cérébro-spinale, qu'il ne faudra pas négliger d'y avoir recours dans cette maladie. Aufrecht(l) a rapporté l'observation d'un cultivateur, âgé de vingt-cinq ans, qui fut atteint au cours d'une épidémie très grave. Ce sujet se trouvait depuis dix jours dans un état de torpeur; on ne pouvait espérer la guérison spontanée. L'abaissement de la température etl'accélération du poulsdéterminèrentl'auteuràrecourir aux bains très chauds.Le malade prit en tout douze bains de dix ou de vingt minutes. Dès les premiers bains, on remarqua une amélioration de son état. Il reprit progressivement connaissance ;

(1) Therapeuiische Monalshefle, 1894, n» 8.

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la raideur de la nuque et la douleur diminuèrent; il commença à demander le bassin quand il éprouvait le besoin d'uriner ou d'aller à la selle. Lorsqu'on suspendit les bains, après en avoir donné neuf, la céphalée, l'agitation violente, le délire réapparurent. Ces symptômes cessèrent, cependant, quand on eut donné trois bains de plus.

Rogansky (1) a contirméles résultats d'Aufrecht, après avoir traité, au cours d'une période de cinqannées, cinquante et une femmes au moyen de bains à 104" F. (40° C.) d'une durée de quinze ou vingt minutes, administrés deux fois 'par jour, avec application d'un sac à glace sur la tète. Cette méthode donna des résultats remarquables chez les malades qui se trouvaient dans le subdélire; souvent elles reprenaient rapidement connaissance après le troisième bain, ou, du moins, devenaient plus calmes, si elles ne reprenaient pas connaissance. Lebain n'exerçait pas une influence aussi marquée sur la température, les vomissements et la raideur de la nuque. Sur ol malades, 3i guérirent et 17 succombèrent. La mortalité fut donc de 33 pour cent. Dans les quartiers d'hommes, oii l'on n'eut pas recours àla balnéation, iO individus moururent sur 50 malades.

Yoroschitsky (2) a publié deux cas de méningite cérébrospinale guéris par les bains très chauds. Dans un cas, il s'agissait d'un homme de vingt-cinq ans, qui présentait l'aspect d'un tuberculeux, mais qui était resté en bonne santé jusqu'à septembre 1894. A ce moment, il présenta les symptômes caractéristiques de la méningite : céphalée intense, vomissements, raideur de la nuque, hyperesthésie générale ; le pouls était à 60, la température à 37, 8" C. ; il n'y avait pas de troubles oculaires. Ces manifestations s'aggravèrent; le pouls devint irrégulier et plus lent, une adynamie marquée s'établit. On administra alors le premier bain chaud, qui amena une amélioration légère de l'état général ; les bains successifs déterminèrent une atténuation prononcée de tous les symptômes. Après le huitième bain, la guérison fut presque complète. On donnait un bain par jour, à une température de 32oR.(40» C), pendant dix minutes.

Le second cas, qui fat plus grave à cause de la faiblesse du coîur, aboutit également à la guérison. L'auteur regarde les bains comme un traitement de grande valeur ; car il avait

(1) Modem Medicine, octobre 1904.

(2) Gazette hebdomadaire Russe, 1893, n" 4

employé, dans l'un et l'autre cas. la médication habituelle, sans obtenir aucune modification de l'état du malade.

^'ollisch (1) rapporte sept cas graves de méningite cérébrospinale qu'il a traités par les bains trèa chauds. Encouragé par la publication d'Aufrecht et par celle de Voroschitsky, il administra des bains à son premier malade et obtint un résultat si favorable qu'il fut amené à appliquer le même traitement aux six autres. Dans les sept cas (enfants de cinq à dix ans) les symptômes étaient très accentués ; la raideur de la nuque était très marquée ; on se trouvait en pleine épidémie. Cinq malades guérirent et deux succombèrent. Chez l'un de ces derniers, la maladie affecta une forme foudroyante et se termina en vingt-huit heures par la mort; l'autre mourut à la dernière période de la maladie, après avoir pris des bains pendant les deux premières semaines; il avait été impossible d'appliquer aucun autre mode de traitement.

Les bains chauds rendirent l'évolution tout entière de la maladie plus bénigne. Leur action favorable sur le cœur et sur le système nerveux était manifeste. On les administra d'une manière un peu différente de la méthode d'Aufrecht. On plaçait le malade dans un bain à 90>* F. (32,2° C), auquel on ajoutait de l'eau chaude, jusqu'à ce que la température eût atteint graduellement 102o (38,9° C.).f Pendant le bain, on lui appliquait sur la tête un sac à glace ou un tube réfrigérant de Leiter.

On doit mettre beaucoup de soin et très peu de temps à transporter le malade du lit à la baignoire. Si la rachialgie est très intense, on enlèvera le malade de son lit, au moyen du drap sur lequel il repose, et on le déposera ainsi dans le bain. On s'abstiendra de toucher à la tête du malade pendant ce déplacement. Après le bain, on enveloppe le sujet dans une couverture de laine et on le couvre légèrement; on ne doit ni le sécher, nile frictionner. On le laisse ainsi enveloppé pendant une heure, après quoi on peut enlever la couverture. Il est indifférent de baigner le malade à un moment de la journée ou à un autre ; cependant, on ne choisira ni les premières heures de la matinée, ni les dernières heures de la soirée.

Il est nécessaire d'appliquer, en dehors des bains, un bon appareil réfrigérant sur la tète, le cou et lerachis. Le régime consistera en préparations substantielles de viande, même

(1) T/teutpeiillsche Jfonatsiiefle, mars 1896.

