MODIFICATION
Diminué
Augmentée
Diminuée
Le même Diminuée
Diminuée
Les expériences et les observations cliniques qui expliquent le mode d'action de la douche font comprendre combien il importe de ne pas prescrire cette opération à la légère. On doit prendre en considération, avant de le faire, la nature de la maladie, la constitution du sujet, l'énergie de sa réaction à la douche.
Indications thérapeutiques. — Dans tous les états pathologiques où la perte de la force musculaire est Veffet des troubles digestifs, de la dépression nerveuse, ou même de lésions organiques, les diverses formes de la douche fournissent le moyen de relever l'énergie des muscles, moyen qui donne des résultats parfois étonnants par leur rapidité et leur plénitude. Aucun autre procédé hydriatrique ne peut rivaliser avec la douche, quand il s"agit d'activer les fonctions circulatoires, de rétablir la tonicité des petits vaisseaux et des tissus. Elle rend
336 PRATIQUE DE l'hïDROTHÉRAPIE
la respiration plus ample, et augmente ainsi les échanges gazeux, de façon à favoriser les échanges organiques. Comme Ta dit Pospischl : « Le massage mécanique produit par une bonne douche en éventail imprime aux tissus malades un mouvement vibratoire qu'on ne saurait trop apprécier, et avec lequel le massage manuel ordinaire ne supporte pas la comparaison. »
On peut employer la douche au traitement des individus affaiblis qui peuvent se tenir debout; car elle n'entraîne pas une soustraction considérable de calorique. On peut, d'ailleurs, la faire précéder, dans ce cas, d'un maillot sec ou d'un bain d'air chaud de courte durée, qui accumule à la surface du corps tout le calorique qu'emportera la douche et prévient ainsi une déperdition effective de chaleur. Dans Vhypertrophie du foie et de la rate, dans le rhumatisme chronique, dans le paludisme avec ou sans cachexie, dans un grand nombre de psychoses, j'ai reconnu la supériorité de la douche. Je m'étendrai plus longuement sur l'application de ce procédé au traitement de quelques-unes de ces maladies, dans les chapitres suivants.
J'ai obtenu d'excellents résultats de la douche circulaire dans V incontinence d'urine chez les enfants au Neiv-York Juvénile Asyliim. Le D"" Prendergrast a publié (1) un travail sur quatre-vingts cas d'incontinence qu'il aobservés dans un orphelinat. « Le traitement habituel avait échoué, lorsqu'une des religieuses nous suggéra l'idée d'employer l'eau froide. On plaçait l'enfant dans une baignoire vide et on lui A'ersait de l'eau froide sur les épaules et le dos, pendant plusieurs minutes, au moyen d'un arrosoir ordinaire. Puis on le séchait, on le frictionnait et on le mettait au lit. L'épongement froid n'eut aucun effet.
« Quatre-vingts pour cent des cas aboutirent à la guérison complète ; et les autres furent améliorés, sans qu'on eût pris aucune autre mesure à l'égard du régime, etc. Les enfants avaient de six à douze ans; quelques-uns présentaient de l'incontinence d'urine même pendant le jour. Ce traitement simple mérite d'être expérimenté sur de nombreux sujets, alors même que nous nous trouvons dans l'impossibilité d'en expliquer les heureux effets par une théorie satisfaisante. »
Dans Vanémie et la chlorose, dans la neurasthénie à forme mélancolique, dans les troubles gastriques et les autres désordres fonctionnels qui exigent un relèvement des forces muscu-
(1) NeW'Yorfî Médical Journal. 11 juin 1896.