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lorsqu'il surviendra de la diarrhée. L'auteur prescrit également du vin et du cognac (à prendre dans du lait), de la bière, que l'on peut donner à discrétion ; il estime que l'alcool constitue dans la maladie un tonique et un hypnotique de premier ordre.

Je ne suis pas en mesure de répondre sur la question de savoir quel est le mode d'action des bains très chauds dans la méningite cérébro-spinale; toutefois, je pense qu'il peut bien se faire que l'hyperémie de la peau produite par le bain soit suivie d'une diminution de la congestion encéphalique et médullaire et que ce procédé agisse à la façon d'une saignée, sans faire perdre à l'organisme une goutte de sang. On a quelque raison de supposer, en outre, que la transpiration qui suit le bain diminue la formation des toxines et en accélère l'élimination. 11 est certain, d'ailleurs, que le bain très chaud, même lorsqu'il existe de la fièvre, n'élève pas, mais abaisse, au contraire, la température du corps. On n'a observé en aucun cas qu'il eût une influence nuisible sur les fonctions cardiaques. Même dans un cas oîi je me tenais prêt à administrer du cognac et du camphre, parce que je craignais que le bain très chaud n'amenât de la dépression, aucun symptôme alarmant n'apparut. Au contraire, mon expérience personnelle m'a convaincu que le bain très chaud agit sur le cœur comme un tonique et un régulateur de la contraction cardiaque. Je recommanderai, enfin, d'employer le bain très chaud dans la méningite cérébro-spinale, alors même qu'on devrait n'en obtenir que la sédation de la douleur et la cessation de l'agitation.

Dans les troubles de la menstrtiation le bain chaud est un traitement depuis longtemps en usage dans les familles. Comme on n'en indique ni la température ni la durée, beaucoup de personnes qui pensent en oblenir les résultats vantés par d'autres échouent dans leur tentative. Soranus (1), d'Ephèse, qui s'occupa spécialement de gynécologie, recommandait l'emploi de bainset de demi-bainsdans ladysménorrhée etTaménorrliée avecrepos consécutif dans le lit, et il en a exposé la technique. Voici maintenant ce que pense de cette question un auteur contemporain, Graily Hewitl (2). « Le bain chaud, dans lequel on laisse le maladependant une demi-heure, est peut-être un des

(1) Cité par Ilerzl, in Winternitz, « Festschrift ».

(2) Pathulogy and Trealment of Diseases of Women.

moyens les plus efficaces d'atténuer les douleurs violentes ; dans beaucoup de cas, son intervention dans la production de rhémorragie n'est pas moins évidente ; il ne possède donc pas seulement des propriétés palliatives, mais encore des propriétés curatives. »

En ce qui concerne la température, j'ai administré des demibains avec de l'eau à Uo» F. (35" C), qu'on élevait progressivement jusqu'à 100° F. (38" C), dans des cas d'aménorrhée, où l'on ne trouvait aucune altération de l'état général et aucun trouble fonctionnel. Le bain durait une demi-heure; le niveau de l'eau dépassait un peu l'ombilic et l'on préparait à l'avance ce qui était nécessaire pour sécher rapidement la malade et pour la coucher dans un lit chaud. On fait alterner ces bains avec des bains de siège de trois minutes, que l'on fait suivre, s'il existe de l'anémie, d'une afTusion à 75" F. (23, 8'^ C.) sur les épaules, pendant que la malade est encore dans la baignoire. Cette méthode rend les plus grands services. L'opération chaude et l'opération froide doivent alterner d'une nuit à l'autre.

Dans la dysménorrhée, le demi-bain très chaud, que l'on porte de 100° à 115° F. (38° à 46,1° C.) et que l'on fait durer vingt minutes, agit souvent d'une façon merveilleuse.

Topp recommande les bains très chauds dans la bronchite. Les D" Jacobi et Léonard Weber, de New-York, vantent leur emploi dans les bronchites des enfants ; dans ce cas, Baelz donne, trois ou quatre fois par jour, des bains à lOi^-llO" F. (400-43, 3° C), auxquels il attribue un pouvoir spécifique. Les bains très chauds sont fort utiles dans les néphrites, le rhumatisme, les inflammations chroniques, les coliques utérines. Mais ils sont contre-indiqués, lorsque le cœur est atl'aibli et toutes les fois que des congestions internes menacent de se produire. On doit en particulier les éviter aux sujets athéromateux ou atteints d'angine de poitrine.

Dans V intoxication par le sumac vénéneux, le D'" Barney, médecin de l'armée des Etats-Unis, a employé, après l'échec de tous les traitements habituels, l'aspersion ou l'épongement avec de l'eau à 110°- 120» F. (43,3°-48,9o C), ou, mieux, l'immersion des parties atteintes dans de l'eau très chaude, et a trouvé ce procédé plus efficace que toutes les méthodes recommandées (1).

(1) Journ. Amer. Med. ^Iss/i., 23 août 1905.

304 PRATIQUE DE l"h YDROTUÉRAPIE

Technique. — Le bain chaud prolongé {prolongea warm hath) doit être préparé de la façon suivante. On place une baignoire dans une chambre agréable, oii Ton peut avoir facilement de l'eau. Des boutons ou une barre, fixés le long du bord de la baignoire, permettent d'attacher un drap que l'on suspend à l'intérieur de la baignoire, de façon à ce que le malade qu'on y place ne louche pas le fond de celle-ci, comme s'il se trouvait dans un hamac. On doit employer une bai-

Qoire très profonde, afin que le malade s'y trouve à son aise.

Fio;. 46. — Bain continu de Hebra.

Il n'est pas facile de se procurer des baignoires convenablement agencées. Aussi appellerai-je l'attention sur un dispositif auquel j'ai recouru pour installer un bain prolongé improvisé. Une forte toile constitue le hamac. On en fixe les bords à un cadre de bois, dont les pièces ont dix centimètres de large, deux centimètres d'épaisseur et deux mètres trente de longueur. On place l'appareil sur une baignoire large et profonde, de manière à ce qu'il en touche à peine le fond. On prend des dispositions pour maintenir la température à 95"-100*' F. (35'^'- 38^ C).

Le D'' Guy L. Hunner, de Jnhns Hopkins IJospital,Si imaginé un modèle ingénieux de « crampon de cuivre », qui permet de fixer le drap au bord supérieur de la baignoire.

L'auteur s'est utilement servi, pour cet usage, d'épingles de

LE BAIN CUAL'D l'ROLONGE

bois dur ordinaires, qu'il suffisait de mouiller pour empêcher le drap de glisser.

On décrira plus loin un autre mode de préparation extemporanée du bain de hamac, à propos du traitement des brûlures étendues (page 310).

Fig. 4"i. — Bain de hamac. Manière d assujettir le drap. Le tronc du malade doit se trouver entièrement immergé.

On peut établir comme suit un excellent dispositif pour un bain continu (1). Le brancard dont on se sert pour plonger le malade dans la baignoire est formé d'un cadre de frêne, sur lequel est tendue une toile à voile imperméable. Cet appareil constitue un lit confortable, qu'on peut raccourcir ou allonger suivant les besoins; on peut aussi en placer la tête suivant différents angles. Le brancard est fixé à un cadre métallique, auquel on adapte l'appareil destiné à le soulever. Lorsque le brancard est en place, on le recouvre d'une planche unie qui protège le malade, concentre la chaleur et peut aussi servir de table pendant les repas. On assure la régulation de la tempé-

(1) Jahrbùcherder Hamburger Staatskrankenanstalten, de Kast, I, 1889 (F. W. C. Vogel, Leipzig).

Baruch — Hydrothérapie.

306 PRATiOLE DE l'hydrotiiérapie

rature au moyen d'appareils électriques ou autres de difFérents modèles. Cette température ne doit pas s'éloigner beaucoup de 100° F. (38° C), dans les affections chirurgicales ou cutanées. On enlève chaque jour le malade de son bain, pour le laver complètement à la brosse et au savon, et on renouvelle Teau de la baignoire. L" urine et les matières fécales liquides sont entraînées par l'eau. Quant aux matières solides, on peut les enlever ou les pousser vers l'oritice de vidange de la baignoire.

La première sensation que le malade éprouve en pénétrant dans le bain est un léger frisson, qui disparaît bientôt pour faire place à un certain bien-être, pourvu qu'on ne laisse pas la température tomber au-dessous de 9oo F. (33° C). On s'as- - sure contre ce danger en s'approvisionnant d'eau très chaude et en prenant ses dispositions pour verser cette eau dans le bain et en enleverde l'eau refroidie. On recouvrira la baignoire de couvertures qui seront étendues sur des supports placés à côté de celle-ci, afin de soustraire, autaint que possible, le malade au contact de l'air. On continue habituellement un bain de ce genre pendant la plus grande partie du jour et de la nuit, en retirant le malade de la baignoire pour le faire uriner et aller à la selle. S'il ne peut dormir dans le bain, on le place sur un lit voisin, après l'avoir préalablement séché. Si le cas exige qu'il prenne son sommeil dans le bain, on doit faire attention à ce que la tèle du malade ne s'enfonce pas dans l'eau. La présence constante d'un intirmier est habituellement indispensable.

AA'ant de mettre le malade au bain, on oindra sa peau de suif, afin d'empêcher qu'elle ne se ratatine et ne pèle, ce qui arrive quelquefois lorsque la macération est prolongée.

Les bains prolongés, mais d'une durée plus courte que ceux dont nous venons de parler, se montrent si utiles, dans certaines maladies, que nous donnerons de leur technique une description spéciale. (Voir le chapitre consacré au traitement des néphrites.)

C'est à Riess, qui a fait une étude complète de l'action des bains prolongés, en observant un grand nombre de cas où ils furent appliqués au Berliner stadtisches allgemeines Krankenhaus,del874 à 1876, que nous devons toutes les connaissances que nous possédons sur les résultats qu'ils donnent dans le traitement des affections internes.

LE BAIN CHAUD l'KOLONGÉ 307

Mode d'action. — Les effets physiologiques que l'on peut attendre du séjour de Torganisme dans un bain à 95° F. (35" C), continué nuit et jour, ou au moins pendant un certain nomlM'e d'heures, ont un caractère négatif. Il ne se produit ni excitation thermique des terminaisons nerveuses cutanées, ni modification du calibre des vaisseaux, de la tension artérielle, de l'activité cardiaque, de la respiration. Riess a noté avec soin l'état de la température, du pouls et de la respiration, dans tous les cas où il a donné des bains continus; il a constaté que le pouls et la respiration ne présentaient aucune variation, sauf pendant un court instant au début de l'opération. On doit chercher l'explication la plus rationnelle de Taclion du bain chaud continu, dans la diminution ou la suppression des irritations (changements brusques de température, etc.), que reçoit habituellement la peau, quand le corps est en contact avec l'air, et qu'elle transmet aux organes internes, particulièrement au système nerveux. Lorsque ces actions irritantes sont interrompues, des fonctions importantes, et surtout celles du système nerveux central, peuvent redevenir régulières et calmes.