laires, dans tous les cas où il est nécessaire de rétablir l'énergie du système nerveux, la douche est un moyen d'action puissant, que nous pouvons faire servir à la guérison du malade. Je puis ajouter, d'ailleurs, que ce même moyen peut tourner au désavantage de celui-ci; c'est une arme à deux tran^ chants; elle est nuisible au malade lorsqu'on l'emploie sans discernement. Celui-ci ne doit jamais avoir recours à la douche sans une prescription du médecin, qui en indique la durée, la température et la pression ; les effets de l'opération sont en rapport, non seulement avec ces qualités du jet que l'on peut déterminer mathématiquement, mais encore avec les caractères de la constitution individuelle du malade et les modifications qu'apporte à celle-ci la maladie en cours. Un grand nombre d'établissements en Allemagne ne possèdent pas, dans leur installation de douches, de moyens de contrôler d'une façon précise et rapide la pression et la température du jet. C'est probablement là qu'on doit chercher la raison qui fait préférer, dans ce pays, le demi-bain, qui ne produit qu'une excitation mécanique bien plus légère et qui nécessite, par conséquent, l'emploi d'une température plus élevée. On n'obtient pas, par ce procédé, l'effet tonique de la douche, effet que l'on peut modifier à volonté et avec précision en faisant varier la pression et la température de l'eau et la durée de l'opération. J'ai entendu un excellent professeur dire, au cours d'une conférence qu'il faisait devant cinquante médecins : « Les Français emploient de préférence la douche, qui doit toujours être donnée très froide et très courte, de une demi-seconde à deux secondes. » Il fut étonné lorsque je lui objectai que la douche française dure de trente secondes à une minute. Si l'on veut désigner du nom de son pays d'origine la douche très courte dont parlait cet auteur, je crois qu'on doit l'appeler « douche américaine ».
Dans les cardiopathies, suivant Iluchard, la faiblesse du cœur ne tient pas seulement à un état du myocarde même ou de son système nerveux, mais souvent aussi à la condition des résistances périphériques; en diminuant celles-ci, on peut faire disparaître les troubles circulatoires. Cet auteur s'adresse au « cœur périphérique » et aux modifications qu'on peut faire subirau fonctionnement de celui-ci, pour combattre les manifestations de l'artério-sclérose; dans cette maladie en particulier, les applications hydriatriques rationnelles donnent d'excellents résultats. Il convient d'employer surtout la douche en pluie à
Baruch. — Hydrothérnpie. 22
338 PRATIQUE DE l'hYDROTIIÉRAPIE
température neutre, d'une durée d'une à deux minutes. On abaisse progressivement la température de l'eau jusqu'à ce que le malade éprouve une sensation de fraîcheur agréable, puis on l'élève de nouveau. Cette forme de douche empêche que la réaction ne soit brutale, elle exerce une influence très favorable sur la circulation périphérique; elle relève l'énergie cardiaque et fortifie le myocarde.
La douche neutre est le moyen le plus sur de combattre l'hypertension artérielle. Appliquée sans brutalité, elle ne provoque ni sensation de chaud ni sensation de froid. On doit approprier à chaque individu la température de l'eau, qui variera, à cet effet, entre 33° et 37^ C. On l'administrera avec une pression peu élevée, pour éviter qu'elle soit excitante. On l'appliquera, en particulier, de chaque côté de la colonne vertébrale. Sa durée sera, suivant le cas, de trois à huit minutes. Cette opération sédative permet une détente au système nerveux et à l'appareil circulatoire; son emploi est indiqué dans tous les états qui relèvent de V hypertension artérielle.
Quand il existe de Yhypotension artérielle, on peut avoir recours à la douche froide, qui relève la tension et ramène les fonctions circulatoires à leur état normal. Les applications froides ont des effets très différents, suivant qu'elles sont plus ou moins énergiques et suivant que le sujet est plus ou moins sensible. Les impressions qu'elles déterminent agissent par voie réflexe sur le cerveau et sur la moelle, et peuvent intervenir ainsi dans le fonctionnement de tous les organes.
Indirectement, par la réaction qu'elle détermine aussi bien que directement, la douche froide augmente l'activité du système nerveux, l'énergie de la contraction musculaire, la rapidité de la circulation. Cette excitation temporaire des fonctions les plus importantes de l'organisme est en rapport avec une élévation delà tension artérielle. Cette élévation de la tension est toujours en proportion de l'intensité et de la durée de l'application froide et de l'énergie de la réaction qu'elle provoque. La douche froide de courte durée est donc un excellent moyen d'augmenter la tension artérielle.