Hebra (1) a été le premier à faire remarquer, en 1877, que le séjour prolongé dans le bain n'a aucun effet nuisible sur les malades; ceux-ci s'habituent si facilement à leur traitement, qu'ils dorment bien, ont un bon appétit, des fonctions digestives, urinaires et respiratoires normales, et qu'ils ne présentent aucun signe d'affaiblissement. Cette opinion se trouve confirmée par le rapport pour l'année 1897, publié par les hôpitaux de Hambourg, travail qui fournit par ses statistiques très étendues la démonstration la plus nette de la valeur du bain continu. Toutefois, en approuvant la manière de voir de Hebra, l'auteur de ce rapport, le D"" Zuschlag, nous avertit que, dans les deux ou trois premiers jours, le sommeil n'est pas satisfaisant chez les sujets excitables. Mais l'appétit augmente souvent d'une manière surprenante, et le malade prend du poids. On ne doit pas retirer les malades du bain quand ils y ont laissé échapper de l'urine ou des matières, ni pendant l'époque menstruelle. Zuschlag cite le cas d'un malade qui resta nuit et jour dans le bain pendant quinze mois. La plante des pieds et la paume des mains deviennent douloureuses pour quelques jours, lorsque l'épiderme épais qui les recouvre s'est ramolli. On enduit le malade de lanoline avant de le mettre au bain.

(1) Wiener medicinische IVochensc/irift, XXVII, n»' 36-39.

308 PRATIQUE DE L'ilYDROTnÉRAPIE

Indications thérapeutiques. — Le pemphigus est probablement la première maladie que l'on ait traitée par le bain continu. C'est à Hébra qu'appartient le mérite de Tavoir fait. Voici ce que dit Kaposi (1) de l'emploi du bain continu : « Le bain continu est un procédé d'une valeur inappréciable dans le traitement du pemphigus foliacé; c'est celui qui nous permet le mieux d'apaiser les douleurs, de diminuer la fièvre, de rétablir le sommeil et l'appétit et de faire franchir au malade la période de l'éruption à laquelle il succomberait bientôt. Nous avons traité de cette façon un cas pendant quatre années; on laissait parfois le malade nuit et jour dans l'eau pendant huit mois avec le meilleur résultat. »

Riess (2) a publié un travail étendu et fort utile sur l'emploi de cette excellente méthode dans un grand nombre de maladies douloureuses incurables.

Les résultats cliniques qu'il a enregistrés sont conformes à ce que l'on sait du mode d'action du procédé. Le bain continu rend des services dans les affections graves du système nerveux central, en particulier dans les maladies de la moelle, par exemple les paraplégies, les paralysies intestinales et vésicales, qui sont si fréquentes au cours du tabès, des myélites et autres affections de ce genre. En dépit de soins minutieux, des escarres se produisent dans ces différents cas, et prennent des proportions inquiétantes; elles exigent le bain continu, qui se montre comme le moyen le plus efficace de remédier à ces complications graves, pénibles et douloureuses. C'est en appliquant ce procédé au traitement des escarres que Riess eut la satisfaction de découvrir qu'il peut amener les améliorations et les rétrocessions les plus surprenantes dans des affections organiques du système nerveux, par exemple dans des cas de rachialgie, de douleurs irradiées dans les membres, de contractures rendant douloureux le séjour au lit, de spasmes réflexes, et autres manifestations analogues.

On a obtenu des résultats également satisfaisants dans la méninrjite chronique, l'apoplexie suivie de contractures, l'hémiplégie, les tumeurs cérébrales, etc. Le bain prolongé a aussi une action favorable sur l'hyperesthésie généralisée, l'excitation cérébrale et le délire.

(1) ilealencyclopâdie des Gesammten Heilkunde, d'Eulenberir, vol. XV, p. 294.

(2) Archiv fiir Idinische Medizin, 1889-90.

LE BAIN CUAUn PROLONGÉ 309

L'immersion prolongée dans de l'eau à une température indifférente a un etï'et sédatif sur l'excitabilité du cerveau; elle permet d intervenir utilement dans des maladies nerveuses, où les essais thérapeutiques restent habituellement sans succès. Ses effets peuvent s'expliquer par la diminution ou la suppression des excitations périphériques; il semble inutile d'avoir recours, pour en rendre compte, à la théorie de l'imbibition des terminaisons nerveuses de la peau. Mais il ne se produit pas seulement une atténuation des symptômes les plus importants; dans un nombre assez considérable de cas, le bain continu paraît exercer un effet direct favorable sur le processus pathologique, dont il amène la rétrocession, dans la mesure où la chose est possible. «, Dans la moitié, environ, des cas d'affections organiques de la moelle et du cerveau, plus d'une centaine, dit Reiss, les bains auxquels les malades furent soumis pendant plusieurs semaines amenèrent non seulement une atténuation des symptômes, mais encore une amélioration incontestable de l'état du malade. » Les paralysies motrices et sensitives, l'ataxie et les autres troubles que nous avons énumérés, cèdent aux bains, alors qu'ils se sont à peine modifiés où sont demeurés au même degré, quand on leur appliquait d'autres médications, pendant les mois antérieurs. Dans les cas où la guérison complète était possible, comme dans les processus intlammatoires au début, dans les cas d'exsudats susceptibles de se résorber, l'emploi du bain continu parut contribuer pour beaucoup au salut du malade. C'est probablement de cette façon que peuvent s'expliquer les guérisons de paralysies d'origine centrale que l'on attribue à la thérapeutique hydrominérale ; eu effet, les médecins des stations thermales prescrivent avec succès, dans beaucoup de cas de ce genre, un séjour prolongé dans les piscines chaudes.

Riess cite un cas de compression de la moelle et d'autres cas qui semblaient désespérés, comme exemple de ce que peuvent donner les bains chauds continus.

Zuschlag ( lac. cit., p. 119), a traité, en six ans, 182 cas de maladies incurables de nature diverse, dont 50 présentaient des escarres (cas d'alTections du système nerveux central et de marasme sénile); de ces derniers, 43 se terminèrent par la mort, du fait de la maladie principale : tabès, tumeurs cérébrales ou médullaires, etc. Les médecins qui ont eu à traiter des cas appartenant à cette catégorie sans pouvoir recourir au bain prolongé apprécieront les avantages de celui-ci, quand

310 PRATIOIE DE l'hydrothérapie

ils verront qu'il permet de tenir les malades dans un état de propreté parfaite.

Pour les malheureux qui sont atteints de cancer inopérable des organes génito-iwinaires, avec pertes de substances et fistules, le bain continu est un inappréciable bienfait.

Dans les tuberculoses osseuses et articulaires, les abcès éienchis, les plaies suppurantes, les gangrènes, les septicémies, le bain continu donne des résultats merveilleux. Un cas de gangrène diabétique, qui avait déjà nécessité quatre amputations restées inefficaces, guérit par un séjour de trente-six jours dans le bain chaud. Zuschlag recommande particulièrement cette méthode dans le cas de parapJumosis négligé, d'anus artificiel, de fistules intestinales, de fï.stiiles urinaires, où il considère son intervention comme une « véritable bénédiction )i.

Les brûlures étendues offrent au bain continu le champ le plus fertile en résultats. Hebra a été le premier à proposer ce traitement. Zuschlag a confirmé l'opinion de Hebra. Mais ce n'est pas la guérison des brûlures, qu'il considère comme le plus grand avantage de la méthode (car elles sont presque toujours mortelles au troisième degré) ; c'est l'immense soulagement que la balnéation procure, et la rapidité de la cicatrisation des brûlures suppurées qu'on y soumet. 11 n'est pas nécessaire d'appliquer des pansements douloureux; les morceaux de peau sphacélée, etc., sont facilement enlevés à l'aide de ciseaux, sans souffrance pour le malade. Sur dix cas de brûlures étendues du deuxième ou du troisième degré, quatre ont guéri. On traitera par la balnéation tous les malades avant qu'ils ne soient arrivés à l'épuisement, si l'on veut mériter pleinement leur reconnaissance et celle de leur entourage.

L'auteur se rappelle avoir soigné, au Manhattan General Hospital, une femme atteinte de brûlures étendues à toute la surface du corps, dont les cris de douleur emplissaient la salle, malgré des injections répétées de morphine. Il fit préparer extemporanément un bain de hamac, par le D"" Beluap, médecin de l'établissement. On opéra de la façon suivante. On disposa dans la baignoire un drap solide; on fixa à chacun des bords de ce drap, au moyen d'épingles de sûreté, des bandes de toile, à environ trente centimètres l'une de l'autre; ces bandes placées d'un côté du drap avaient une longueur suffisante pour pouvoir passer sous la baignoire et être attachées ou réunies par des épingles de sûreté, à celles qui avaient été fixées à l'autre côté, et auxquelles on avait donné une longueur

moindre. Le drap se trouvait ainsi suspendu à environ quinze centimètres du fond de la baignoire. On plaça sur ce hamac improvisé la malade agonisante, sa tète reposant sur un oreiller à eau, après avoir rempli à demi la baignoire avec de l'eau à dS" F. (36,7° C), dans laquelle on avait fait dissoudre deux kilogrammes de bicarbonate de soude. Lorsque la malade fut en place, on emplit la baignoire jusqu'au bord d'eau chaude, et un la couvrit d'une couverture. On relia la baignoire à un robinet d'eau chaude au moyen d'un tuyau et l'on ciiargea une infirmière de veiller au maintien de la température. La malade éprouva un tel soulagement qu'elle tomba dans un sommeil plus ou moins continu, et qu'elle cessa de souffrir jusqu'à sa mort, qui survint au bout de vingt-quatre heures.

Dans la cystite, le traitement par l'irrigation est beaucoup plus efficace, quand on lui associe le bain continu. Riess en cite cinq cas, dont trois furentguéris de cette façon. Cet auteur a traité avec succès par le bain continu cinq cas de sciatiquc invétérée. Dans la chorée, il a obtenu des résultats partiels. Dans la polynévrite, il vit cesser.les douleurs. Dansranasarqu(> d'origine cardiaque ou rénale, les résultats furent excellents, bien que la quantité d'urine eût diminué. On s'abstiendra donc d'employer le bain continu, lorsque les urines seront rares.

Dans des casanciens de rhuinatis)nc articulaire et musculaire, où tous les autres traitements avaient échoué, des bains quotidiens de douze heures donnèrent de bons résultats. Presque toujours Riess eut à constater une amélioration de l'état général.

Le bain continu semble déterminer une amélioration marquée dans les cas de diarrhée chroniifue.

Dans le traitement de la fièvre tijphoide et des autres fièvres, le D'" Riess recommande également le bain de hamac, en s'appuyant sur une série de statistiques et de constatations cliniques qui méritent la plus grande considération. Sa méthode consiste à immerger le malade dans del'eau à88oF. (31,1° C). On doit mettre le malade au bain toutes les fois que la température atteint 102° F. (38,l)o C), et l'y laisser, le plus souvent, pendant le jour seulement, parfois, quand cela est nécessaire, le jour et la nuit, jusqu'à ce que la température rectale soit tombée à 100° F. (37,8° C.) On le retire alors de la baignoire, oi^i on le mettra de nouveau, quand la température s'élèvera à 102o F. (38,0° C). Si la température baisse trop lentement,

312 PRAÏIOUE DE L"lîYl)ROTnÉRAPIE

OU monte dans le bain, on peut administrer exceptionnellement un bain de courte durée à 60" F. (Jo, 5° C), ou une dose modérée d'antipyrine.