Je ne sais s'il existe en France des installations de douches permettant d'appliquer ladouche dans les conditions requises : je n'en ai pas rencontré dans les nombreux établissements réputés que j'ai visités en ces cinq dernières années. Les médecins qui désirent utiliser l'action puissante de la douche seraient bien inspirés en s'inquiétant de savoir si l'établisse-
ment aui[uel ils adressent leurs malades est pourvu d'appareils donnant la possibilité de modifier la pression et la température de l'eau d'une façon mathématique, et non d'après la simple appréciation du doucheur. Dans un établissement hydrothérapique connu de Paris, le médecin me dit qu'il se passait de thermomètre et plaisanta Teraploi du manomètre; le tuyau dont il se servait était de dimensions telles qu'on eût pu l'employer pour une pompe à incendie.
Les détails que nous venons de donner sur la technique de la douche, sur son mode d'action et sur ses indications fournissent au médecin les principes qu'il doit appliquer pour approprier cette opération aux différents états morbides oîi l'on doit stimuler l'assimilation et l'hématose, relever l'énergie du système nerveux, calmer l'agitation, déterminer la résorption des produits pathologiques, ou augmenter les échanges organiques.
Nous i)ensons qu'il est bon de'parler ici de la manière défectueuse dont on administre ])arfois la douche. On perd de vue ce fait qu'un élément essentiel de ladouclie est la pression que l'on donne à l'eau et on en prescrit l'usage à des malades qui se soignent à domicile. On conseille au malade ou à son infirmier, de se servir d'un « aspersoir » relié au robinet d'une salle de bain ou d'un lavabo et de laisser couler l'eau sur la colonne vertébrale, le dos ou le corps entier. J'estime et beaucoup de personnes partageront sans doute mon opinion, que cette opération ne peut être supportée que par les sujets les plus robustes et qu'elle ne convient en rien au traitement de malades dont la circulation est médiocre et dont le système nerveux est fatigué. Lorsque je fis usage, pour la première fois, de ce procédé, on se trouvait au milieu de l'été et l'eau froide était à 70" F. (21, loC); je venais de prendre un bain chaud. Dixminutes après avoir reçu la rosée, j'étais incapablede tourner la tête ou de mouvoir mon bras droit sans une vive douleur; c'était le début d'une attaque de myalgie, qui fut de courte durée, mais assez aigué. Depuis loi"S. j'ai souvent entendu des maladesraconter qu'ils avaient fait une expérience analogue ou qu'ils avaient pris un refroidissement dans lesmêmes conditions et conclure qu'ils « ne supportaient pas l'eau froide. » La raison en est bien simple. La pression de l'eau, aux étages supérieurs de la plupart des maisons de New-York, et probablement aussi d'autres villes, n'est pas supérieure à 50 centimètres de mercure ; elle peut n'être que de 15 à 20 centimètres de
340 PRATIQUE DE l'hydrotuérapie
mercure, au Iroisiènie étage. Le jet que donne un aspersoir n'est donc qu'une bruine ; l'excitation mécanique étant très légère, la réaction ne se produit pas; on éprouve une sensation de froid déprimante, au lieu d'une sensation stimulante de chaleur. Sauf dans les habitations où l'eau est fournie par un réservoir placé sur le toit, la pression est trop insuffisante pour qu'on puisse donner une bonne douche au domicile des malades. En outre, il est impossible d'obtenir de la douche des résultats satisfaisants, si l'on ne dispose pas d'un appareil indiquant, au moyen d'un thermomètre, la température du mélange d'eau froide et d'eau chaude que l'on emploie. Il faut donc, pour pouvoir approprier la douche à chaque cas, et à chaque phase d'une maladie, avoir sous les yeux un thermomètre et un manomètre. On ne trouve que bien rarement, dans les maisons particulières, une installation possédant ces instruments de mesure; aussi ne doit- on pas faire prendre de douches à un malade ailleurs que dans un établissement spécial. La douche, à ce point de vue, dilTère donc des autres opérations hydriatriques, ablution, maillothumide, bains de diverses formes, qu'il est préférable d'administrer au domicile du malade, à condition qu'on dispose d'un infirmier instruit.
J'ai remarqué qu'un grand nombre de malades renoncent à l'hydrothérapie par ce que la douche, ou les autres opérations, leur ont été administrées d'une façon défectueuse, et que d'autres s'imaginent avoir une idiosyncrasie qui ne leur permet pas de supporter « l'eau froide i). Je crois donc devoir, une fois de plus, mettre le lecteur en garde contre les applications hydriatriques défectueuses. Je le fais toutes les fois que j'en ai l'occasion, dans cet ouvrage qui se propose de donner au praticien un guide sûr dans l'emploi thérapeutique de l'eau.