Ce procédé est certainementbeaucoup plus agréable et beaucoup moins pénible pour le malade, quand celui-ci s'y est accoutumé, que ne Test le bain froid. On peut le substituer à ce dernier dans quelques cas, oîi il serait impossible de donner des bains froids avec friction.

Riess (1) défend cette méthode en .s'appuyant sur l'observation clinique de 809 cas, qu'il a traités au Allgemeines Krankenhaus de Friedrichshain. Bien que le taux de la mortalité ne prouve pas beaucoup, parce qu'un grand nombre des cas qui arrivent à l'hôpital ne peuvent être sauvés par aucun traitement, cet auteur prétend avoir dans son service une mortalité inférieure à celle que l'on constate dans les autres hôpitaux de la ville ; dans son service, la mortalité est tombée de 10 pour cent à 8,5 pour cent; on a enregistré 12 décès de typliiques dus à la pneumonie, A dus à l'hémorragie, et 10 autres qui se terminèrent par la mort sans complications. La durée de la maladie se trouvait modifiée, assure-t-il, contrairement à l'opinion partout acceptée qui considère l'évolution de la lièvre typhoïde comme fixe. Bien que la plupart des malades eussent été admis à l'hôpital après le huitième jour, le séjour moyen, dans les 740 cas qui se terminèrent par la guérison, fut de 17, 9 jours. Pour 301 cas admis avant le sixième jour, la durée du séjour fut de 15 jours ; dans les autres cas, elle futde 17,7 jours. Dans 341 cas, admis avant le sixième jour, la durée moyenne de la fièvre fut de 15,5 jours ; dans 399 cas admis à une période plus avancée, elle fut de 19,9 jours ; cette durée est moindre, certainement, que celle qu'on observe habituellement, quand on établit la durée moyenne d'un nombre de cas aussi important. Parmi les malades qui succombèrent, 10 moururent sans complications. 18 de pneumonie, 12 de lésions pharyngées graves, 12 de perforation intestinale, 3 d'hémorragie intestinale, 3 de pleurésie purulente, 3 de pyohémie prolongée dans le cours de la convalescence, un, enlin, de chacune des affections suivantes : phlegmon gangreneux, gangrène pulmonaire, noma, néphrite hémorragique, dysenterie, tumeur du bassin, cardiopathie ancienne.

Par conséquent, la proportion des malades qui succombèrent

(1) Monographie de fauteur, et Archiv fi/r klinische Mediciu, 18^9-00.

en dehors de toute complication ne fut que 1,2 pour cent. Des cas dont la terminaison fut fatale, 34 p. cent avaient été reçus à l'hôpital avant le sixième jour; 65, 2p. cent après cette date; la mort survint en moyenne à 9.5 jours du début de la maladie. Nous devons examiner avec soin Tinfluence qu'eut ce traitement sur chacun des difîérents symptômes de la fièvre typhoïde. Pour ce qui concerne les troubles cérébraux, les bains prolongés semblèrent avoir une action encore plus favorable que les bains froids de courte durée. S'il en avait été autrement, on se fût trouvé dans l'impossibilité de maintenir au bain des malades dans la torpeur, le délire ou l'agitation, sans exiger la présence d'un certain nombre d'infirmiers. Mais les symptômes cérébraux cédèrent dans tous les cas sans exceptiun après le premier bain prolongé ; dès le second ou le troisième jour, les malades perdirent l'aspect typhique d'une manière définitive.

L'action du traitement sur la circulation fut également favorable. Pendant le premier quart d'heure seulement, les fonctions cardiaques semblaient gênées, on constatait de la petitesse du pouls ; mais bientôt le pouls redevenait plus fort et plus lent ; le premier de ces pliénomènes ne doit donc pas alarmer le médecin.

Les complications pulmonaires ne s'aggravèrent jamais, mais s'amendèrent, au contraire, sous l'influence du bain prolongé; et elles napparurent que bien rarement, après qu'on eût commencé le traitement. Les lésions intestinales furent aussi avantageusement modifiées ; la diarrhée jdiminuait si rapidement, qu'elle ne mit jamais obstacle àlacontinuation des bains. Les complications intestinales furent moins fréquentes. L'hémorragie intestinale ne survint que dans 2,0 pour cent des cas, la péritonite par perforation dans 1,6 pour cent des cas; un cas de péritonite par perforation se termina par la guérison. La pneumonie atteignit 5,5 malades sur cent ; les complications pharyngées 2,1 malades sur cent; on eut rarement à constater d'autres complications ou séquelles. La fréquence des furoncles et des abcès sous-cutanés, seulement, subit une légère augmentation (3,4 pour cent).

Riess conclut donc, avec raison, que le traitement de la tièvre typhoïde par les bains continus a une action particulièrement favorable, parce qu'il n'abaisse pas brusquement la température, qu'il atténue la gravité des autres troubles, qu'il diminue la durée de la maladie et réduit la mortalité. Riess a ajouté à la communication qu'il a faite au Congrès scientifique

314 PKATIOUE DE L'jîYDROTnÉRAPIE

de Heidelberg, en septembre liS89, six feuilles de température, qui donnent une représentation graphique des résultats de sa méthode. Je vais indiquer, d'après l'un de ces tracés, les températures d'un malade, la durée des bains qu'il prit et l'amélioration qu'on observa chez lui.

Siefke, infirmier, âgé de vingt-neuf ans, tombe malade à l'hôpital; on lui donne des bains à partir du second jour jusqu'au huitième. On le met au bain, alors que sa température est à 39,2''C. ; et on l'en retire au bout de quatorze heures, alors que la température s'est abaissée à 36,4°. Elle remonte à 39, 4°, en quatre heures; on replace le malade dans le bain, oîi on le laisse dix heures, au bout desquelles la température est à 37,2°. Quatre heures après elle se trouve à 39°; huit heures de bain la ramènent à 37». Elle met trois heures pour s'élever à 38,8°; un bain de neuf heures et demie l'abaisse à 37,8°. Elle est à 38,6o au bout d'une heure; un bain de dix heures la réduit à 37o. Après un intervalle de trois heures elle est encore à 39°; elle tombe à 37,2° à la suite d'un bain de dix heures. En six heures elle atteint 39°; huit heures de bain l'abaissent à 37,4°. En trois heures elle revient à 39°; un bain de huit heures l'abaisse de nouveau à 37, 4». Elle est à 38,6° quatre heures après; on laisse alors le malade dans un bain pendant vingtdeux heures, à la suite duquel la température est de 37°. Un intervalle de quatre heures permet à la température de s'élever à 38,8°. Huit heures de bain la font tomber à 37.4° ; puis elle s'élève à 38,8° en quatre heures. Un bain de six heures la ramène à 37", après quoi elle reste normale.

Cette méthode, quand on peut l'appliquer dans la fièvre typhoïde, présente des avantages. Elle est supérieure à la méthode de Brand : 1'^ en ce qu'elle peut faire avorter la maladie, dont elle diminue certainement la durée, comme le démontrent trois observations concernant des infirmiers ou employés, habitant dans lliopilai. chez lesquels on put déterminer exactement la date du début de la maladie, et celle de sa terminaison; 2° en ce qu'elle est moins rude et moins désagréable. Elle est inférieure à la méthode de Brand, en ce qu'elle ne diminue pas autant, et à beaucoup près, la mortalité. Mais cette objection est peut-être fondée sur une apparence, plus que sur une réalité. Il existe, à coup sur, une dilïérence considérable entre de pauvres gens qui arrivent à l'hôpital malades depuis un certain n(?mbre de jours, ayant négligé de se soigner, ou ayant employé aie faire des procédés illusoires, et

des soldats, robustes pour la plupart, qui sont envoyés à l'hôpital militaire presque aussitôt qu'ils se sentent incapables d'accomplir leur service.

Je suis disposé à croire, d'après l'expérience de Brand, de Vogl, de Juri^ensen, de ^^'ilson, et ma propre expérience, que les '( trente-quatre sujets qui furent admis à l'hôpital avant le sixième jour de la maladie » auraient été sauvés presque tous, sinon tous, par l'emploi du bain froid, et qu'un grand nombre de ceux qui vinrent à l'hôpital plus tard (en moyenne avant le dixième jour^ auraient pu l'être également. Mais les résultats de la méthode de Reiss sont bien supérieurs à ceux de l'expectation, et ce serait être injuste à l'égard de ce clinicien ingénieux et courageux, que de contester les mérites du traitement qu'il a défendu de nouveau dans un récent travail {i). Ce mémoire indique que, sur une nombreuse série de cas traités en dix ans par sa méthode, appliquée avec une rigueur moindre, la mortalité s'est élevée à trois pour cent dans le même hôpital. Kiess affirme que l'élimination des composés azotés augmente sous l'influence des bains chauds prolongés, tandis qu'elle diminue sous l'action de lantipyrine.

Les conclusions de Riess ont été confirmées par le D'' Barr, de Liverpool (2), qui, sur oo cas, n'a eu qu'un seul décès. Barr a traité 23 de ces cas par l'immersion continue dans de l'eau à 93'^F. OBjO^C), pratiquée toutes les fois que la température se trouvait à lOOT. (31,H°C.) ou au-dessus; on élevait la température de l'eau, lorsque celle du malade se rapprochait de la normale. Cette expérience, bien qu'elle ne porte que sur un petit nombre de cas, montre l'utilité du bain de hamac dans la fièvre typhoïde.

Kraepelin, l'éminent psychiatre de Munich, considère le bain continu (à 98-lOOoF. 36,7°-37,8« C), d'une durée de plusieurs heures comme le calmant le plus efficace, car ce procédé réussit souvent alors que les autres méthodes thérapeutiques ont échoué. (Voir le chapitre consacré aux maladies mentales.) J'ai vu, en visitant la clinique de Kraepelin, des malades couchés dans des bains à 37° C, dont la température était maintenue constante au moyen d'un appareil de régulation électrique. Ces malades étaient placés dans une chambre d'isolement et faisaient l'objet d'une surveillance spéciale.

(1) Deutsche med. Wochenschrift, 1809, p. 635.

(2) Treatment of Enteric Fever, Londres, H. K. Lewis, 1892.