La douche dans les établissements hydrothérapiques. — La douche est une opération particulièrement propre à fournir la démonstration expérimentale des effets physiologiques et thérapeutiques des procédés hydriatriques ; elle permet, en effet, par les modifications rapides et précises qu'on peut faire subir à la température de l'eau, à la pression, à la durée de l'application, de mettre en évidence chacun de ces éléments et de montrer leur importance aux étudiants. On a trouvé des avantages à utiliser, dans le service hydrothérapique de Columbio University, servicequifaitpartiede la Vanderbill Clinic, l'installation de douches dont j'ai dressé le plan et qui a été construite
SOUS ma divecl\on,])Siv\' Hydrothérapeutic Appara tus Company de rvew-York. Comme ce service est surtout consacré à l'enseignement, on n'y traite que les hommes, pour des raisons faciles à comprendre.
Dans les polycliniques, la douche offre le grand avantage de demander peu de tempspour son administration et pour rétablissement de la réaction consécutive; elle n'oblige pas les malades à rester à l'intérieur; elle permet d'éviter l'encombrement des locaux. Je puis citer, à ce propos, l'exemple de la « Clinique Hydriatrique » que j'ai fondée, il y a douze ans, à New-York, 239 West Sixtyninth Street. Au cours de l'année qui s'est terminée le 30 juin 1904, on y a administré 27.353 douches, qu'on a toujours fait précéder d'un bain d'air chaud, en vue d'augmenter le pouvoir réactionnel des individus. Cela fait une moyenne de 75 douches par jour. Le dimanche matin l'établissement est ouvert pendant quatre heures. Les malades passent à tour de rôle dans la salle de douches, assez rapidement, mais sans que le personnel puisse être inattentif ou négligent à leur égard. Ils se rendent ensuite dans une cabine assez grande pour que deux malades s'y sèchent, pendantqu'un troisième est à la douche. Le doucheur et la doucheuse ne prêtent leur aide qu'aux malades affaiblis, dont le nombre est infime. Un masseur est chargé de placer les malades dans le bain d'air chaud, de leur envelopper la tête d'un turban mouillé, d'observer l'intensité de leur sudation, de leur administrer de petites quantités de boissons froides, enfin de les faire sortir de la caisse ; il a encore d'autres fonctions, par exemple la distribution des serviettes. Cette clinique, en outre des douches, et malgré le grand nombre de celles-ci, applique encore plusieurs formes différentes de l'hydrothérapie. Elle a pour clientèle les malades des consultations externes des hôpitaux (.Ve/r-}'orA', Roosevelt, Presbyterian, Postgraduate, Mont Sina'i, Bellevue, Beth Israël), les dispensaires des écoles de médecine (.Ve^r-FoîVi, Bellevue), le dispensaire allemand, le dispensaire «Sairîi Bartholomeiv el quelques autres. Comme les procédés autres que la douche demandent plus de temps qu'on n'en pourrait donner, on emploie celle-ci pour environ 96 malades sur cent; la douche permet, en effet, de modifier instantanément la température de l'eau, l'effet mécanique et la durée de l'opération, suivant les indications particulières à chaque cas; en dehors de la douche, on administre surtout le maillot humide, le bain continu, le bain très chaud, par exem-
pie, dans le rhumatisme et les maladies par ralentissement de la nutrition.
Je crois devoir recommander l'adoption de l'installation que je décris plus loin dans un chapitre spécial, et qui convient soit à un établissement hydrolhérapique, soit aune clinique destinée à renseignement. Elle a prouvé ses avantages dans des milliers de cas. Il importe d'exiger que la construction des appareils soit très soignée. Il arrive, en effet, qu'on s'aperçoit des malfaçons d'une installation, alors seulement qu'elle est hors d'usage. Les réparations imposent des dépenses nouvelles, et, conséquence plus fâcheuse encore, si elles nécessitent l'envoi des appareils au loin, elles privent les malades, pendant quelque temps, du traitement qui leur serait utile.