316 PRATIQUE DE l'iIYDROTHÉRAPIE

Dans la néphrite subaiguë, le bain continu offre au médecin une ressource thérapeutique de la plus grande utilité. On doit l'administrer à 9o°-i00''F. (3o°-37,8°C.), pratiquer des frictions légères sur toute la surface du corps, bassiner de temps en temps le visage et la tète avec de l'eau à 50o-60oF. (10°-la,o°C.j, pour prévenir l'alTaiblissement possible du cœur et la baisse de la tension artérielle, on donnera au bain une durée de une demi -heure ou une heure, et on le fera suivre d'un repos au lit; le malade sera mis au régime lacté ou à un régime déchloruré. Mes observations cliniques sur ce sujet se trouvent tout à fait confirmées par les recherches de Slrasser et Wolf, de Vienne. On a souvent mentionné, dans les travaux concernant les néphrites, l'action favorable des bains tièdes d'une durée de quelques minutes, en expliquant cette action par une augmentation de l'activité des fonctions de la peau. Dans ces dernières années, on a cessé d'attacher une importance aussi grande à l'albuminurie dans la symptomatologie des néphrites, tandis que Ton a porté son attention sur l'insuffisance de l'élimination des substances azotées, des chlorures et de l'eau. Sous Tintluence de ces idées plus larges et plus vraies, on a déterminé, d'une façon plus judicieuse, les règles hygiéniques et diététiques auxquelles on doit soumettre les malades atteints de néphrite. Strasser et Wolf ont fait de nombreuses recherches qui démontrent que, chez les sujets traités par labalnéation méthodique, la quantité d'urine et souvent aussi l'azote urinaire et le chlorure de sodium augmentent; l'excrétion du chlorure de sodium atteint parfois le triple de son taux normal, et reste élevée à la suite des bains. La quantité absolue d'albumine n'augmente guère; la quantité relative par litre diminue. On n'observe jamais de rétention des composés azotés ou chlorurés les jours où l'on donne des bains, pas plus dans les .cas graves accompagnés d'œdèmes que dans les cas bénins. On a vu, dans un cas grave avec œdèmes, un traitement de quelques jours par les bains augmenter la diurèse et l'élimination des chlorures et faire disparaître les œdèmes.

Fait remarquable, on obtint ce résultat tout en maintenant le régime ordinaire, qui contenait en grande quantité des substances azotées et du clilorure de sodium. Les effets, que l'on attribue au récent traitement par le régime déchloruré, furent amenés par le simple bain chaud. Cependant le régime déchloruré rend l'action du bain chaud sensiblement plus efficace,

comme le démontrent les dernières expériences de Strasser et Blumenkranz (1), expériences qui confirment celles que ces auteurs avaient précédemment faites. On doit maintenir le bain à une température de 95° F. (35» C), à moins que le malade n'ait des frissons. Dans les cas aigus, le malade restera étendu dans le hamac, ou reposant sur un coussin dans la baignoire, pendant une heure. Dans les cas subaigus ou chroniques, on peut le laisser s'asseoir, à condition que l'eau le baigne jusqu'au cou. Il suffit de recouvrir la baignoire d'une couverture, pour pouvoir facilement entretenir une température constante en ajoutant de l'eau chaude au bain. Pendant que le malade prend son bain, on chauffe son lit,oîi on le placera ensuite, après l'avoir enveloppé d'un drap légèrement chauffé. Il n'est pas nécessaire de le chauffer; on doit seulement le laisser reposer durant une heure ou deux. Il est bon de donner deux bains par jour. Les auteurs ont constaté, dans la néphrite pure, pendant les périodes oîi l'on administrait des bains, une augmentation marquée, souvent considérable, de l'élimination de tous les produits de déchet de l'organisme. Cet effet persistait encore quelques heures ou quelques jours après la cessation des bains. Les auteurs admettent que le bain exerce une action sur la circulation rénale, mais ils sont portés à attribuer son influence favorable sur l'élimination de l'eau, des chlorures et des composés azotés, à ce qu'il active directement le fonctionnement du rein, ou diminue l'insuffisance de cet organe. Une de leurs expériences montre que l'augmentation de l'élimination azotée et chlorurée n'est pas l'effet de l'accroissement de la diurèse ; il s'agit d'un cas oîi le premier de ces phénomènes se produisit sans l'intervention du second, et persista trois jours, alors que le malade ne prit plus aucun bain. L'action des bains sur l'albuminurie (qui parfois augmente pour diminuer ensuite) est si variable qu'on doit laisser la discussion ouverte, jusqu'à ce qu'on ait recueilli des observations plus complètes sur ce sujet. Les bains ont une influence favorable sur les œdèmes. Strasser et Wolf ajoutent que leurs résultats se trouvent confirmés par ceux qu'ont obtenus certains de leurs confrères, en associant au régime déchloruré les bains prolongés à température neutre. Ce traitement mérite, affirment-ils, d'être essayé dans les cas d'urémie. 11 suffit de donner un ou deux bains par jour; lorsqu'on les

(1) Blciller f'iir klinische Medicin, mai 1901.

rRATIQUE DE L HYDR0THP:RAPIE

administre plus fréquemment ou qu'on en augmente la durée, les malades se plaignent de faiblesse et de céphalée, et les excrétions n'augmentent pas.

Je me suis étendu sur les expériences et les observations du D'' Strasser, parce que je connais la science et la sincérité de ce médecin, avec qui je me suis trouvé en relations. D'ailleurs, mon expérience personnelle m'a convaincu que le bain prolongé à température neutre constitue un excellent procédé à ajouter au traitement médical, si souvent insuffisant, des graves affections dont nous venons déparier, procédé que doivent connaître et adopter tous les praticiens.

J'ai obtenu d^^xcellents résultats, dans la méningiie cérébrospinale, en administrant des bains prolongés à 90° F. (33° C), d'une durée d'une heure d'abord, puis de quatre heures, à intervalles de deux heures, au moins. 11 est indispensable de placer une compresse froide sur la tète du malade, et de le laisser ensuite dansun repos absolu. Ces bains amènent la résolution musculaire et le sommeil.

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